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Voiture autonome: 4 scénarios qui vont bouleverser la mobilité au quotidien

Alors que tous les regards sont tournés vers la COP21, les Pays-Bas a pris les devants avec la publication par le Ministère de l’Infrastructure et de l’environnement, en octobre dernier, d’une étude prospective proposant quatre scénarios de mobilité future. Un de ces scénarios va même jusqu’à proposer l’arrêt total de la conduite, ce qui représente une proposition surprenante venant du monde politique.

Et pourtant, ce scénario a priori complètement fou pourrait devenir une réalité dans un futur proche. En effet, la voiture autonome existe déjà et pourrait se trouver rapidement sur nos routes comme déjà décrit dans un de mes articles «Y a-t-il un chauffeur dans la voiture autonome ?» Contrairement à ses voisins, la France a pris un retard important sur ce sujet et ce, à plusieurs niveaux:

  • Législatif: les lois permettant de développer et de tester les voitures autonomes arrivent d’abord de l’étranger, créant des conditions désavantageuses pour les industriels français. En plus, les Etats-Unis disposent déjà de terrains d’essais proches du réel permettant d’accélérer la mise en place de cette nouvelle technologie, et en même temps, de prendre un avantage concurrentiel important.

  • Technique: les industriels hollandais prévoient la commercialisation de voitures autonomes au 1er janvier 2020, quand nous parlons en France des premières voitures semi-autonomes, donc moins évoluées, pour l’année 2022 et des voitures autonomes pour 2025, dans neuf ans soit deux fois plus tard. Même si ces dates sont, à ce jour, hypothétiques, la France ne se positionne pas en première ligne.

  • Prospectif: quand d’autres pays ont initié la démarche qui vise, dans une perspective à la fois déterministe et holistique, à se préparer aujourd'hui à ce nouveau demain, le discours français évite de se poser les bonnes questions. Il s’agit d’élaborer des scénarios possibles et impossibles sur la base de l'analyse des données disponibles (états des lieux, tendances lourdes, phénomènes d'émergences) et de la compréhension des processus socio-psychologiques.

Le document publié par le ministère néerlandais, qui se focalise sur la prospective et leur conclusions, décrit quatre scénarios de mobilité, avec leurs fonctionnements, impacts, influences respectifs, ainsi que leurs calendriers de déploiement, dans un futur pas si éloigné…

Scénario n°1 : La mobilité comme services, partout et à chaque instant.

Ce scénario 1 est la proposition sociétale idéale, mais aussi la plus radicalement différente. Personne n’a le droit de conduire – tout simplement. Avec cette promesse d’une mobilité optimisée, de zéro accident sur la route, de très peu de pollution directe avec une facilité de vivre sans égale, ce scénario présente une vision prospective où tout le monde y gagne.

Pour le rendre encore plus concret, je prends la liberté de transposer ce modèle en France avec la citation de certains de nos acteurs clés.

Le matin, juste avant de quitter ma maison, je pousse le bouton «voiture» sur ma montre Withings et quelques minutes après, un véhicule autonome s’arrête devant ma porte. Ceci peut être ma voiture personnelle, mais aussi une voiture partagée fournie par la SNCF. Oui, la SNCF a réussi sa transformation et ses initiales ont été converties en «Société Nationale de Circulation Français», permettant ainsi de couvrir tous nos besoins de mobilité. C’est donc un de ses véhicules qui m’amène à la gare la plus proche où je retrouve, toutes les deux minutes un train autonome – tout comme la ligne 1 ou 14 à Paris. Les fréquences peuvent être accélérées car il n’est plus nécessaire de respecter le délai de sept minutes entre chaque train pour des raisons de sécurité.

Désormais, les locomotives sont connectées les unes aux autres et communiquent directement en cas de ralentissement. En plus, la qualité de ces trains n’a rien à voir avec ce que nous connaissons aujourd’hui, en termes de confort, d’ergonomie et d’équipement. Dans ces trains, on peut s’asseoir, écouter la musique, lire ses mails, avoir une température de confort optimale… Ce train autonome m’amène tranquillement dans le centre-ville et là, tout est à nouveau synchronisé avec ma montre connectée Withings qui me guide vers le véhicule Blablacar. Cette voiture a déjà enregistré le parcours correspondant à ce que j’avais marqué dans mon agenda (eh oui… je ne rentre pas tous les jours directement au bureau). 

