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Les entreprises en font-elles trop pour leurs salariés ?

Par Bertrand Duperrin, expert FrenchWeb

Cela peut sembler iconoclaste mais quand je vois le nombre d’initiatives des entreprises à destination de leurs collaborateurs j’en finis par me demander si finalement elles n’ont font pas trop.

Le collaborateur sujet de toutes les attentions

Le collaborateur est donc au centre des attentions et le sujet de toutes les initiatives. Le but ? Compenser tous les effets négatifs que son travail peut avoir sur lui : fatigue, stress, mal-être… Peut importe qu’on appelle ça qualité de vie au travail, bien être au travail, bonheur au travail, expérience employé, tout cela repose sur un postulat évident : un salarié qui se sent bien est plus productif, concentré, engagé qu’un salarié qui se sent mal. Voilà pour le court terme car à long terme il y a les enjeux de santé, de turnover, etc. Bref, il aura fallu le temps mais bon gré mal gré les entreprises ont fini par comprendre qu’il s’agissait d’un investissement et pas d’une dépense sèche.

On ne va donc pas s’en plaindre mais il y a dans ces pratiques quelque chose qui me dérange un peu.

Le well-being traite les symptômes, pas le mal

Ca me rappelle quelque chose que je remarque souvent sur le sujet de l’engagement. Les entreprises se plaignent de collaborateurs pas assez engagés, les exhortent à être plus engagés comme si le problème n’était qu’au niveau du salarié et sans jamais se dire que si leurs équipes ne veulent pas s’engager c’est peut être parce qu’elles ne sont pas engageantes.

Et bien ici c’est exactement pareil. Cela donne l’impression que tout peut se régler au niveau du collaborateur, un peu comme si le problème était à ce niveau. Ce qui est en fait totalement faux : si les symptômes sont perceptibles au niveau du collaborateur le mal est souvent ailleurs. Et souvent pour identifier les causes profondes l’entreprise n’a qu’à se regarder dans la glace.

Qu’est-ce qui est cause de stress, de mal être, de toutes ces choses négatives que peut ressentir le collaborateur ? Sans aucune surprise les piliers d’une bonne ou mauvaise expérience employé, ce que j’appelle le PPT. People, process, technology. Organisation défaillante, process lourds voire inadaptés, outils inefficaces ou complexes, managers qui n’ont de manager que le titre…vous avez la cause de quasiment tous les maux, sans parler de l’impact sur la performance individuelle et collective.

Alors, bien-sûr, on ne va pas se plaindre du fait que les entreprises s’intéressent à leurs employés…mais elles devraient peut-être dépenser un peu moins d’énergie de ce côté-là et un peu plus à se soigner elles-mêmes. Plus difficile mais avec un impact plus systémique et durable.

L’expert:

bertrand-duperrinBertrand Duperrin est Digital Transformation Practice Leader chez Emakina. Il a été précédemment directeur conseil chez Nextmodernity, un cabinet dans le domaine de la transformation des entreprises et du management au travers du social business et de l’utilisation des technologies sociales.

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Les Experts sont des contributeurs indépendants de FrenchWeb.fr.
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