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Ce que la série D de PREPLY révèle de la nouvelle sélectivité du capital en EdTech

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Fondée en 2012, Preply opère une place de marché mondiale dédiée à l’apprentissage des langues en ligne. La plateforme met en relation des apprenants avec des tuteurs indépendants pour des cours individuels, dispensés en visioconférence, dans plus de quatre-vingt-dix langues. Au-delà de la mise en relation, Preply structure l’ensemble du parcours d’apprentissage, que ce soit la définition des objectifs, la sélection du tuteur, la planification des sessions, le suivi de la progression ou encore l’évaluation des résultats.

La société a annoncé une levée de cent vingt-sept millions d’euros en Série D, menée par WestCap avec la participation d’Índico Capital Partners, portant son financement total à environ deux cent cinquante-quatre millions d’euros et sa valorisation à environ un milliard d’euros. Preply compte par ailleurs deux investisseurs français à son capital, EduCapital et The Family.

Cette série D s’inscrit comme un événement structurant pour l’EdTech européenne, que nous vous proposons de décoder.

La concentration du capital touche aussi l’EdTech

Depuis deux ans, les levées de fonds EdTech en Europe se caractérisent par des montants plus modestes et une forte dispersion. Des tours compris entre quelques millions et quelques dizaines de millions d’euros dominent le paysage, une tendance en phase avec la prudence accrue des investisseurs. Comme dans d’autres secteurs tech, le financement se polarise sur un nombre restreint d’acteurs, capables de cocher simultanément plusieurs critères devenus déterminants :  usage maîtrisé de l’intelligence artificielle, excellence opérationnelle et une gouvernance adaptée à l’échelle internationale.

Un parti pris à contre courant de l’EdTech Européenne

L’EdTech européenne a longtemps misé sur un apprentissage largement automatisé, présenté comme peu coûteux à déployer et rapidement internationalisable. Une promesse séduisante sur le papier, mais dont l’exécution a souvent révélé les limites : des coûts d’acquisition élevés, une rétention fragile et une différenciation pédagogique insuffisante.

Preply s’est construit à rebours de cette thèse. En assumant un modèle intégrant massivement des tuteurs humains, la plateforme a choisi une voie complexe sur le plan opérationnel, mais plus robuste sur le plan pédagogique. Ce choix, longtemps perçu comme un frein à l’échelle, apparaît aujourd’hui comme un facteur de crédibilité auprès des investisseurs en phase de croissance.

L’intelligence artificielle comme levier d’efficience, et non comme substitut

L’un des enseignements centraux de cette levée réside dans la place accordée à l’intelligence artificielle. Preply ne positionne pas l’IA comme une alternative au tutorat humain, mais comme un outil d’augmentation de l’expérience d’apprentissage. L’IA intervient dans la préparation des cours, le suivi de la progression, l’analyse des performances et la personnalisation des parcours, sans se substituer à la relation pédagogique.

Cette approche rejoint une évolution perceptible du discours des investisseurs. L’automatisation intégrale de l’apprentissage ne constitue plus un horizon en soi. Ce qui est désormais évalué, ce sont les gains mesurables en efficacité, en engagement et en progression réelle des apprenants.

La rentabilité devient un marqueur fort de crédibilité

Un autre élément structure la lecture de ce tour, le passage à un EBITDA positif. Dans un secteur longtemps caractérisé par une forte tolérance aux pertes et par des cycles de financement répétés, ce seuil fonctionne désormais comme un critère de sélection du capital. Il distingue les plateformes capables d’articuler croissance et efficacité opérationnelle de celles dont le modèle reste dépendant d’un accès continu aux marchés financiers.

Un marché structurellement porteur, mais déjà très disputé

L’intérêt des investisseurs s’explique aussi par la profondeur du marché adressé. Selon les données sectorielles, près d’une personne sur quatre dans le monde cherche à améliorer sa maîtrise d’une seconde langue. Le marché mondial de l’apprentissage des langues en direct auprès des consommateurs est projeté à long terme à plusieurs centaines de milliards d’euros.

Ce potentiel attire toutefois une concurrence intense, allant des applications mobiles à bas coût aux solutions entièrement automatisées. Dans cet environnement, la stratégie de Preply consiste à se positionner sur un segment intermédiaire, combinant personnalisation, interaction humaine et outils technologiques avancés, avec une proposition de valeur difficile à répliquer rapidement.

Dans un secteur où le capital se fait plus rare, cette opération prend une portée particulière en ce qu’elle explicite les critères qui constituent désormais les conditions d’investissement auxquelles les acteurs de l’EdTech sont appelés à se mesurer.

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