ActualitéBusinessEuropeTech

[ANALYSE] Les licornes françaises ne brevètent pas

Dans le contexte actuel de course à l’innovation, les licornes françaises déposent-elles des brevets ? Patent-angels.com, un groupe de cinq professionnels de la propriété intellectuelle animé par Vincent Lorphelin, consultant en brevets d’usage et fondateur de Venture Patents, s’est penché sur la question. Et le résultat est sans appel, nos licornes nationales ne sont pas championnes en la matière.

Pour illustrer cette réalité, patent-angels.com a mesuré le positionnement des trois licornes françaises actuelles, BlaBlaCar, Vente-privée et Criteo, dans le monde des brevets.

2 brevets dans la cible pour BlaBlaCar contre 90 pour IBM

Pour commencer, voici la méthodologie expliquée pas-à-pas pour pouvoir lire les résultats : les bases de données de brevets sont classées par catégories CPC (« Cooperative Patent Classification »). On identifie les catégories « cibles » qui caractérisent les innovations principales d’une société et on choisit la catégorie « cœur» comme étant la plus caractéristique.

Crédit: patent-angels.com

La catégorie cœur de Bla Bla Car G01C21/3438, par exemple, est définie dans la nomenclature CPC par l’arborescence suivante :

On mesure dans la base de données de brevets Espacenet.com le nombre de familles de brevets* par catégorie**, cœur et cible, et on classe les entreprises selon ce nombre.

*une famille de brevets regroupe toutes les extensions internationales d’une invention unique.
**un brevet appartenant à plusieurs catégories n’est compté qu’une fois.

Résultat : le premier tableau se lit de la manière suivante :
IBM dispose de 90 familles de brevets dans les catégories cible du co-voiturage (orange) dont 23 dans la catégorie cœur (rouge).
Les 10 premiers déposants de ces catégories sont, dans l’ordre décroissant : IBM, Bosch, Google, Ford, LG, Hyundai, Microsoft, Pioneer, Samsung et Mitsubishi.
Les quatre opérateurs du co-voiturage Uber, Didi, Lyft et Blablacar ont déposé chacun entre 20 et 2 brevets.

 

Reciblage publicitaire: Criteo ne dispose que de 11 brevets contre 1525 pour Google dans la cible

 

Vente évènementielle en ligne: zéro brevet pour Vente-privée

 

Conclusion: Aucune des deux licornes BlaBlaCar et Vente-privée, démunies de brevets, ne s’est développée aux Etats-Unis. Ce n’est pas une coïncidence. Elles se sont heurtées à un mur infranchissable de propriété industrielle. Dans une alliance de courte durée, American Express, détenteur de brevets dans la vente évènementielle, a proposé à Vente-privée de lui faire la courte échelle, mais à un prix exorbitant.

L’Amérique est plus tolérante que l’Europe pour breveter les inventions d’usage, ce qui crée un décalage entre les deux continents, voire une nouvelle forme de protectionnisme. Ces inventions d’usage, comme celles de Vente-privée et BlaBlaCar, mettent en oeuvre des briques technologiques de pointe, mais l’invention réside dans l’originalité de cet assemblage et non dans la technologie elle-même. C’est justement ce que 80% des startups de la French Tech proposent. Il faut arrêter de leur dire qu’elles ne sont pas brevetables. Il faut au contraire les accompagner et les financer pour les breveter aux Etats-Unis.

Vous pouvez également retrouver l’interview complète de Vincent Lorphelin, consultant en brevets d’usage et fondateur de Venture Patents, société qui aide les start-up et les PME à protéger leurs innovations d’usage grâce aux brevets, lors de son passage à l’émission Le Débrief diffusée sur FrenchWeb.

La rédaction

Pour communiquer sur FrenchWeb ou le Journal des RH, devenez partenaire, cliquez ici.
Bouton retour en haut de la page
[ANALYSE] Les licornes françaises ne brevètent pas
Acheel
Acheel, nouvel acteur français de l’AssurTech, lève 29 millions d’euros auprès de Xavier Niel
Payer son addition en moins de 10 secondes, c’est le pari des fondateurs de Big Mamma avec Sunday
Face aux géants du streaming, WarnerMedia fusionne avec Discovery pour 43 milliards de dollars
NFT: les enchères d’œuvres numériques débarquent en France
Cloud: comment la France veut s’émanciper des géants américains
CarTech: le groupe Stellantis s’allie au fabricant de produits électroniques Foxconn