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Avec 411 millions d’euros, PROXIMA FUSION fait entrer la fusion nucléaire européenne dans l’ère industrielle

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  • Proxima Fusion lève 411 millions d’euros, portant sa valorisation à 2,4 milliards d’euros.
  • L’opération constitue la plus importante levée privée jamais réalisée dans la fusion en Europe.
  • Le tour réunit XTX Ventures, East X Ventures, RWE, Google, KfW Capital, SPRIND et plusieurs fonds européens.
  • La société développe Alpha, un démonstrateur de fusion à bilan énergétique net positif visé pour le début des années 2030.
  • Proxima mise sur la technologie stellarator, issue des travaux du Max Planck Institute et du programme Wendelstein 7-X.
  • Les fonds serviront autant à construire le démonstrateur qu’à industrialiser les aimants, câbles HTS, bobines et procédés de fabrication.
  • L’entrée de RWE et Google confirme que la fusion devient un enjeu de souveraineté énergétique, d’infrastructure numérique et de compétitivité industrielle.
  • En moins de trois ans, Proxima a sécurisé plus de 650 millions d’euros, dont 95 millions d’euros de financements publics.

Pendant des décennies, la fusion nucléaire est restée un horizon scientifique. Les records étaient établis dans les laboratoires, les financements provenaient essentiellement des États et les promesses commerciales semblaient toujours repoussées d’une décennie. La levée de fonds de 411 millions d’euros réalisée par l’allemande Proxima Fusion change la nature du débat.

Par son montant, d’abord, l’opération valorise l’entreprise 2,4 milliards d’euros et constitue le plus important financement privé jamais réalisé dans la fusion en Europe. Mais surtout par les investisseurs qu’elle réunit, aux côtés des fonds XTX Ventures et East X Ventures figurent désormais RWE, premier producteur d’électricité allemand, et Google, dont les besoins énergétiques explosent avec le développement de l’intelligence artificielle.

L’Europe accepte enfin de financer des infrastructures avant même leur marché

Spin-off du Max Planck Institute for Plasma Physics, l’entreprise est passée de 7 millions d’euros en pré-amorçage en 2023, à 20 millions en Seed en 2024, puis 130 millions en Série A en 2025, avant cette levée de 411 millions d’euros. En moins de trois ans, elle a ainsi sécurisé plus de 650 millions d’euros, auxquels s’ajoutent 95 millions d’euros de financements publics.

Cette progression traduit une rupture majeure dans la manière dont le capital européen appréhende les technologies de rupture.

Jusqu’à peu, les tours dépassant quelques centaines de millions d’euros concernaient principalement les logiciels, les plateformes numériques ou l’intelligence artificielle. La fusion appartient à une catégorie radicalement différente. Les investissements précèdent de plusieurs années, voire d’une décennie, toute perspective de revenus significatifs. Les risques scientifiques demeurent élevés et les besoins en capitaux sont comparables à ceux d’infrastructures industrielles lourdes.

Le capital-risque européen commence à adopter des logiques qui relevaient jusqu’ici des grands programmes industriels.

La fusion devient un dossier de souveraineté

Depuis la crise énergétique de 2022, la sécurité d’approvisionnement est redevenue un objectif stratégique des politiques industrielles européennes. Dans le même temps, l’essor de l’intelligence artificielle provoque une explosion des besoins électriques des centres de données. Selon les projections de l’Agence internationale de l’énergie (IEA), la consommation électrique mondiale des centres de données devrait presque doubler pour atteindre 950 TWh en 2030, soit un niveau comparable à la consommation annuelle actuelle du Japon. L’intelligence artificielle constitue le principal moteur de cette croissance.

Dans cette perspective, la fusion cesse d’être uniquement un projet scientifique, et devient une technologie susceptible de soutenir durablement les futurs besoins électriques européens.

Pourquoi Google et RWE investissent aujourd’hui

L’arrivée simultanée d’un énergéticien historique et d’un géant du numérique est le signal fort de cette opération. Pour RWE, l’intérêt est évident. Le groupe participe déjà avec Proxima Fusion et le Land de Bavière au développement d’une première centrale commerciale sur le site de son ancienne centrale nucléaire de Gundremmingen. L’investissement constitue une option stratégique sur une technologie susceptible de produire une électricité pilotable, sans émissions de carbone et avec une consommation de combustible extrêmement faible.