Après les diesels, les mairies ont interdit les voitures individuelles intramuros et c’est désormais la multinational Autolib-Boloré qui est en charge de la fabrication de tous véhicules urbains, et ce, de manière toujours plus économe et écologique. Le fait que ces voitures roulent en continue permet de construire moins de véhicules (donc de réaliser des économies en matériaux et respecter nos ressources naturelles) et de diminuer en conséquence les zones de stationnement nécessaires. Le nombre de véhicules en ville a été divisé par 10 et ceux qui circulent n’émettent plus de pollution directe. Ces véhicules sont très sécurisés et l’absence d’accidents de la route à une fois de plus réduit d’une manière importante le nombre de lits dans nos hôpitaux. Sans accidents, beaucoup d’assureurs se sont reconvertis.

La Poste n’existe plus et la collecte et distribution de courrier est totalement automatisée via des petits relais connectés. Il suffit de mettre son courrier ou son paquet à un endroit dédié et un drone Parrot vient le récupérer dans les 15 minutes. En analysant les parcours de véhicules autonomes dans le secteur, ce drone Parrot permettra l’envoi depuis le véhicule pour le transporter au plus proche de sa destination. Par exemple, les drones analyseront les données concernant les véhicules à l’arrêt à des feux rouges, pour identifier ceux qui ont du courrier à prélever et livrer, de manière simple, efficace et rapide. Dans les grandes villes, un courrier est livré dans les 2 heures quand nous constatons des délais de 6 heures entre deux grandes villes à l’heure actuelle.

Tout ceci sera fait avec une synchronisation fluide, sans heurt et avec très peu de pollution. C’est donc un environnement en mouvement perpétuel mais sans bouchon, sans pollution direct et pollution sonore.

Le transport de marchandise s’est également optimisé. Par exemple, Leroy Merlin a réussi son pari de diminuer les transports de marchandises grâce à des imprimantes 3D. En effet, des cabinets aux Etats-Unis estiment que 41% du transport de marchandise peut se faire remplacer par des imprimantes 3D. Le transport des matières premières est diminué, puisque les journaux et livres papiers se lisent maintenant sur tablette évitant ainsi de couper des arbres ou le recyclage de papiers/vêtements pour son support.

Entre les villes, nous avons un mélange entre les trains et camions autonomes (et pourquoi pas une navigation fluviale avec des bateaux autonomes?). Chaque train voyageur a maintenant son wagon pour les marchandises. Les camions sont de véhicules autonomes et roulent individuellement. En plus, la combinaison entre les différents modes de transport a créé une vraie fluidité, avec une prise en charge sans couture des biens transportés par des drones ou des mini-trucks autonomes à proximité des villes. Le métier de camionneur et de livreur ont simplement disparu.

Pour des déplacements nationaux, j’ai maintenant le choix entre les trains autonomes et les voitures-couchettes longue distance. Ces voitures-couchettes sont des voitures autonomes totalement équipé que je peux prendre à bord des villes et qui me permettent de me préparer un repas simple, de regarder un film. Et en dormant dans le véhicule, je peux arriver à ma destination sans la moindre fatigue. Plus besoin de me lever à 5 heures du matin pour prendre un vol vers Berlin, Marseille ou un Eurostar pour Bruxelles. Les hôtels ont quasiment tous disparu comme les «grands-voyageurs» dorment maintenant pendant leur voyage. L’application de partage de chambres chez l’habitant permet également de trouver dans les 20 minutes et sans réserver, un bon endroit pour dormir (un peu uber-hôtel).

Scénario n° 2: Le luxe d’avoir sa voiture autonome personnelle

Dans ce scénario, chacun entre nous a gardé son véhicule mais ces derniers n’ont plus de volant du tout et l’ordinateur de bord nous transporte tout simplement vers notre destination. Les longs trajets sont désormais facilités puisque c’est la voiture qui s’occupe de tout. Et comme elle peut rouler toute la nuit et nous dormir derrière le tableau de bord, nous pouvons arriver le matin à notre destination reposé et opérationnel pour une journée de travail. Les loisirs seront également plus accessibles, car partir en week-end ou en vacances sera plus facile et en partant le vendredi soir, nous serons sur notre lieu de vacances le samedi matin. Puisqu’il n’est plus nécessaire d’être concentré sur la conduite, la voiture pourra être équipée de plus de fonctionnalités, permettant d’avoir accès à ses mails, regarder des films, se faire chauffer un plat, etc. La voiture est donc devenue une deuxième maison qui nous déplace à la demande et nous en profitons pour nous déplacer encore plus.

Ce scénario prévoit également que les camions soient aussi totalement autonomes et livrent leur produits de l’entrepôt jusqu’à la boutique. Par conséquence, le métier de camionneur a totalement disparu.

