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Mes trois premiers mois en tant que CEO d’une entreprise cotée en Bourse

Malgré le faible nombre d’introductions en Bourse opérées en 2016, le ciel devrait se dégager et les IPO se succéder cette année. Beaucoup de CEO verront alors leurs doux rêves se concrétiser. Je l’ai moi-même réalisé en juillet 2016 en opérant l’introduction en Bourse de Talend, une société d’une dizaine d’années spécialisée dans les solutions d’intégration Big Data et Cloud. Malgré un climat peu propice aux introductions en Bourse, la nôtre a été un franc succès, et ce à la fois grâce à notre approche équilibrée en matière de croissance, mais aussi parce que nos offres correspondent à une demande croissante dans les domaines de l’intégration des Big Data et du Cloud.

Réaliser une IPO était un de mes objectifs depuis mon adolescence, et dans le but de mieux me préparer aux changements provoqués par cette transition, j’ai eu l’occasion de discuter de ce que me réservait l’avenir auprès de mentors et de collègues. Cela fait maintenant plus d’un trimestre que Talend est cotée en Bourse: je peux désormais prendre un peu de recul pour réfléchir à cette transition et aux enseignements que j’ai reçus, mais aussi pour vous faire part de mes retours. 

Préparez votre équipe de direction à monter en régime

Vous aurez besoin de cadres compétents pour préparer votre entrée en Bourse, et cela le sera encore davantage à l’issue de cette opération. J’ai désormais moins de temps pour les activités de gestion quotidienne, et je passe de plus en plus de temps à l’extérieur en réunion avec des investisseurs, des analystes et avec notre conseil d’administration. Je conseillerais à tout CEO de s’entourer d’une équipe de direction de premier ordre, capables de répondre aux défis qui se présenteront une fois que vous aurez vous aussi moins de temps à consacrer au management, et davantage à la direction. 

Commencez à gérer votre entreprise comme si son capital était déjà ouvert 

Rien ne remplace une bonne préparation. Je recommande donc à toute société envisageant d’effectuer une IPO de «s’y entraîner» pendant au moins un an. Tout comme certains candidats à une élection présidentielle se préparent à l’aide de simulations de débats, l’équipe dirigeante doit s’entraîner à organiser des conférences trimestrielles sur les résultats de l’entreprise. C’est ce que nous avons fait, les membres de notre conseil d’administration ayant joué les rôles d’investisseurs et d’analystes. Nous avons beaucoup appris en nous entraînant à répondre à des questions difficiles et à fournir des projections. Cette expérience est aussi précieuse qu’inestimable, mais même avec une telle préparation, il y a une forte probabilité que vous ayez droit à quelques surprises (nous l’avons-nous même vécu). 

Les choses ne se déroulent pas toujours comme prévu 

En dévoilant vos résultats trimestriels, des conversations traditionnellement privées font désormais l’objet de longues conférences téléphoniques avec des analystes parfaitement préparés. En outre, n’importe qui peut accéder à la retranscription de celles-ci, lire vos communiqués de presse et commenter vos résultats. Des « bots » publieront même des articles rédigés de façon automatisée sur le sujet, quelques secondes seulement après votre annonce. Ce processus peut être déconcertant au début, et il faut un peu de temps pour s’y habituer. 

Moins de quatre semaines après notre introduction en Bourse, nous avons effectué notre première annonce de résultats. Malgré près d’un an d’entraînement, nous avons eu droit à une expérience à laquelle ni les banquiers, les comptables ou notre conseil d’administration ne s’attendaient, et qui pourrait nécessiter de figurer dans les manuels d’IPO. En effet, l’introduction de Talend avait comme particularité d’avoir lieu au cours du premier mois d’un trimestre. De sorte que nous n’avions donc pas encore de résultats finaux à présenter pour cette période dans notre prospectus. Ainsi, un mois plus tard, lors de notre première conférence téléphonique, nous avons présenté et commenté les résultats du trimestre précédent l’ouverture de notre capital. L’écart résultant entre notre nombre d’actions ordinaires avant et après IPO a provoqué une confusion entre la presse et les analystes (un aspect technique comptable auquel nous n’avions pas prêté attention et qui selon lequel l’ensemble des pertes ou profits d’une entreprise sont attribué(e)s à ses actions ordinaires). Lors de notre introduction en Bourse, l’ensemble de nos actions privilégiées ont été converties en actions ordinaires et, bien entendu, nous avions vendu des actions ordinaires supplémentaires à de nouveaux investisseurs. Au total, notre nombre d’actions ordinaires a littéralement été multiplié par 7 à notre entrée en Bourse, ce qui est relativement classique pour une société financée par capital-risque. En réalité, les analystes avaient créé leurs propres estimations d’EPS (bénéfice par action, ou BPA) pour ce trimestre en tant que société privée en tenant compte de notre nombre d’actions ordinaires une fois cotée, et nous ne nous étions pas rendu compte de cette divergence. En conséquence, certains rapports ont donc annoncé à tort que nous n’avions pas atteint le consensus des analystes, ce qui a créé de la confusion sur un premier trimestre fort, avec un rythme de croissance soutenu. Nous avions notamment dépassé les estimations concernant nos revenus, atteint le seuil de rentabilité, et nos objectifs de croissance pour le trimestre suivant avaient été revus nettement à la hausse. 

