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Réduction du temps de cerveau disponible: qui sont ceux qui en profitent?

Rattraper son retard, prendre de l’avance, aller à l’essentiel, éliminer le superflu, se concentrer sur les choses importantes… La langue française ne manque pas de terminologies pour nous faire gagner du temps dans une vie moderne toujours plus trépidante, donnant parfois l’impression d’être embarqué dans une spirale infernale sur laquelle plus personne n’a de prise et laissant la sensation de ne pas assurer, de ne pas en faire assez et de passer à côté de l’essentiel.

Les années 2010 semblent d’ailleurs plus que jamais celles du manque de temps. C’est sur ce principe que de nombreuses start-up se lancent sur le « résumé » ou la « curation » d’informations, dans tous les domaines : livres, informations, art, développement personnel, motivation, etc… Que ce soit sous forme de newsletter, à lire rapidement sur son smartphone dans les transports ou sur sa tablette dans son lit. Mais aussi sous forme audio avec des programmes de quelques minutes distillant les conseils de ceux qui ont réussi permettant de gagner encore plus de temps car ces bandes sonores peuvent être écoutées pendant les temps morts : déplacement à pied, séance de sport en salle, ou lors du petit déjeuner.

Le gain de temps par le condensé d’informations en tous genres ne semble en être qu’à ses débuts tellement chacun a soif d’avoir un temps d’avance sur le reste du monde en sachant tout (et rien) sur tout (et rien).

Alors assiste t-on à un véritable manque de temps conjoncturel ou à une surcharge d’informations que le cerveau humain n’arrive plus à emmagasiner ? Le débat fait rage, d’un côté celles et ceux adeptes du less is more – se concentrer sur ce qu’on aime et ce dans quoi on excelle pour garder du temps pour vivre sa vie – et de l’autre celles et ceux qui militent pour le condensé d’informations sur tous les sujets leur permettant de ne pas perdre une miette de ce qui pourrait être LA news du jour,  LE produit tendance à côté duquel il ne faut pas passer, LE livre à lire ou LA citation du « gourou» en vogue dans la Silicon Valley en ce moment.

Les livres se résument en 2 minutes

logo-2minbooksC’est d’ailleurs ce que revendique la start-up 2MinBooks, créée par Alexis Botaya en début d’année :

« Chaque semaine, 2 MinBooks vous envoie un email avec le condensé d’un livre du moment. Un condensé pour retenir l’essentiel d’un livre que nous ne lirez peut-être jamais ». Il s’agit d’« un livre sélectionné par la rédaction parce qu’il fait le buzz, ou bien parce que c’est un incontournable… Mais que peu de gens liront intégralement. Tout simplement parce que personne n’a le temps de lire les 970 pages » !

Le ton est donné, si le lecteur ne va plus vers le livre, celui-ci ira vers lui avec une sélection des petites phrases à retenir pour briller en soirée…

Combiner histoire et running

runtasticLe livre se lisent, mais aussi s’écoutent: avec Runstatic Storyrunning, une application mobile qui promet une nouvelle façon de courir avec des histoires développées par une équipe internationale d’écrivains, de musiciens et de techniciens du son. Le coureur peut incarner un héros, un bagnard ou un aventurier afin de rendre la course en solitaire moins monotone, l’effort moins difficile. « Comment les faire courir sans qu’ils y pensent vraiment ? » se sont demandé les développeurs de l’application. Où comment ne pas être connecté à soi et l’instant présent…

Devenir un « expert » de l’art en une minute quotidienne

logo_artipsLes afficionados de l’art ont aussi leur outil pour se nourrir d’œuvres en ne perdant pas de temps avec Artips, une dose d’art quotidienne « à lire en une minute » indique Coline Debayle, co-fondatrice de la newsletter. « Artips peut être lu dans le métro sur smartphone, en famille sur tablette ou au travail sur ordinateur » sans perdre de temps à visiter une exposition ou se renseigner dans une revue spécialisée. L’idée est venue d’une frustration explique Coline « j’étais très attristée de constater que, dans la vie active, on manque de temps pour se cultiver ou pour visiter des expositions ».

Devenir un leader en 3 minutes

AUDVISORAux Etats-Unis, Audvisor est une application mobile qui propose plusieurs centaines de podcasts de 3 minutes distillant les conseils d’expert en business comme Seth Godin ou Guy Kawasaki sur un thème unique à la fois. Ces séquences de 3 minutes sont tirées d’interviews longues de 90 minutes avec l’intéressé. L’utilisateur peut interagir avec le podcast, donnant ainsi des informations sur ses préférences à Audvisor qui affinera et personnalisera sa sélection par la suite. L’idée est d’inspirer et de motiver les apprentis startupers avec quelques conseils impactants.

Être incollable sur l’actualité en quelques lignes…

Brief-me-1TimeToSignOff, née aux Etats-Unis puis déclinée en France a été le pionnier de la curation de l’information. Depuis Brief.me est arrivée sur le marché sur le même principe : une sélection des actualités de la journée à retenir avec des liens renvoyant sur des articles de fonds pour en savoir plus. Pour les fondateurs de TTSO, l’objectif est clair: « le rythme de nos vies, le flux quotidien d’informations de toutes sortes, rendent souvent bien difficile de savoir ce qu’il faut retenir de l’actualité à la fin de la journée. Chaque soir en 2 minutes TTSO fait le récap des “must” de l’info dans le monde et à Paris » pour celles et ceux qui n’ont donc pas le temps de lire le journal ou regarder le journal télévisé de 20h. Brief.me est construit sur le même principe: « chaque jour par e-mail, Brief.me fait le tri dans l’actualité du jour et résume ce qui est important ».