Mais ce n’est pas là l’impact le plus important de cette hypothèse: même si la sécurité routière est désormais parfaite (tant que la voiture ne passe pas sous la main d’une équipe de Hackers ou un problème de satellite), cette configuration incite à prendre la voiture, ce qui accroit la circulation et donc les problèmes de trafic. Puisque les trajets personnels sont facilités, il est aussi possible d’éloigner son habitation de son lieu de travail, avec des temps de trajet plus longs et la repopulation des zones rurales plus reculées, qui deviennent de nouvelles cités dortoirs.

La voiture autonome étant pré-programmable, il n’est plus nécessaire d’optimiser les déplacements : le véhicule pourra déposer les parents au travail, puis les enfants à l’école. La quantité de trajets effectués par le véhicule explose et avec, les impacts négatifs déjà évoqués précédemment.

En revanche, contrairement au scénario 1, dans lequel les constructeurs automobiles sont amenés à disparaitre ou à se recycler, ce scénario a pour conséquence de stimuler l’activité de l’industrie automobile, avec la création de nouveaux modèles intégrant une multitude d’options telles que des télévisions grand-écran, des machines expresso et des micro-ondes, des mini-frigos, des banquette-couchettes… Le terme suréquipé prend une autre ampleur et ces voitures pourront être qualifiées de mobil-homes. A contrario, d’autres secteurs vont disparaitre. Par exemple, nous n’aurons plus besoin des auto-écoles, puisque plus personne ne conduira, les bus, les trams et les métros disparaitront, comme tout se passe par voiture autonome. Comme les voitures autonomes n’auront plus d’accident, il n’y a plus besoin de carrossier et la chute du nombre de blessés de la route fera disparaitre de nombreux lits dans nos hôpitaux.

Scénario n° 3: La conduite contrôlée

Dans ce scénario, les utilisateurs n’adhèrent pas aux nouvelles technologies et ne veulent pas lâcher le volant. La conduite en ville ne change donc pas, si ce n’est que des systèmes d’assistance perfectionnés accompagnent le conducteur afin de corriger les défauts de conduite et éviter les accidents. Par exemple, des détecteurs d’obstacles ou des assistances au parking, qui existent déjà en 2015 sur les voitures haut de gamme, sont largement déployés. La conséquence de cela est une réduction importante des accidents, mais surtout une amélioration de la qualité de vie. En effet, même si la fonction «pilote automatique» n’est pas utilisée par les conducteurs, elle est opérationnelle. Ainsi, arrivé à destination, nous quittons le véhicule et la voiture va chercher elle-même sa place de parking. En sortant, un simple signal et le véhicule sort de son parking et arrive dans le plus bref délai. Simple et très convivial, ce scénario impacte très peu notre mode de vie actuel, que cela concerne les aspects positifs ou négatifs.  En effet, ce scénario n’a aucun impact sur la quantité d’embouteillages, sur la pollution, sur la nécessité d’intégrer des parkings à tous les immeubles, sur le manque de place pour se garer… Au contraire, ce système a pour conséquence d’augmenter la quantité de véhicules en circulation, puisque même quand personne ne la conduit, la voiture qui cherche sa place pour se garer, va continuer à tourner en rond sans passager, indéfiniment si elle ne trouve pas de places. En plus, munie de ces nouvelles technologies, la voiture est devenue plus attractive et le nombre de véhicule continu d’augmenter, et avec, nos problèmes. 

En conclusion, ce scénario reste peu attractif, hormis pour l’amélioration de la sécurité routière, mais il ne contribue pas à éliminer les nombreuses nuisances liées à un trafic trop important.

Scénario n°4 : Une mobilité multimodale avec un partage automatisé

Dans ce scénario, la technologie de la voiture autonome n’est pas encore suffisamment optimisée et nous utilisons une multitude de transports (avion, train, métro…). En revanche, les trains et métros sont complètement autonomes et sans chauffeur. La conduite en ville est donc inchangée, mais, sur les routes départementales et les autoroutes, le mode «pilote automatique» est activé et nous nous laissons conduire à notre destination. Concernant le transport routier, un premier camion avec chauffeur pourra servir de guide à plusieurs camions sans chauffeur qui se suivent en «chenille» comme cela a déjà été testé aux Etats-Unis et au Japon. Une fois arrivée à la périphérie des villes, les drones prennent le relais pour livrer au plus près du consommateur.

