
Women in STEM Europe : sept lauréates pour donner envie de choisir les sciences
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L’une développe un robot pour expliquer l’énergie, une autre a contribué à rendre observable le mouvement des électrons. Les sept lauréates des European Women in STEM Awards racontent des parcours scientifiques qui conduisent à la recherche, à l’industrie ou à la création d’entreprise.
Un robot offert par son oncle a donné à Lila Trepy l’envie d’apprendre à programmer. Elle avait neuf ans. Depuis, elle a rejoint un club, participé à une compétition européenne et imaginé Joule, un robot conversationnel qui répond aux questions des jeunes sur l’énergie. Son nom figure désormais au même palmarès que celui d’Anne L’Huillier, prix Nobel de physique 2023.
Women in STEM Europe a réuni ces parcours dans la première édition de ses European Women in STEM Awards, dont les six prix et le coup de cœur du jury ont été remis le 22 octobre à Paris.
L’enjeu commence au moment des choix d’études, à la rentrée 2025, les filles ne représentaient que 14,2 % des effectifs de spécialité « sciences de l’ingénieur et sciences physiques » en terminale générale, selon la DEPP.
La tech française dispose déjà de références, avec notamment Pascale Senellart qui transforme avec Quandela des recherches sur les photons en technologies de calcul quantique, Maud Vinet qui mobilise chez Quobly son expérience des semi-conducteurs et Hélène Huby qui conduit avec The Exploration Company un projet de transport spatial de grande envergure. Autant de rôles modèles qui rendent visible le chemin entre formation scientifique et construction d’un projet industriel.
Transformer une connaissance en outil utilisable
Les premières lauréates montrent ce passage à des échelles très différentes. Il peut commencer par un signal aussi quotidien que la voix, par une image médicale ou par un problème de fonctionnement des marchés financiers.
Lara Gervaise, prix Technology, travaille sur ce que la voix peut révéler de la santé. Virtuosis AI, qu’elle a cofondée, analyse des caractéristiques acoustiques comme la hauteur, le rythme et la qualité vocale à partir d’échantillons pouvant être aussi courts que trente secondes. L’entreprise cherche à en tirer des indicateurs pour le dépistage et le suivi de la santé, ainsi que pour le bien-être.
Stéphanie Magazzeni, prix Engineering, poursuit cette relation entre observation et décision médicale dans l’imagerie de la rétine. L’organisation la récompense pour sa contribution à une technologie utilisée dans le diagnostic de maladies pouvant conduire à la cécité.
Chief Scientific Officer de Heidelberg Engineering depuis 2025, elle possède plus de vingt-cinq ans d’expérience dans les technologies médicales, notamment en ophtalmologie. Son activité relie les travaux scientifiques aux instruments et aux pratiques des professionnels de santé.
Maria Scetta, prix Mathematics & Data, applique les mathématiques à une autre difficulté : une action peut être cotée en Bourse et rester difficile à acheter ou à vendre. Lorsque les ordres sont peu nombreux, une transaction peut faire varier fortement le cours. DeltaBlock, qu’elle a cofondée, développe des solutions algorithmiques pour améliorer cette liquidité, notamment pour les petites et moyennes capitalisations.
Poursuivre la recherche et ouvrir sa discipline
Mamta Pommier, prix Sciences, associe son activité d’astrophysicienne à un engagement international pour la place des femmes en astronomie. Elle préside le groupe « Women in Astronomy » de l’Union astronomique internationale, qui agit sur leur visibilité et leurs conditions de carrière.
Anne L’Huillier, European STEM Role Model of the Year, a contribué à ouvrir un nouveau champ d’observation de la matière. En 1987, elle découvre que le passage d’un laser infrarouge dans un gaz produit de nombreuses harmoniques lumineuses. L’étude de ce phénomène prépare les avancées sur les impulsions attosecondes, qui permettent d’explorer la dynamique des électrons.
Une attoseconde représente un milliardième de milliardième de seconde. Le prix Nobel de physique 2023, partagé avec Pierre Agostini et Ferenc Krausz, consacre ces travaux. Entre l’observation initiale et cette reconnaissance, plus de trente-cinq ans se sont écoulés. Ce parcours donne aussi la mesure du temps nécessaire pour développer une connaissance et les moyens de l’exploiter.
Des écarts différents selon les disciplines
| Spécialité en terminale générale | Part de filles |
|---|---|
| Sciences de l’ingénieur et sciences physiques | 14,2 % |
| Numérique et sciences informatiques | 15,5 % |
| Mathématiques | 41,8 % |
Source : DEPP, rentrée 2025, France, enseignement public et privé sous contrat relevant du ministère de l’Éducation nationale.
Apprendre en construisant, puis transmettre à son tour
Lila Trepy, prix Young STEM Leader, a trouvé dans la robotique une manière de mettre sa curiosité à l’épreuve. Dans un entretien au magazine municipal de Saint-Germain-lès-Arpajon, publié en avril 2025, elle confiait comment l’envie de comprendre les objets électroniques l’avait conduite à les démonter, puis à réaliser ses propres montages.
Cet apprentissage s’est poursuivi au sein de l’Atelier Creatik et lors de compétitions, où il faut concevoir, programmer et travailler avec d’autres équipes. Avec Joule, elle met cette pratique au service d’autres jeunes : son robot conversationnel répond à leurs questions sur l’énergie et leur permet d’en découvrir les enjeux.
Ema Nicole Gheorghe, coup de cœur du jury, emprunte cette voie par l’algorithmique. Médaillée d’argent aux European Girls’ Olympiad in Informatics 2025 et d’or aux Olympiades roumaines d’informatique, elle résout en compétition des problèmes qui demandent de concevoir et de programmer des algorithmes. Elle donne aussi bénévolement des cours d’algorithmique à d’autres jeunes, en particulier à des filles, selon Women in STEM Europe.
Faire connaître les étapes qui rendent la suite possible
À travers ses sept lauréates et sa sélection de 71 Talents 2026, issue de candidatures et d’un repérage complémentaire, Women in STEM Europe cherche à élargir les références disponibles. Le projet documentaire « Hors Calculs », présenté au cours de la soirée, enrichit cette démarche en suivant des femmes du collège à la vie professionnelle.
FW.MEDIA soutient vivement cette initiative pour faire connaître celles qui construisent ces technologies et raconter leur travail, afin de dépasser les idées reçues et de montrer à une génération ce que les sciences permettent de concevoir, de fabriquer et de diriger.
Une intention que résume parfaitement Léna Touchard, directrice générale de Women in STEM Europe : « Un rôle modèle n’est pas forcément une figure d’exception : c’est aussi une femme qui a deux, cinq ou vingt ans d’avance sur vous, et dont le parcours montre que la suite est possible. »
