PORELIO veut transformer les eaux usées en gisements de métaux précieux
📩 Pour nous contacter: redaction@fw.media
Les eaux usées industrielles sont généralement perçues comme un coût : celui du traitement, de la conformité environnementale et de la gestion des pollutions. Cette vision est en train d’évoluer, à mesure que les métaux critiques prennent de la valeur et que les réglementations sur les polluants persistants se durcissent, les effluents apparaissent de plus en plus comme un réservoir de ressources inexploitées. C’est sur cette thèse que s’est construite la startup allemande Porelio. La startup, qui vient de lever 2,4 millions d’euros en pré-seed, développe une technologie capable de récupérer des métaux précieux présents dans les rejets industriels tout en éliminant les PFAS. Son ambition dépasse la simple dépollution et faire des eaux usées une nouvelle source de matières premières.
L’opération est menée par le fonds portugais Faber, aux côtés de Polytechnique Ventures, Grupo Tecnologica et better ventures. Elle prend le relais de 2,5 millions d’euros de financements publics ayant permis de développer la technologie. Les capitaux serviront désormais à franchir une étape plus difficile, passer de la démonstration scientifique à l’industrialisation.
Le pari de Porelio repose sur un constat simple. Dans de nombreuses industries, des métaux précieux quittent quotidiennement les chaînes de production. Palladium, platine, rhodium, or ou argent sont présents dans des concentrations très faibles dans les effluents issus de secteurs aussi variés que les semi-conducteurs, la chimie, les piles à combustible, l’industrie pharmaceutique ou les activités minières. Individuellement, ces quantités semblent insignifiantes. À l’échelle d’un site industriel ou d’un secteur entier, elles représentent pourtant des pertes économiques considérables.
Le paradoxe est connu des industriels, ces métaux valent parfois plusieurs dizaines de milliers d’euros par kilogramme, mais leur récupération reste souvent plus coûteuse que leur abandon. Les technologies disponibles, qu’il s’agisse du charbon actif ou des résines échangeuses d’ions, manquent de sélectivité ou deviennent peu compétitives lorsque les concentrations sont faibles. Résultat : les entreprises investissent davantage pour éliminer ces métaux que pour les récupérer.
C’est précisément ce verrou que Porelio entend faire sauter. Les FOMS, pour Functionalized Ordered Mesoporous Silicas, sont étudiés depuis près de trente ans dans les laboratoires de chimie des matériaux. Leur structure, constituée d’un réseau extrêmement régulier de pores microscopiques pouvant être fonctionnalisés chimiquement, leur permet de capturer avec une grande précision certaines molécules ou certains ions métalliques tout en laissant circuler le reste du fluide.
Le potentiel scientifique de ces matériaux est reconnu depuis longtemps. Leur faiblesse résidait ailleurs. Les produire en laboratoire est relativement simple, mais les fabriquer de manière industrielle, avec une qualité constante et un coût compatible avec les exigences de l’industrie, relevait jusqu’ici du défi.
L’innovation revendiquée par Porelio réside dans un procédé breveté de fabrication en flux continu permettant de produire ces matériaux trente fois plus rapidement que les méthodes traditionnelles, tout en conservant leurs propriétés de capture.
Porelio ne s’adresse d’ailleurs pas uniquement au marché de la récupération des métaux précieux. La même plateforme technologique vise un second marché en forte croissance : l’élimination des PFAS, ces substances per- et polyfluoroalkylées qualifiées de « polluants éternels » en raison de leur très grande stabilité chimique.
Là encore, le choix est stratégique. Si la récupération de métaux précieux répondent à une logique économique, celle des PFAS répond à une logique réglementaire, sus l’effet du durcissement des normes environnementales, les industriels devront progressivement démontrer leur capacité à éliminer ces molécules persistantes de leurs rejets.
La startup affirme avoir obtenu des résultats particulièrement prometteurs sur le TFA, un composé ultracourt de la famille des PFAS considéré comme l’un des plus difficiles à éliminer. Selon les données communiquées, ses matériaux capturent près de six fois plus de TFA que le charbon actif en seulement cinq minutes. Si ces performances sont confirmées à grande échelle, elles pourraient constituer un avantage compétitif significatif sur un marché appelé à croître fortement au cours de la prochaine décennie.
La startup construit une plateforme de matériaux avancés dont les propriétés peuvent être adaptées à différents contaminants ou métaux en modifiant leur fonctionnalisation chimique. Aujourd’hui, elle cible le palladium et les PFAS. Demain, cette même plateforme pourrait potentiellement être adaptée à d’autres métaux critiques, à des terres rares ou à d’autres molécules complexes.
Cette logique de plateforme est devenue l’un des modèles privilégiés des investisseurs deeptech. Une même technologie fondamentale peut ouvrir successivement plusieurs marchés sans nécessiter de réinventer l’ensemble du procédé industriel.
Reste que le véritable défi de Porelio commence maintenant. Avec neuf collaborateurs, la startup entre dans la phase la plus délicate de son développement. Les financements obtenus serviront à faire passer la production de quelques kilogrammes de matériaux par jour à plusieurs tonnes par an et à transformer les projets pilotes déjà menés en Europe en contrats commerciaux.
Comme souvent dans les technologies industrielles, le principal risque est économique et opérationnel, les industriels n’adopteront une nouvelle technologie que si elle démontre un coût total de possession inférieur aux solutions existantes, une durée de vie suffisante des matériaux, une intégration simple dans les installations existantes et un retour sur investissement clairement mesurable.
L’équipe fondatrice constitue l’un des principaux atouts de Porelio. La direction est assurée par Rhea Machado, docteure en génie des procédés chimiques de l’Université technique de Berlin, dont les travaux portent précisément sur les matériaux avancés et leur industrialisation. Elle est entourée de Javier Silva Mora, directeur technologique, diplômé de l’École polytechnique et doctorant en chimie, ainsi que de Nikol Michailidou, directrice produit, ingénieure chimiste également formée à l’Université technique de Berlin. Aujourd’hui composée de neuf collaborateurs, Porelio entre ainsi dans une nouvelle phase de son développement, où l’excellence scientifique devra désormais s’accompagner d’une montée en puissance industrielle et commerciale.







