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Sellsy a dix ans: retour sur une décennie dans le SaaS

Par Alain Mevellec, co-fondateur de Sellsy

La dernière fois que j’ai écrit un papier sur FrenchWeb, il parlait de ma première failliteIl m’a valu, et me vaut encore, de nombreux mails d’entrepreneurs dans le doute, que j’essaie d’aider dans la mesure de mes capacités.

Mais si je prends la plume aujourd’hui, c’est plus pour parler d’un succès et d’une fierté : Sellsy, ce petit logiciel de facturation parti de rien qui est aujourd’hui un acteur important sur son marché. Si mon premier post parlait d’échec, celui-ci va plutôt parler de succès. On ne peut pas se planter à chaque fois :)

La genèse 

À l’époque où nous avons créé Sellsy avec Frédéric Coulais, qui s’appellait alors MyFacture (et oui, le logo était un chien), nous sortions d’une aventure dans le dating. Nous avions pris goût au modèle de la vente par abonnement (les clients payent d’abord, le rêve après des années dans la pub) et avions les compétences techniques.

Nous nous sommes donc posé la question. Que faire pour garder ce modèle sans subir la pression marketing inhérente au dating ? (logiquement, la plupart de vos clients vous quittent quand ils ont trouvé leur bonheur, ça fait partie du business model)

C’était l’époque des frémissements du SaaS aux USA (Salesforce, Mailchimp, Basecamp, etc.) et nous nous sommes logiquement dit : “Dans 5 ans, il n’y aura plus de logiciel installé en local et tout se fera sur mobile ou navigateur”’. Nous allions également éliminer ce churn massif de 25% de notre parc client tous les mois : à priori quand on choisit un système de facturation, c’est pour du long terme (2-5 ans, et encore, nous avons toujours des clients de 2012.

Ça n’a pas raté, au-delà de nos plus larges espérances avec aujourd’hui plus de 4000 entreprises clientes et des dizaines de milliers d’utilisateurs.

MyFacture

Après la revente de notre site de dating à Meetic, avec Fred nous avions “fait notre exit”. Comprendre : il nous restait un peu de cash après nous être fait sérieusement rincés par les impôts et la CSG (depuis nous avons une holding).

Mais enfin bref, il nous en restait suffisamment pour lancer un nouveau projet. Nous avons alors dessiné (Fred et moi dessinions toujours ce que nous voulions voir à l’écran, maintenant nous avons des spécialistes pour ça). Nous avons alors associé dans l’aventure un développeur de notre précédente startup et consacré un an de développement et de travail acharné pour lancer un tout premier MVP et investi personnellement 400K€ à cette fin.

Le brief était simple : nous voulions voir sur l’écran ce que souhaite voir un entrepreneur sans compétences techniques particulières et surtout, sans jargon (Vous vendez à des Tiers vous ? non, à priori vous parlez plutôt de clients). La plupart des logiciels à l’époque, que bien que plus complets que nous, proposaient encore des interfaces très Windows, à des années-lumières des Gmail et autres solutions cloud, qui se répandent alors comme une traînée de poudre.

Faire un logiciel pour l’entrepreneur et ses équipes plus que pour la DAF : nous tenons notre motto (bien que le DAF reste le bienvenu et est souvent la pierre angulaire du système). Après plus d’un an de développement, la première version de MyFacture était en ligne. 

Ultra basique (devis-factures, point à la ligne), mais en ligne !

Nous avions même déjà des fonctions très avancées, comme l’envoi de factures par courrier. Tu parles ! A l’époque, nous imprimons nous même les factures et, telle la marmotte, la mettons dans l’enveloppe et collons le timbre.

Premiers utilisateurs, premiers clients (fidèles cette fois-ci). Nous avons rapidement démontré les grandes lignes de notre modèle économique : les clients s’abonnent et, surtout, restent. C’est alors que nous avons lancé notre première levée de fonds et (à notre grande surprise) séduit un fond un peu beaucoup plus malin que les autres : Alto Invest.

Nous étions complètement hors scope de leur stratégie d’investissement plutôt axée sur de la boite déjà solide (nous devions faire 2000€ de CA mensuel à l’époque) et pourtant, les étoiles se sont alignées. Ils nous ont fait confiance, sur vraiment pas grand chose sauf notre enthousiasme et notre (petit) track record. Merci encore à eux.

Invokit

Après cette levée, forcément, nous nous sommes sentis pousser des ailes. Recrutements, amélioration du logiciel, stratégie upmarket : nous avons rapidement changé de nom pour Invokit.

Pourquoi ? C’est tout bête mais entre temps ,nous avions lancé la toute première version de Sellsy en anglais. Expliquer “MyFacture” à un anglais ? Check. On change de nom :)

Cette période, grâce à l’investissement d’Alto, a été infiniment productive : CRM, Email marketing, Achats, Stocks… C’est à ce moment que Sellsy à vraiment pris la forme d’une plateforme à la demande, capable de s’adapter aux besoins du client, qu’il soit dans le retail, les services ou les deux (là où nous sommes les plus forts indéniablement).

Entre gestion des retours clients pour améliorer la plateforme, plusieurs déménagements et de nombreux recrutements, ces années ont été pour le moins vivifiantes mais très productives (avec certainement un peu de dispersement parfois). À l’arrivée, nous avions un logiciel solide, des clients fidèles (coucou @rmen) et surtout, une boite capable de payer ses charges, avec un solide revenu récurrent.

C’est aussi la période où nous lançons notre API. Une interface permettant de connecter Sellsy avec toute sorte de systèmes et qui décollera tranquillement, pour aujourd’hui représenter une part très importante des connexions et interactions avec Sellsy.