Pour ma part j’ai tiré deux enseignements de cette situation. Le premier (et le plus évident) est que le nombre d’actions et l’EPS sont des indicateurs essentiels pour une société cotée en Bourse. Il faut donc prêter bien plus d’attention à ces éléments que par le passé. Enfin, et surtout, assurez-vous que vos premières annonces de résultats passent sous les yeux du plus grand nombre possible, y compris de personnes ayant déjà vécu au préalable cette situation afin de repérer ce type de problèmes à l’avance.

Au sujet du cours de votre action…

Maintenant que votre entreprise est cotée en Bourse, votre instinct vous dictera peut-être de surveiller constamment le cours de votre action. Après tout, vous en avez parlé tous les jours jusqu’à l’IPO. Cependant, cette valeur n’est qu’une façon pour vous de mesurer les performances de votre entreprise, et ne fait absolument pas partie de celles que vous devez contrôler au quotidien. En effet, ce cours est influencé par un bon nombre de facteurs, et certains d’entre eux n’ont rien des éléments fondamentaux que vous pouvez maîtriser. Par exemple, des acheteurs pourraient se contenter d’acquérir des actions émises par chaque entreprise introduite en Bourse. D’autres facteurs peuvent également jouer leur rôle, comme les effets de change, les fluctuations des marchés, l’instabilité politique, les perspectives économiques globales, voire même les résultats de vos concurrents. Il peut donc être décourageant de regarder le cours de votre action alterner à la hausse ou à la baisse. Dans tous les cas que vous soyez à la tête d’une société privée ou côtée, au final, vous devez vous concentrer sur le long terme et garder un œil sur la route (et non sur vos essuie-glaces). 

Conserver une vision à long terme

Maintenant que nous sommes cotées, un grand nombre de personnes me demandent «Et maintenant, quelle est la suite pour Talend?».  À cette question, je réponds «business as usual». Être coté en Bourse est bien évidemment une étape importante pour n’importe quelle entreprise, mais il ne s’agit que d’une étape parmi tant d’autres dans la croissance d’une société. En toute franchise, à l’exception de cette opération, mes objectifs sont les mêmes qu’avant, et j’essaie de transmettre cet état d’esprit à l’ensemble de mes équipes en les encourageant à mettre leurs performances dans le contexte d’une vision à long terme. 

Privée ou cotée: tout peut arriver 

Oui, désormais vous êtes encore plus sous les feux des projecteurs qu’avant, mais pour autant l’erreur n’en est pas moins interdite. En revanche, il vous faudra savoir en prendre la responsabilité. En tant que société cotée, si une erreur a été commise dans vos rapports et que votre conseil d’administration est au courant, il y a de bonnes chances que le grand public le soit également. Des impairs seront inévitablement commis; c’est surtout votre approche pour les réparer qui sera scrutée. Si vous reconnaissez et prenez vos responsabilités, et parlez ouvertement du problème afin d’en discuter et de l’analyser, l’ensemble de votre organisation en ressortira grandie. En outre, votre transparence inspirera la confiance de vos clients, actionnaires, et des analystes.

Soyez fier

Je dois admettre que même si mes proches se comportent avec moi comme avant, je ressens quelque chose de différent. En matière de prise de responsabilités accrue, devenir CEO d’une entreprise cotée est probablement l’un des moments les plus stimulants dans la carrière d’un dirigeant. Vous pouvez être fier d’avoir réussi à mettre votre entreprise sur la voie du succès ; de lui avoir ouvert l’accès au marché boursier et donné une puissance financière ; et d’avoir renforcé sa visibilité jusqu’à un point sans précédent. Soyez fier de ces exploits et profitez de chaque instant.

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Talend-Mike Tuchen_CEO

 

Mike Tuchen est le CEO de Talend.

 

 

 

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Lire aussi: L’entrée en Bourse: un pas de géant pour un CEO

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