Le BTP face à l’IA : une transition prudente mais structurée
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Alors que l’intelligence artificielle s’impose progressivement comme un levier majeur de transformation économique, le secteur du Bâtiment et des Travaux Publics avance à un rythme mesuré. Moins de 10 % des chefs d’entreprise déclarent aujourd’hui utiliser des solutions d’IA.
L’étude menée par Plein Sens pour le compte de l’Observatoire des métiers du BTP dresse un constat nuancé : si l’usage reste limité, l’intérêt progresse et les cas d’application se diversifient.
Réalisée au premier semestre 2025, l’enquête repose sur un questionnaire adressé à plus de 600 dirigeants, complété par 28 entretiens approfondis. « On avait fait ce premier questionnaire auprès de 600 dirigeants du secteur et on l’a complété avec des entretiens plus approfondis auprès de dirigeants d’entreprises, auprès de startups aussi qui proposent des solutions basées sur l’IA et auprès d’organismes de formation », précise Olivier Mériaux, Directeur des études de Plein Sens
Une adoption encore restreinte
Ainsi l’IA demeure marginale dans les entreprises du BTP, moins de 10 % des dirigeants déclarent y recourir. Plus d’un tiers des dirigeants (36 %) envisagent d’adopter ces technologies dans les années à venir. L’intention est plus marquée dans les entreprises moyennes et grandes, dont la moitié anticipent un usage futur, contre 30 % dans les TPE.
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Cette différenciation s’explique largement par la structure du secteur. « On a 95 % des entreprises dans ce secteur-là qui ont moins de 9 salariés. » Cette fragmentation pèse mécaniquement sur la capacité d’investissement et d’expérimentation.
L’IA entre par la porte tertiaire
Les usages actuels concernent principalement les fonctions support. « Très clairement, toute l’étude montre que l’IA rentre dans le secteur par la porte du tertiaire. » Rédaction de documents, synthèse, analyse de mémoires techniques, simplification des processus administratifs : l’IA est d’abord mobilisée pour des tâches informationnelles. Le cœur de métier, en revanche, demeure peu impacté. « On est sur des activités qui se prêtent de manière parfois très peu à l’automatisation. »
Le frein de la donnée
La question de la donnée apparaît centrale. « Pour qu’il y ait de l’IA, de l’application IA, il faut de la donnée. » Or le secteur produit des données souvent hétérogènes, peu structurées, avec des pratiques d’archivage inégales. La conséquence est que: « Sans données de qualité, pas d’IA de qualité. » Cette réalité explique en partie la lenteur de diffusion des usages avancés, notamment en matière de conception ou d’automatisation décisionnelle.
Robotisation : les limites du terrain
Interrogé sur la robotisation des chantiers, Olivier Mériaux se montre prudent : « Il n’y a rien de pire qu’un environnement de chantier du point de vue de la complexité pour des systèmes de robotisation. » Bruit, poussière, aléas, surfaces instables : le chantier reste un environnement difficilement standardisable. Les démonstrateurs existent, mais le déploiement massif paraît éloigné.
ROI et culture du risque
Le BTP demeure un secteur pragmatique. « On est dans un univers, dans une culture qui va favoriser […] la fiabilité, la sécurité. » Dans cet environnement, l’IA est perçue comme « une boîte noire », ce qui nourrit une réserve naturelle. Les dirigeants interrogés attendent des preuves tangibles : « Elles veulent voir effectivement un bénéfice concret, mesuré, démontré. » Certains ont testé des solutions sans être convaincus. « On a des entreprises qui sont un peu perdues là-dedans », face à une offre abondante et parfois difficile à évaluer.
Un enjeu avant tout humain
Pour Olivier Mériaux, la transformation ne sera pas uniquement technologique : « Nous constatons que comme d’autres secteurs le BTP n’échappe pas à la vague de l’IA et bien que son utilisation soit limitée, sa progression est irréversible. Ce que révèle cette étude, c’est qu’avant d’être technologique, l’enjeu est humain et organisationnel. Le secteur doit construire, collectivement, la capacité à faire le lien entre innovation et métiers et à accompagner les équipes dans la durée. »
Une diffusion par paliers
L’étude propose de suivre l’évolution des usages dans le temps, l’intelligence artificielle dans le BTP ne relève donc ni d’une rupture spectaculaire ni d’un immobilisme. Elle avance selon une trajectoire graduelle, structurée par la donnée, la formation et l’organisation.
Si le chantier technologique est ouvert, il s’inscrit dans le temps long d’un secteur où la transformation ne peut se faire qu’à la mesure de ses contraintes opérationnelles.