Sellsy

Je déroge un peu à la chronologie, mais Sellsy est vraiment devenu Sellsy quand nous avons été obligés de changer de marque. Invokit était très proche du nom d’un éditeur de logiciels bancaires. C’est un recommandé d’un grand cabinet et les conseils avisés d’un avocat IP qui nous ont fait changer de nom rapidement, mais pour le meilleur.

Cette opération nous a vraiment coûté cher, dans les 30000€ à l’époque (achat et sécurisation du nouveau nom). Vu notre taille c’était énorme mais après une telle déconvenue, il était impératif que nous fassions les choses bien, et surtout, une fois pour toutes.

À ce stade, nous avions une vraie société, avec plus de 30 salariés fidèles et une croissance de bel augure, mais nous n’avions pas le cash pour accélérer. Nous avons donc repris notre bâton de pèlerin pour organiser une nouvelle levée de fonds : nous avions construit la Ferrari, il ne manquait plus que le plein !

Après moult vicissitudes (pas évident de pitcher un logiciel de facturation ou un CRM dans un domaine ultra compétitif), nous avons encore une fois trouvé un investisseur un peu plus malin que les autres avec Sofiouest, et, encore une fois, le soutien actif d’Alto.

Future is coming

Je vais certainement vous décevoir, mais nous n’avons plus changé de nom :)

Sellsy s’est fait sa place et permet aujourd’hui à des milliers d’entrepreneurs de gérer leur activité au quotidien, en les aidant à optimiser chaque étape de la relation commerciale, du premier lead jusqu’à la signature électronique du devis (avec @yousign), au paiement, à la vérification en banque et à la comptabilisation.

Je sais, ce n’est pas très glamour présenté comme ça, mais si ça peut aider un entrepreneur à aller plus vite, profiter un peu plus de sa famille et éviter de mettre sa boite (et son coeur) en danger, nous ressentons le sentiment du devoir accompli. Mais si pour certains il faudrait s’arrêter là et commencer à tirer les dividendes de ces années de travail, ce n’est pas tout à fait notre façon de voir les choses et plus que jamais nous avons envie d’avancer, d’améliorer.

S’il y a bien une chose qui nous chiffonne, c’est cette approche monolithique des acteurs américains, qui se résume à “Take it or leave it” à travers des produits certes excellents, mais très formatés. Pour nous chaque demande client représente un besoin et donc un bénéfice potentiel pour des dizaines d’autres clients, alors, on code.

“Ce n’est pas possible” chez nous n’est pas une option : soit c’est possible mais différemment (et dans ce cas on explique), soit il faut le coder.

Une équipe de malades

C’est assez incroyable quand on regarde le registre du personnel : pour créer l’équipe actuelle de Sellsy, il a fallu, facilement, en recruter le triple. J’ai une vraie pensée pour ceux qui nous ont quittés et ne font plus partie de l’aventure, car, comme dans toutes les entreprises qui débutent, il y a des périodes et les stars de la saison 1 sont rarement celles de la saison 2 (peut être existe-t-il un léger tropisme Game of Thrones dans la genèse des start-up).

En tout cas, ce dont je me rends compte tous les matins, c’est que nous travaillons avec une équipe formidable et surtout, qui dépasse tout ce que j’avais pu imaginer. Quand on est un créateur “from scratch” comme nous le sommes avec Fred, on a tendance à se reposer plutôt sur soi même, à tout faire tout seul. Directeur marketing, patron, développeur, graphiste, DAF, nous avions tout fait.

Nous avons appris depuis que dans tous les postes, on peut trouver des gens qui font mieux, qui vous en remontrent… Et nous avons pu nous consacrer à notre meilleur rôle : celui de chefs d’orchestre. Marketing, support, sales, back office, tech : dans tous les domaines nous avons vraiment réussi à réunir une équipe qui nous rend fiers et nous rend plus forts, jour après jour. 10 ans après j’ai l’impression d’avoir à peine commencé et ce n’est pas prêt de s’arrêter.

Une entreprise scalable à l’infini

J’ai parlé plus haut de notre premier succès dans le dating. Mais quand vous faites un site de rencontre, vous faites une V1, une V2 voire une V3, mais, finalement, vous restez sur un set de fonctionnalités limitées : il faut que les gens se parlent et échangent des photos. Avec Sellsy, les possibilités semblent infinies : sphère du paiement en ligne, AI pour la vente et le marketing, compta complète jusqu’au bilan tout en ligne (enfin !)…

Ces challenges sont à la foi effrayants par leur complexité mais aussi incroyablement excitants, car la complexité, c’est notre adrénaline. Nous avons aujourd’hui une équipe de 25 développeurs, et je ne serais pas surpris que, dans un futur pas si lointain, ils soient dix fois plus nombreux.

Si cet anniversaire marque 10 ans d’évolution constante de Sellsy, et une étape importante de notre histoire, le clap de fin n’est pas pour demain. Le futur de l’entrepreneuriat et des modes de travail étant en perpétuel mouvement, nous avons encore un long chemin à parcourir tous ensemble !

Rendez-vous dans 10 ans !

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Les contributeurs sont des auteurs indépendants de la Rédaction de FrenchWeb. Leurs propos et positions leurs sont personnels.

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Un commentaire

  1. Formidable et cela fait vraiment plaisir de voir cette réussite, cet enthousiasme et cet esprit d’équipe !
    Bravo !
    Ps – En tant que nouvel utilisateur de Sellsy, je peux déjà confirmer que c’est un super outil !!!!

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