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Derrière « Moov’with Manutan », une autre vision de l’innovation entrepreneuriale

En partenariat avec le groupe Manutan

Alors que le marché du financement des startups traverse une phase de ralentissement durable, certaines entreprises choisissent d’explorer d’autres formes d’accompagnement entrepreneurial, plus opérationnelles, plus territoriales et moins dépendantes des logiques classiques du capital-risque. C’est le cas du groupe Manutan, qui vient d’ouvrir l’appel à candidatures de la sixième édition de son programme « Moov’with Manutan », développé avec l’association le Moovjee.

L’initiative cible des startups B2B à impact, âgées de moins de cinq ans. Mais derrière le format relativement classique d’un programme d’accompagnement se dessine une approche plus singulière de l’innovation. Ici, il n’est ni question de construire un fonds corporate, ni de rechercher des participations stratégiques systématiques. Le Groupe revendique au contraire une logique d’accompagnement “dans la durée”, centrée sur le mentorat, les mises en relation opérationnelles et l’accès aux expertises internes du Groupe.

Le positionnement tranche avec une partie des narratifs dominants de l’écosystème startup des dernières années. Au sein du groupe Manutan, la sélection ne repose pas prioritairement sur la promesse d’hypercroissance ou sur l’appartenance aux secteurs les plus médiatiques du moment. Le critère principal reste le B2B, suivi par l’impact environnemental ou sociétal, puis par la capacité du projet à démontrer une trajectoire crédible.

Cette orientation se reflète directement dans les profils des entreprises accompagnées. Les précédentes promotions ont vu émerger des startups travaillant sur le réemploi des déchets publicitaires, les emballages réutilisables, la purification de l’air par microalgues, les systèmes d’énergie nomades, ou encore des matériaux textiles issus du byssus de moule.

Cette dernière startup, Bysco, est devenue presque emblématique du programme. Son fondateur, ingénieur, skipper et entrepreneur, développe des solutions textiles à partir des filaments produits naturellement par les moules afin d’améliorer l’isolation thermique et acoustique des bâtiments. Une innovation difficile à faire entrer dans les catégories habituelles de la “startup tech”, mais qui illustre précisément ce que recherche le groupe Manutan : des projets ancrés dans des usages industriels réels et dans des problématiques de souveraineté ou de résilience.

Car c’est probablement l’un des sous-textes les plus intéressants du programme. Derrière l’impact environnemental, une autre notion apparaît progressivement : celle de souveraineté économique. Plusieurs projets accompagnés visent à réduire des dépendances industrielles, relocaliser certaines chaînes de valeur ou développer des alternatives à des matériaux importés ou fortement carbonés. Une lecture qui résonne particulièrement dans un contexte européen marqué par les tensions énergétiques, les enjeux de réindustrialisation et la fragilité croissante de certaines chaînes d’approvisionnement.

Chaque startup retenue bénéficie de deux sponsors internes et d’un accès direct aux experts métiers du Groupe. Juridique, marketing, supply chain, commerce, RH : les collaborateurs impliqués accompagnent concrètement les entrepreneurs pendant douze mois. Une relation qui fonctionne d’ailleurs dans les deux sens et produit une forme de réciprocité vertueuse. En confrontant les équipes du groupe Manutan aux rythmes d’exécution particulièrement rapides des startups, le programme agit aussi comme un accélérateur culturel interne. Une dynamique largement appréciée par les cadres du groupe, qui n’hésitent pas à s’impliquer pleinement pour accompagner les entrepreneurs dont ils assurent le suivi, nous confie Xavier Laurent en charge du programme.

Cette approche explique probablement pourquoi le groupe Manutan refuse pour l’instant de transformer le programme en véhicule d’investissement classique, même si le groupe n’exclut pas ponctuellement des collaborations commerciales ou des prises de participation, mais celles-ci restent secondaires. La logique dominante demeure celle de l’accompagnement opérationnel.

Ce choix intervient dans un contexte particulièrement tendu pour les startups françaises et européennes. Depuis près de deux ans, les levées de fonds se concentrent davantage sur un nombre réduit d’entreprises, notamment dans l’intelligence artificielle, tandis que de nombreux projets B2B ou industriels peinent à accéder au financement. Plusieurs acteurs de l’écosystème alertent désormais sur les difficultés croissantes rencontrées par les startups en phase d’amorçage ou de passage à l’échelle.

Dans ce contexte, les programmes capables d’apporter du réseau, des débouchés commerciaux, des expertises métier ou une crédibilité opérationnelle retrouvent une importance stratégique. Le capital relationnel redevient un actif central.

💡 L’appel à candidatures de la sixième édition de « Moov’with Manutan » est ouvert jusqu’au 30 juin 2026 à 12h. Les dix startups sélectionnées seront annoncées durant l’été, avant de passer devant un jury à la rentrée pour un démarrage du programme pour les start-ups lauréates prévu en octobre.

Au-delà des quatre startups retenues chaque année, le programme dessine une autre vision de l’innovation : moins spectaculaire, moins financiarisée, mais plus proche des réalités industrielles, des usages et des transformations concrètes des entreprises.

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