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6 questions sur la pénurie de semi-conducteurs qui déstabilise l’industrie mondiale

AFP

Smartphones, consoles de jeux, automobiles… De nombreux secteurs rencontrent des difficultés depuis plusieurs mois pour s’approvisionner en semi-conducteurs. Le point sur cette pénurie qui déstabilise l’industrie mondiale.

Qu’est-ce qu’un semi-conducteur?

Les semi-conducteurs sont des matériaux (l’un des plus connus est le silicium) et par extension, les composants électroniques fabriqués avec eux: par exemple les puces permettant à des appareils de capter, traiter ou stocker des données. Ces composants sont indispensables à des pans entiers de l’industrie mondiale et intégrés à de nombreux objets du quotidien.

On en trouve dans les appareils électroniques ou connectés comme les smartphones, les ordinateurs ou les consoles de jeux vidéo, les automobiles (notamment les tableaux de bord), les avions, les réseaux informatiques ou téléphoniques… IIs sont généralement minuscules. « Les composants les plus avancés sont entre 5 et 7 nanomètres », précise à l’AFP Jean-Christophe Eloy, PDG du cabinet Yole Développement, spécialisé dans les semi-conducteurs.

Qui les fabrique?

« Comme il s’agit d’un secteur qui demande beaucoup d’investissements, les entreprises ont choisi parfois de se spécialiser » soit dans la recherche et le développement, soit dans la production, explique à l’AFP Mathilde Aubry, professeure d’économie à l’école de commerce EM Normandie. « Cette spécialisation se retrouve à l’échelle des pays. » Les principaux fabricants se situent à Taïwan (TSMC) et en Corée du Sud (Samsung et SK Hynix). Les États-Unis disposent d’un autre acteur majeur, Intel. En revanche, l’Europe a misé sur la recherche et dispose de peu de capacités de production.

Quels secteurs sont affectés par la pénurie?

« Les secteurs les plus gourmands en semi-conducteurs ont été touchés les premiers »: Mme Aubry évoque les équipements de communication (box internet, ordinateurs, téléphones). Le déficit de certaines puces a aussi été invoqué pour expliquer les difficultés à se procurer la nouvelle PlayStation 5 de Sony et la dernière console Xbox de Microsoft.

Mais, à présent, l’automobile est la victime la plus visible avec, par exemple, une production bloquée dans une usine française de Stellantis et ralentie sur des sites de General Motors et Ford aux États-Unis. Dans le secteur automobile mondial, la pénurie de semi-conducteurs devrait « réduire le volume de production d’environ 2% cette année », estime dans une note Matthias Heck, analyste chez Moody’s. Des acteurs de l’électroménager commencent également à faire part de difficultés d’approvisionnement.

Comment s’explique la pénurie?

Les fabricants de puces ont fait face à une hausse soudaine de la demande pour équiper des produits électroniques. Ordinateurs ou consoles de jeux sont en effet très prisés dans le contexte de la pandémie de Covid-19, qui a accéléré l’essor du télétravail et des loisirs à la maison. Or le marché des semi-conducteurs était déjà sous pression du fait de la guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine.

Certains acteurs, comme le géant Huawei, ont fait des stocks importants l’an dernier pour limiter les effets des sanctions. « Cette ‘sur-demande’ devrait se calmer d’ici six à neuf mois car on devrait revenir à des activités plus normales au niveau automobile, des ordinateurs, etc. Mais cela va juste s’atténuer, cela ne va pas disparaître », prévient Jean-Christophe Eloy.

Quelles mesures pour améliorer la situation?

Face à l’explosion des besoins, les grands fabricants ont multiplié les annonces d’investissements pour renforcer leur capacité de production. Intel va investir 20 milliards de dollars, TSMC 100 milliards. « Mais comme il faut entre deux et quatre ans pour mettre en place une nouvelle usine de production de semi-conducteurs, les nouvelles capacités de production seront sur le marché en 2023-2024 », souligne Jean-Christophe Eloy.

Comment l’Europe tente de réduire sa dépendance?

« Notre dépendance vis-à-vis de l’Asie est excessive et inacceptable », déplorait mi-février le ministre français de l’économie Bruno Le Maire. Pour assurer sa souveraineté technologique face à la Chine et aux États-Unis sur ce marché estimé à 440 milliards d’euros, l’Union européenne ambitionne de produire 20% des semi-conducteurs dans le monde d’ici à 2030, le double de sa part actuelle.

De quoi relocaliser une partie de la production des acteurs européens comme le néerlandais NXP, le franco-italien STMicroelectronics ou l’allemand Infineon ? « Cela peut les pousser à réinvestir en Europe, ce qu’ils n’ont pas fait depuis très longtemps », estime Jean-Christophe Eloy. La Maison Blanche veut elle aussi étudier comment renforcer la fabrication de semi-conducteurs aux États-Unis, lors d’un sommet virtuel lundi avec des dirigeants d’entreprises affectées par la pénurie.

La rédaction

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