Pour Google, la logique est différente mais tout aussi rationnelle, les infrastructures d’intelligence artificielle exigent une alimentation électrique continue. Les hyperscalers investissent déjà massivement dans les réseaux électriques, les petits réacteurs nucléaires et les énergies renouvelables afin de sécuriser leur approvisionnement. L’entrée au capital de Proxima marque le premier investissement européen du groupe dans une société de fusion et s’inscrit dans une stratégie mondiale de diversification des technologies énergétiques susceptibles d’alimenter les futurs centres de calcul.

Le vrai défi n’est plus la physique mais l’industrialisation

Contrairement à ce que pourrait laisser penser cette levée de fonds, les 411 millions d’euros ne financeront pas uniquement la construction du démonstrateur Alpha. Une part importante des investissements sera consacrée à l’industrialisation des technologies clés : fabrication des bobines et des câbles supraconducteurs haute température (HTS), montée en capacité de production des aimants, développement des procédés industriels et des systèmes d’ingénierie nécessaires à l’assemblage des futurs stellarators. Autrement dit, Proxima ne cherche plus seulement à démontrer qu’un réacteur de fusion peut fonctionner ; l’entreprise construit la chaîne industrielle indispensable à sa production à grande échelle. Une logique déjà observée dans les semi-conducteurs ou les batteries, où la maîtrise des procédés de fabrication constitue souvent un avantage concurrentiel aussi déterminant que l’innovation scientifique elle-même.

Le pari du stellarator

Proxima a également choisi une voie technologique moins empruntée que la majorité de ses concurrents, alors que la plupart des entreprises privées développent des tokamaks, l’entreprise allemande mise sur un stellarator, une architecture de confinement magnétique historiquement réputée beaucoup plus complexe à concevoir mais potentiellement plus stable pour une exploitation industrielle continue.

Son approche s’appuie directement sur les résultats du programme Wendelstein 7-X, développé depuis plusieurs décennies par le Max Planck Institute for Plasma Physics.

Le démonstrateur Alpha, dont la mise en service est visée au début des années 2030, devra démontrer qu’un stellarator peut produire un bilan énergétique positif. Si cette étape est franchie, Proxima ambitionne ensuite de construire Stellaris, présenté comme la première centrale commerciale utilisant cette architecture avant la fin des années 2030.

Une startup qui ressemble déjà à un maître d’œuvre industriel

Autour du projet Alpha, l’entreprise fédère plus de 50 partenaires industriels, le gouvernement bavarois, le Max Planck Institute et RWE. Cette organisation évoque davantage les grands programmes aéronautiques ou spatiaux que l’écosystème classique du capital-risque.

La startup conserve la maîtrise technologique et l’architecture générale tandis que les industriels développent progressivement les différentes briques nécessaires à la future centrale.

Ce modèle a plusieurs qualité, il réduit les risques techniques, accélère la montée en capacité industrielle et permet d’associer très tôt les futurs exploitants.

Une nouvelle génération de DeepTech européenne

Depuis le début de l’année, les plus importantes opérations européennes concernent de plus en plus des infrastructures physiques : photonique, robotique, semi-conducteurs, matériaux avancés ou technologies quantiques. La DeepTech européenne ne cherche plus uniquement à produire des innovations scientifiques. Elle ambitionne désormais de reconstruire des capacités industrielles sur le continent.

Dans ce paysage, la fusion pourrait devenir l’une des prochaines filières structurantes.

Il reste encore de nombreux obstacles scientifiques et technologiques avant qu’une centrale commerciale injecte ses premiers mégawatts sur le réseau. Mais une chose apparaît désormais acquise : la compétition mondiale se joue dans la capacité à financer des chaînes industrielles complètes, à mobiliser énergéticiens, industriels et investisseurs, puis à transformer une découverte scientifique en infrastructure stratégique.

Proxima Fusion a été créée en 2020 par Francesco Sciortino, physicien spécialisé dans la fusion et ancien chercheur du Max Planck Institute for Plasma Physics, aux côtés de Roger Jäggi, Maximilian Fichtl et Luca Schwarz. Depuis sa création, la société s’est entourée d’ingénieurs, de spécialistes des supraconducteurs, de la physique des plasmas, de la simulation numérique et des systèmes industriels issus notamment du Max Planck Institute, du CERN, de l’industrie de l’énergie et de l’aérospatial. L’entreprise emploie aujourd’hui plus d’une centaine de collaborateurs et prévoit de renforcer rapidement ses équipes dans les domaines de l’ingénierie, de la fabrication et des opérations afin d’accélérer le développement du démonstrateur Alpha et de préparer les futures capacités industrielles nécessaires à la commercialisation de ses centrales à fusion.

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