Arts et CultureBusinessFoodTechLes contributeursLes ExpertsTechTribune Libre

Lettre aux entrepreneurs de la FoodTech et autres start-upeurs

Par Anne Lataillade, auteure enthousiaste de Papilles et Pupilles

J’en ai marre #pardon.

Pour ceux qui l’ignorent, on appelle La FoodTech l’ensemble des entreprises dont l’activité mixe nouvelles technologies et alimentation. De nombreuses start-ups se créent dans ce domaine très tendance. Pour vous donner un exemple des services proposés, cela peut être la combinaison d’une application smartphone avec la livraison de repas à domicile comme Uber eats ou Foodora, de la livraison de paniers à la maison via un site web , de l’e-commerce alimentaire, des box gourmandes etc.

Vous avez saisi ?

Parmi toutes ces entreprises qui se créent, il y en a pas mal qui surfent sur le « manger sain », sur le « qu’est ce qu’on mange ce soir », sur le « combien de calories », sur le « je partage les meilleures recettes » , sur le « quelles recettes faire avec les ingrédients de mon frigo, de mon placard », sur le « je vous envoie des recettes par messenger » et patati et patata.

Bref.

Seulement pour développer tous ces services, il faut une matière première : des recettes et des photos.

Et c’est là que cela se corse, amis des internets.

Enfin cela se corse surtout pour nous, créateurs de contenus, parce que quasiment JAMAIS ces gens là ne pensent que les recettes et les photos peuvent appartenir à quelqu’un.

C’est sur internet Coco, c’est à personne et c’est gratuit.

Voilà.

Ils sont ingénieurs ou ont fait des écoles de commerce et cela ne leur vient presque jamais à l’idée.

Enfin quand je dis jamais je ne suis pas sûre, parce que je ne compte pas le nombre de fois où le watermark (le Papilles et Pupilles noté en bas de mes photos) est ôté par un recadrage de l’image…

Re Bref.

Inspirer …. Expirer ….

Alors, quand cela m’arrive, je prends ma plume mon Mac pour leur écrire :

Dis donc Coco, qu’est-ce que mon contenu fait là ? Cela ne t’embête pas de développer ta boite, de vendre ton service à partir de mon boulot ?

Et là, ils vous répondent dans 99% des cas ….. tadam …..

MAIS CELA VOUS FAIT DE LA VI-SI-BI-LI-TÉ.

WTF (c) Wokandapix CC0 Pixabay

J’en ai marre ©Wokandapix CC0 Pixabay

Non mais WTF,  jeune padawan !

Ce n’est pas parce que j’ai un blog cuisine que je suis une quiche (taper 1), une courge (taper 2) ou une nouille (taper 3). On en parle de la concurrence déloyale ? Du droit sur les photos ? Du droit des marques ? A quoi cela sert-il que je me décarcasse à écrire des mentions légales ?  C’est quoi ton histoire de visibilité ? Tu me piques mon contenu, tu supprimes les watermarks de mes photos, tu ne mets pas de lien vers mon blog, tu me concurrences sur mes propres contenus et tu veux que je te remercie ??

#NonMaisAllo !

Suite à mon mail, j’ai 5 types de réactions :