… ou en 60 secondes

clippetClippet, une application mobile née aux Etats-Unis propose un condensé des actualités à retenir sous format audio de 60 secondes. Tout comme Audvisor et Runstatic Running, Clippet permet de gagner encore plus de temps tout en s’informant. L’ambition des fondateurs n’est rien moins que devenir le leader de l’information audio en format court. Clippet s’adapte à la jeune génération née avec le mobile et vit sa vie à travers son smartphone-doudou.

 

Grâce à ces outils, newsletter, applications et podcasts, on deviendrait en un minimum de temps expert de tout et rien. Sollicités de toutes parts, les utilisateurs, plutôt que d’arrêter de perdre du temps chercheraient à en gagner, tout en optimisant celui-ci. Un équilibre reste à trouver pour ne pas tomber dans le biais des troubles de l’attention et du papillonnage perpétuel. Afin de ne pas devenir des être parlant et pensant en mots-clés et phrases percutantes allant droit au but, mais dénués de toute émotion et avis personnel sur ces informations présélectionnées et orientées.

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[tab title= »4 questions à Alexis Botaya de 2MinBooks »]

Un avis que ne partage pas Alexis Botaya (2MinBooks) auquel nous avons posé quelques questions sur le sujet et l’avenir de la gestion du temps dans un monde toujours plus connecté et en accélération constante :

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Alexis Botaya

Frenchweb: Pourquoi y a t-il depuis quelques mois l’émergence de ce type de start-up ?
Alexis Botaya: Tout le business des « curateurs » repose sur une proposition de valeur très claire : gagner en clarté, éviter de perdre du temps, aller droit au but. Il faut bien reconnaître que l’avènement des outils digitaux dans l’accès à l’information a créé une sorte de masse dans laquelle il est très facile de se perdre.

Il n’y a qu’à voir tous les outils qui sont nés ces derniers temps pour vous empêcher de perdre trop de temps sur Facebook : Facebook blockers et autres outils qui chronomètrent votre temps passé sur les réseaux (dit temps « perdu » d’ailleurs). Une info en amenant une autre, on butine, on gazouille (tweet) et on finit par passer des heures sur ces canaux, sans s’en rendre compte et sans surtout se rappeler finalement ce qu’on y était venu faire ! En clair, on se disperse.

Les « curateurs » proposent de faire le tri dans ce maelstrom (que ce soit celui de l’info, du Web ou du nombre de bouquins qui sortent tous les mois) pour éviter de se perdre, de se disperser. Et regagner du temps de concentration. Pour, in fine, se consacrer à l’essentiel, c’est à dire à ce qui produit vraiment de la valeur ajoutée pour soi.

Un service comme 2MinBooks amène t-il vraiment un nouveau public vers la cible ?

Ce genre d’outil ne touche pas un public nouveau mais le même public que celui qui s’intéresse aux livres. Sauf que ce public est de plus en plus frustré de manquer de temps. De manquer de temps car nous sommes tous de plus en plus absorbés par les sollicitations diverses de notre vie quotidienne (notamment à cause de l’omniprésence du digital et des outils de connexion mobile : notifications, emails, réseaux, etc.), mais également parce que les volumes de contenus augmentent.

Si on prend l’exemple de l’info, autrefois, les grands producteurs d’information étaient les médias traditionnels : quotidiens, radio, etc. Désormais tout le monde peut produire de l’information via les réseaux sociaux. La logique est la même pour les livres : on constate que de plus en plus de livres sont publiés chaque année. Résultat : on a l’impression d’avoir moins de temps, quand parallèlement le volume d’information augmente. Ce problème concerne a priori tout le monde. En tout cas ceux qui ont un outil de connexion mobile dans leur poche. Au fond, il s’agit de régler le problème d’allocation du temps.

N’y aurait pas un risque de perte d’authenticité en résumant tout de façon succincte sans fouiller de façon plus approfondie ?

Si. Et c’est d’ailleurs ce qui fait toute la valeur d’un bon curateur. Mais attention : dans le cas de 2MinBooks par exemple, nous ne prétendons pas résumer un livre, mais plus donner un aperçu de son contenu, comme un teaser. C’est un peu aussi ce que font certaines newsletters d’information (type TTSO), qui sont truffées de lien et qui invitent à aller plus loin. Ce n’est finalement ni plus ni moins que ce que font déjà les journaux gratuits que l’on lit dans le métro, mais en version digitale cette fois.

Assiste-t-on à l’émergence d’une génération dévoreuse d’informations brutes qui emmagasine les données sans chercher plus loin que les quelques minutes de résumé proposées ?

Je ne le crois pas. Nous avons besoin d’outils pour nous permettre d’y voir un peu plus clair dans la masse des contenus existants, ça c’est certain. Pour aller ensuite approfondir ce qui nous intéresse vraiment. C’est plus une logique d’aiguillage, qu’une logique de passage en revue superficiel des choses. Une fois qu’une sélection est faite, on peut décider d’aller plus loin, de prendre le temps. C’est une manière de s’assurer que le temps qu’on va consacrer à l’approfondissement sera vraiment un temps valorisé.

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par Peggy André

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