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Après le dossier patient, l’IA s’attaque à l’acte chirurgical : UNCOVR lève 6 millions d’euros

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Chaque année, plus de 400 millions d’interventions chirurgicales sont réalisées dans le monde. Une part croissante d’entre elles est filmée dans leur intégralité. Pourtant, une fois les portes du bloc opératoire refermées, l’essentiel de cette information reste inexploité.

C’est ce paradoxe qu’attaque Uncovr, la startup annonce une levée de 7 millions de dollars, soit environ 6 millions d’euros, menée par Index Ventures avec la participation de Seedcamp, Frst, No Label Ventures, Entrepreneurs First et plusieurs business angels spécialisés dans la santé et l’intelligence artificielle. Déjà déployée dans des blocs opératoires aux États-Unis et en Europe, la société développe une plateforme capable d’analyser automatiquement les vidéos chirurgicales afin de générer les comptes rendus opératoires et les codes de facturation.

Le problème qu’elle cherche à résoudre est loin d’être anecdotique, selon les données citées par l’entreprise, une étude multi-institutionnelle menée sur plus de 1 000 cas dans 500 systèmes de santé montre que la majorité des comptes rendus opératoires omettent plus de 70 % des informations cliniques recommandées. Les premiers déploiements de la plateforme ont également révélé des étapes critiques ou facturables absentes de la documentation dans 16 % des cas analysés, avec un écart moyen de remboursement d’environ 10 %.

Ces lacunes documentaires ont des conséquences qui dépassent largement la simple administration hospitalière et de fait, affectent la continuité des soins, compliquent l’analyse des complications postopératoires et réduisent la qualité des données disponibles pour améliorer les pratiques chirurgicales.

L’initiative d’Uncovr illustre une évolution plus profonde de l’intelligence artificielle dans la santé. La première vague de numérisation a porté sur les dossiers médicaux, la seconde s’est concentrée sur l’imagerie et le diagnostic assisté, depuis deux ans, une troisième génération d’acteurs automatise la documentation médicale grâce aux grands modèles de langage, désormais, l’IA commence à s’attaquer directement à l’acte médical lui-même.

La technologie développée par Uncovr analyse les vidéos chirurgicales seconde par seconde afin d’identifier les gestes réalisés, leur séquence, les événements survenus pendant l’intervention et les décisions prises par les praticiens. À partir de cette compréhension clinique, la plateforme génère automatiquement un compte rendu opératoire structuré et les éléments nécessaires à la codification administrative.

Pour de nombreux investisseurs, la chirurgie représente aujourd’hui ce que l’imagerie médicale était il y a une dizaine d’années : un immense réservoir de données encore largement sous-exploité.

Le sujet est d’autant plus stratégique que les principaux acteurs de la robotique chirurgicale, à commencer par Intuitive Surgical et son système da Vinci, contrôlent déjà une partie des infrastructures permettant de collecter ces données. La bataille ne porte plus uniquement sur les robots ou les logiciels. Elle concerne désormais la capacité à constituer les jeux de données qui serviront à entraîner les futurs systèmes d’assistance chirurgicale.

C’est probablement là que réside la véritable thèse d’investissement derrière Uncovr. La génération automatisée des comptes rendus constitue la première application visible de la plateforme. Mais la valeur potentielle se situe dans la constitution d’une base de données chirurgicales structurées à grande échelle. À l’image des corpus textuels qui ont permis l’émergence des grands modèles de langage ou des données de conduite qui ont alimenté les systèmes autonomes de Tesla, les données opératoires pourraient devenir l’un des actifs les plus stratégiques de la prochaine génération d’intelligence artificielle médicale.

Cette perspective explique également l’intérêt d’Index Ventures, le fonds ne finance pas seulement un outil de productivité hospitalière, mais parie sur l’émergence d’une nouvelle couche d’infrastructure destinée à rendre la chirurgie mesurable, analysable et exploitable par des systèmes d’intelligence artificielle.

L’équipe fondatrice constitue un autre élément différenciant. Aux côtés d’Ines Iraki, qui dirige l’entreprise, figure Johann Diep, ingénieur issu de l’ETH Zurich ayant travaillé sur des systèmes d’IA pour l’Agence spatiale européenne. Le projet s’appuie également sur le professeur Eric Vibert, chirurgien hépato-biliaire de réputation internationale et pionnier des travaux sur la donnée chirurgicale.

Après avoir appris à gérer les dossiers patients puis à interpréter les images médicales, l’intelligence artificielle commence désormais à comprendre ce qui se passe à l’intérieur même du bloc opératoire. La levée d’Uncovr témoigne de cette nouvelle étape. D’autant que derrière l’automatisation des comptes rendus se dessine un enjeu plus vaste : la construction des infrastructures de données qui pourraient alimenter la prochaine génération de chirurgie assistée par l’intelligence artificielle.

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