Dans cette hypothèse, la technologie permet surtout de synchroniser les déplacements entre les utilisateurs. Le partage des trajets ou du véhicule avec est devenu courant : une simple demande via une application permet de trouver une voiture partagée disponible rapidement et proche de soi. Les «autolibs» sont ainsi à disposition partout – même en pleine campagne. Pour le partage de trajet, plus besoin de réserver à l’avance : la saisie de la destination se fait en un simple clic et la plateforme alerte un chauffeur le plus proche, qui fera le même trajet. Ce partage de trajets, attendu sur de courtes distances, aura pour conséquence de diminuer significativement la quantité de voitures dans les villes et zones urbaines. Compte tenu de la diminution de la quantité des véhicules, les constructeurs d’automobiles devront s’adapter et proposer de nouveaux services, tels que des plateformes de partage de trajets. 

Plusieurs expérimentations de ce type sont déjà en cours en 2015 et cette vision futuriste n’est donc pas si éloignée que ça.

Conclusion

Il faut reconnaitre que le Ministère de l’Infrastructure et de l’Environnement hollandais a osé poser les bonnes questions et les différents scénarios ont permis de mieux appréhender les priorités politiques à mettre en œuvre. Même si le futur reste inconnu, l’étude prospective permet de réfléchir, à partir de données disponibles, à de meilleures manières de vivre, de se déplacer, de réduire notre emprunte environnementale et d’éliminer les accidents de la route…  

Les scénarios présentés permettent de recentrer la discussion à partir de données concrètes en nous évitant de débattre de choses floues comme «il faut limiter le réchauffement de la planète de 2 degrés…» ou «il faut trouver des financements pour les pays pauvres» qui sont des sujets trop vagues et trop techniques pour attirer notre attention.

Il faut se poser la bonne question : «comment pouvons-nous mieux vivre et quelle est le meilleur chemin pour y arriver?»

Car le bon chemin vers le progrès devra passer par la coopération et la collaboration entre les acteurs de l’innovation, qu’ils soient publics, privés, grands groupes ou PME. De nombreuses briques technologiques nécessaires à la réalisation de ces scénarios sont déjà disponibles. Il ne manque plus qu’à les imbriquer les unes avec les autres pour arriver à un intégrer ces innovations dans notre quotidien et ainsi améliorer nos modes de vie. C’est comme parvenir à orchestrer une symphonie en partant des mélodies isolées de chacun des musiciens.

En France, il manque cette volonté de faire de la prospective et le débat politique se concentre autour de questions mal posées. Au lieu de présenter des propositions de valeur, les politiciens et les médias nous présentent un futur d’interdictions (comme l’interdiction des diesels à Paris qui est un message négatif sans espoir). Au lieu de prendre les éléments du futur pour construire le présent, nous nous focalisons sur les problèmes du passé. Quand nous parlons de la «douce» France, nous regardons vers notre passé en oubliant qu’il faut regarder vers le futur.  

Nous avons également cette mauvaise habitude de diviser un problème en mini-sujets pour le faire traiter par des organisations spécifiques et décentralisées, quand le document du Pays-Bas montre bien qu’il est possible de partir d’une vision globale pour aller dans le détail. Et la dynamique est créée par les start-up et les utilisateurs – pas par des approches politiciennes. Il faut clairement abandonner les observatoires, les commissions, les think-tanks pour créer (enfin) des do-tanks. 

Il est triste de constater que les discussions sur la COP21 se focalisent sur les problèmes et sur les chiffres, sur la fracture entre pays riches et pays pauvres, sur les effets catastrophiques de nos carburants du passé. Les débats prennent une tournure politique quand il s’agit en réalité d’une discussion sociale : «Comment mieux vivre». Et quand tout devient technique, les sujets sont présentés par des politiciens comme s’ils ont tous un diplôme d’ingénieur.

Notre monde est en passe de muter radicalement et nous devons inventer de nouveaux modèles de mobilité. A titre d’exemple de cette transition brutale, on peut citer la ville d’Helsinki, qui vient tout simplement d’interdire les véhicules personnels dans la ville pour 2025. Il est temps d’oser et de faire de la prospective pour créer une dynamique positive d’innovation. La «douce» France est devant nous… pas derrière. Mais suis-je seul à le voir?

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Erik Van RompayAlliant une formation d’ingénieur à l’INSEAD, un esprit entrepreneur et des expériences en France et à l’International, Erik Van Rompay est un expert référent sur l’innovation en Europe.

Cinq années chez Walt Disney Imagineering. J’ai travaillé à la réalisation de plusieurs projets industriels pour Ford Motors Co, Volvo, Daf Trucks et Rolls Royce, la création de 5 start-up ainsi qu’une formation INSEAD qui m’ont permettent de maitriser toute la problématique de la start-up jusqu’au grand groupe industriel.

mail : erikvanrompay@yahoo.com

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