  • Ils font le mort (oui c’est une réaction de ne pas répondre 🙂 ) et se disent que cette pauvre blogueuse culinaire va se lasser => Alors là, clairement pas. Je demande une fois et paf j’envoie mon avocate, j’ai autre chose à faire. Oui, amis des internets, j’ai du prendre une avocate spécialisée pour régler ce genre de problèmes. Ce n’est pas parce que mon contenu est proposé gratuitement qu’il vous appartient. Quand vous ouvrez un blog, vous n’imaginez pas une seconde qu’il va falloir en arriver là.
  • Ils vous font comprendre que votre tête ne passe plus dans les portes. Genre oh l’autre, elle croit qu’elle a inventé le pot au feu et la purée, qu’est ce qu’elle vient nous emm.. enquiquiner pour sa recette.  => Alors là, clairement pas non plus hein, je n’ai rien inventé. Mais ce n’est pas pour autant que la façon dont j’écris mes recettes, mes photo et ma marque sont libres de droits et utilisables pour développer vos services.
  • Ils vous disent ah mais on ne savait pas, on va essayer de régler le problème, signalez-nous toutes vos recettes dans notre base de données et on va les ôter. Dis donc,  Coco, tu crois que j’ai 3 heures à perdre pour checker toutes les recettes piquées sur le web et retrouver les miennes ? Tu as su les prendre, tu sauras les ôter.
  • Ils vous proposent de collaborer. En général, c’est là qu’ils vous ressortent le coup de la visibilité parce qu’ils n’ont pas de sous pour vous acheter vos recettes. Ils créent leur boite avec votre contenu et il faut les remercier parce qu’ils vous offrent une visibilité, laquelle d’ailleurs, c’est une autre question. Vous ont-ils demandé votre avis ? Non ! La prochaine fois que j’achète mes yaourts au supermarché, je vais dire que je ne les paie pas parce que cela fait de la visibilité pour Danone auprès de ma famille et de mes amis.
  • Ils jouent sur la corde sensible : Non mais il faut nous aider, on est une toute petite entreprise, on n’a pas d’argent. Et moi les gars, je suis quoi ? World company ? Vous croyez que je roule sur l’or ? Comment croyez-vous que je gagne ma vie ?

Bref, il y a longtemps que je ne discute plus et que j’agis mais cela m’exaspère. Et je peux vous dire que toute une communauté de blogueurs culinaires ne supporte plus ces pillages systématiques. Nous avons même des groupes spécialisés là-dessus sur les réseaux sociaux. Je vois des collègues qui sont désespéré(e)s 🙁 et qui en arrivent à fermer leurs blogs. Car en plus d’ignorer clairement la législation, ces créateurs d’entreprise n’imaginent pas une seule seconde le côté affect que nous mettons dans nos blogs.

Alors c’est sur, il n’y a pas mort d’homme mais si pour eux, c’est juste un moyen de créer leur boite et de faire peut être fortune un jour avec nos recettes et nos photos, pour nous, c’est du temps passé, beaucoup de temps passé à créer, photographier, mettre en ligne, …

Et surtout c’est le partage d’une émotion, d’un souvenir familial, un plaisir partagé sur NOTRE support et un échange avec vous, NOS lecteurs.

Et quand je pense qu’en plus ils arrivent à lever des fonds alors que pour la création de contenus, c’est devenu compliqué pour beaucoup ….

Bref, je crois que je vais m’inscrire à un cours de yoga, cela me fera du bien.

 

Article publié à l’origine sur le blog Papilles et Pupilles.

La contributrice :

Anne LATAILLADE est diplômée d’une Ecole de Commerce et vit à Bordeaux. C’est en 2005 qu’elle crée son blog Papilles et Pupilles pour partager ses recettes et ainsi répondre à la célèbre question : Mais qu’est ce que l’on mange ce soir.

Aujourd’hui elle gère à plein temps son blog, créée des recettes, photographie, produit du contenu éditorial (gastronomie, tendances, voyage, bonnes pratiques sur le web) et écrit des guides touristiques et des livres de cuisine.

 

 

Tags

contributeur

Les contributeurs sont des auteurs indépendants de la Rédaction de FrenchWeb. Leurs propos et positions leurs sont personnels.

Sur le même sujet

3 thoughts on “Lettre aux entrepreneurs de la FoodTech et autres start-upeurs”

  1. Dans le même genre, des marques comme Lou Yetu qui organise des concours photos sur Instagram pour vous faire gagner 100 € en bon d’achat par mois, valable pour une personne. Énormement de personnes participent puis, chaque jour, la marque pioche des photos des participants pour les utiliser pour leur page Instagram, sans citer les sources, ni les photographes originaux. Et quand vous le signalez à la marque, c’est 15 jours de balade par message pour finalement vous donner un bon d’achat de 50€ valable sur leur site. Bah voyons… De la communication gratuite et pas chère.

  2. Merci Anne pour ce témoignage. Certains te diront aussi que c’est juste une photo et qu’ils auraient aussi bien pu la prendre avec un peu de temps et surtout du bon matos…

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce contenu pourrait vous intéresser:

Close
Share This