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Pourquoi la marque Renault-Nissan est-elle en sursis ?

Par François Nemo, contributeur Frenchweb

Google est sans conteste l’entreprise la plus avancée dans le domaine de la voiture autonome. L’entreprise a fait de ce sujet l’un des piliers de son laboratoire Google X, et elle joue sur tous les terrains. D’un côté elle développe un prototype de véhicule et de l’autre un logiciel qui pourrait équiper les véhicules d’un constructeur partenaire. On s’interrogeait sur la stratégie du géant de Montain View ? Comment allait-il s’emparer du secteur tant convoité de la mobilité ? Développer ses propres véhicules ou nouer un partenariat avec un constructeur. Nous avons aujourd’hui un début de réponse ! Renault annonce un partenariat avec l’entreprise de Montain View pour fournir les systèmes qui équipent les tableaux de bord, de Google Map à toutes les applications qui vont avec, ainsi que l’assistant vocal qui sera intégré au système nouvelle génération.

Renault saute le pas et vend son âme au diable

Un premier pas pour Google qui résonne comme un coup de tonnerre dans le monde fermé de l’automobile. Renault saute le pas et vend son âme au « diable ». Google va en théorie disposer d’une nouvelle source d’informations sur les automobilistes qui auront la capacité d’intégrer l’ensemble de leur environnement numérique dans leur véhicule et de connecter tous leurs terminaux, les mobiles, les ordinateurs domestiques ou de bureau. Google sera en capacité de tout savoir sur l’automobiliste, sa localisation, ses arrêts, ou combien de temps et pourquoi faire, ce qu‘il écoute et ce qu’il regarde. En plus de ce que Google sait déjà à travers les autres terminaux. Le dernier bastion qui restait encore relativement protégé de l’exposition numérique, l’habitacle des voitures, est ainsi pris d’assaut par le moteur de recherche.

Qu’est-ce qui se cache vraiment derrière ce partenariat ?

Au-delà de la connexion du véhicule (qui est déjà un enjeu majeur), c’est le futur de la mobilité qui est en jeu. Le marché du véhicule autonome et son environnement reposent comme on le sait sur une ressource essentielle ; l’intelligence artificielle, la capacité de recueillir des données et de les traiter. Et personne ne peut concurrencer les GAFAM dans cette technologie et en particulier Google. Depuis 2013, le géant américain a racheté quatorze jeunes sociétés dans l’intelligence artificielle, dont cinq en 2014. L’acquisition la plus connue est celle de Deepmind en 2014, pour la somme de 400 millions de dollars. C’est un mariage de raison. Google ne mettra pas les mains dans le cambouis mais à terme c’est tout le système qu’il va contrôler. Et malgré les dénégations du président de Renault qui déclarait en 2014 : “Il est évident que nous ne voulons pas juste devenir des fournisseurs de carrosserie. Nous voulons garder l’attractivité et la maîtrise du produit, » le partenariat que la firme vient de sceller la condamne à plus ou moins long terme à construire des carrosseries.

Avec pragmatisme Renault a ouvert la porte au futur de la mobilité

M. Ghosn, un homme intelligent, connaissait le scénario, et ses déclarations fracassantes n’avaient certainement pour objectif que de faire monter les enchères. L’alliance avec Google était inévitable, les concurrents comme Qwant ou Tom Tom, les interfaces développées par les constructeurs manquent de fiabilité et n’ont pas la même aisance d’utilisation. La plupart des systèmes embarqués ou greffés à l’automobile ont tendance à bugger et les mises à jour sont compliquées ou coûteuses. Quand à la capacité de gérer un trajet sans conducteur (catégorie 5), personne n’a le potentiel de Google. A quand la prochaine alliance entre un géant du numérique et un constructeur automobile ? Avec pragmatisme Renault a ouvert la porte au futur de la mobilité et les autres constructeurs devraient suivre très prochainement…

Quand allons-nous nous décider à changer de dimension ?

Est-ce Renault qui a choisi Google ou Google qui a choisi Renault, on peut s’interroger, mais en tout état de cause c’est un nouveau coup porté à l’industrie française. Pendant que M. Macron fait part de ses convictions (qui sont toutes sauf convaincantes) pour faire de la France une start-up nation dont on peine à comprendre le sens, la machine à broyer l’Europe avance inexorablement. Nous avons pourtant tous les outils, les compétences nécessaires pour reprendre la main sur ces monopoles qu’ils soient américains ou chinois. Pourquoi cet immobilisme ? Quand allons-nous nous décider à changer de dimension et réagir à ce désastre industriel et culturel ? C’est vertigineux.

Le contributeur:

François Nemo : Des sciences humaines à la stratégie d’entreprise. Diplômé de littérature. Designer avec Pierre Paulin et Roger Talon. Confronté au monde des fusions acquisitions et à la stratégie de marque chez DDB Needham et Target. Plongé dans le monde subversif des plateformes digitales, j’aide aujourd’hui les entrepreneurs à élargir leur vision pour construire des écosystèmes, un ensemble de fonctionnalités au service d’un’ idée qui va changer le cours de “l’histoire”.

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Un commentaire

  1. Il n’y a aucun danger que les GAFAM dominent le monde avec l’ntelligence artificielle qu’ils ont acheté à des start-up comme Deepmind. Ils n’en font rien ! L’IA n’est toujours pas entrée dans nos foyers et on n’est pas près de l’être car le but de ces sociétés informaticienne n’est certainement pas de donner à nos ordinateurs l’intelligence qui leur permettrait de se passer d’eux.

    L’IA dont parlent tous ces articles, c’est de l’esbroufe ! Ne vous laissez pas intoxiquer.

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