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À l’ère des créateurs de contenus, la conférence B2B doit-elle se réinventer ?

Il y a une quinzaine d’années, les grandes conférences technologiques ont profondément renouvelé l’événementiel B2B. Des keynotes devenues emblématiques, comme celles de Steve Jobs, aux formats européens portés par Le Web, créé par Géraldine Le Meur et Loïc Le Meur, en passant par la diffusion mondiale des formats TEDx, la conférence s’est imposée comme un moment central de la vie des écosystèmes technologiques et entrepreneuriaux.

Dans leur sillage, les conférences ont été durablement pensées comme des moments clos : une succession de temps forts, un lieu, une scène, un public réuni pour écouter des paroles expertes. Ce modèle s’est imposé pendant des années dans la manière de concevoir, de produire et de valoriser les événements B2B.

Il se trouve aujourd’hui confronté à de nouvelles attentes. Le développement des médias numériques et des réseaux sociaux, la circulation continue des contenus et l’émergence d’une nouvelle génération de créateurs ont déplacé le centre de gravité de la prise de parole. Si les conférences ne disparaissent pas, elles s’inscrivent désormais dans un environnement où l’impact ne se joue plus uniquement dans la salle, ni uniquement dans le temps de l’événement.

La scène n’est plus l’horizon de la prise de parole

Dans ce nouveau contexte, la scène conserve son importance symbolique, mais elle n’est plus le lieu où tout se joue. Ce qui compte de plus en plusé plus, c’est ce que l’intervention devient une fois le micro coupé. Gary Vaynerchuk illustre de manière presque caricaturale cette évolution. Ses conférences sont rarement attendues pour la révélation d’idées inédites, mais leur valeur se mesure à l’énergie dégagée et, surtout, à ce qu’elles produisent ensuite : extraits courts, vidéos virales, formats dérivés.

L’événement agit alors comme une matière première, destinée à être transformée et redistribuée sur les médias et les réseaux sociaux.

Cette logique, longtemps marginale, tend aujourd’hui à se normaliser. Elle suggère que la prise de parole ne se mesure plus uniquement à son intensité immédiate, mais à sa capacité à être prolongée, transformée et réappropriée dans d’autres espaces. L’impact ne se joue plus seulement dans la salle, mais dans ce que l’événement permet de produire au fil de son déroulement.

C’est précisément cette approche qui avait été expérimentée il y a une dizaine d’années avec Microsoft, à travers la création de Microsoft TV. Le dispositif ne se limitait pas à la rediffusion de l’événement. Il reposait sur une production éditoriale continue, avec des personnalités invitées sur un plateau tout au long de la conférence, afin de créer des contenus autonomes, contextualisés et immédiatement exploitables.

Inédit à l’époque, le concept a ensuite été déployé par Microsoft pour d’autres événements. Cette démarche anticipait déjà une évolution devenue centrale : considérer la conférence non comme une fin en soi, mais comme une infrastructure de contenus, capable de générer plusieurs récits en parallèle du programme officiel.

Une expertise pensée pour circuler

Cette transformation ne concerne pas uniquement les profils les plus médiatiques. Benedict Evans illustre le sujet sous une forme plus analytique. Ses conférences, très suivies dans l’écosystème technologique européen, s’inscrivent dans un continuum éditorial : newsletters, billets de blog, graphiques, présentations largement partagées.

L’intervention en conférence n’est alors qu’un moment d’un raisonnement plus large, appelé à se déployer dans le temps. La valeur de la scène réside moins dans la performance que dans sa capacité à alimenter durablement la réflexion collective. Pour l’organisateur, l’événement ne s’achève pas avec la dernière question de la salle, mais continue à vivre dans les discussions qu’il suscite.

Quand la conférence devient un déclencheur de débat public

Avec Jean-Marc Jancovici, la prise de parole agit comme un point d’entrée vers un espace public élargi. Engagée et solidement documentée, elle se distingue par sa capacité à remettre en question des discours largement installés, sans se limiter à un registre pédagogique ou consensuel.

Chaque conférence donne lieu à de multiples déclinaisons : extraits vidéo repris en ligne, citations discutées sur les réseaux sociaux, prolongements médiatiques dans la presse ou lors de débats ultérieurs. La scène devient ainsi un déclencheur, non seulement de compréhension, mais de circulation et de confrontation des idées, inscrivant l’événement dans un débat qui dépasse largement son cadre initial.

Dans ce cas, la scène ne sert pas seulement à transmettre un savoir, mais à structurer un débat. La conférence agit comme un accélérateur de visibilité et de controverse.

Donner à voir et à comprendre, au-delà de la conférence

Chez Gilles Babinet, la prise de parole se conçoit rarement comme un exercice isolé. Lorsqu’il intervient en conférence, notamment sur les enjeux du numérique, de l’innovation ou de la transformation des organisations, la scène joue avant tout un rôle de mise en perspective initiale. Elle permet de poser un cadre de lecture, d’ordonner des enjeux complexes et de les rendre intelligibles pour un public donné.

Mais cette prise de parole ne s’épuise pas dans le temps de l’événement. Gilles Babinet multiplie tribunes, publications et interventions médiatiques qui viennent préciser, nuancer ou élargir le propos initial. La conférence agit alors comme un point d’ancrage à partir duquel le discours se déploie dans d’autres espaces.

Cette manière d’habiter la scène révèle une évolution structurante du rôle du speaker. Il ne s’agit plus seulement de transmettre un contenu, mais de relier des niveaux de lecture : l’événement et l’actualité, le temps court de la conférence et le temps long des transformations, les enjeux sectoriels et les débats transversaux.

Des formats pensés pour la diffusion

Certains organisateurs ont intégré cette logique depuis plusieurs années. Slush conçoit ses conférences comme des récits : formats courts, scénographie originale, attention portée à la captation et à la compréhension hors contexte. Les intervenants sont choisis autant pour la clarté de leur propos que pour leur capacité à être diffusés.

Cette approche fait écho au modèle de TED, qui a très tôt pensé la prise de parole comme un objet médiatique autonome. Le succès de ces formats ne tient pas à la taille des salles, mais à leur capacité à circuler et à être compris bien au-delà de l’événement.

La conférence à l’heure des créateurs de contenus, entre scène et communautés

En faisant venir les créateurs de contenus avec leurs formats, leurs codes et leurs audiences, les conférences vont changer de physionomie dans les années à venir. La scène devient un point de convergence entre contenus, communautés et récits.

Pour les marques comme pour les organisateurs, cette évolution ouvre un champ d’opportunités, à condition d’accepter de remettre en question les formats établis. Il ne suffit plus d’inviter des créateurs sur scène : encore faut-il leur donner la latitude de concevoir des formats capables de renouveler des dispositifs aujourd’hui à bout de souffle.

C’est dans cette perspective que DECODE MEDIA développe de nouveaux formats éditoriaux et événementiels, appelés à être lancés dans les mois à venir, conçus pour répondre à des usages et à des attentes qui ne se satisfont plus des formats traditionnels.

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