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«Avec Periscope, chacun devient potentiellement une chaîne d’info en continu»

Courant mars dernier, Twitter annonçait le rachat d’un nouveau genre d’application iPhone : Periscope. De nombreux articles sont parus dans tous les médias au sujet de cette application que l’on affublait de tous les maux. « Big Brother is watching you La prophétie de George Orwell dans son roman d’anticipation 1984 sonne plus juste que jamais, au vu des possibilités offertes par Periscope ». C’est ainsi que commençait, par exemple, un article du site France TV Infos. Exagération de journaliste pour booster l’audience de l’article ou bien analyse en partie fondée ? Cinquante jours plus tard, le temps de prendre du recul, on peut se poser la question : faut-il craindre Periscope (et son concurrent Meerkat) ?

D’abord, Periscope c’est quoi ?

Quelques millions d’utilisateurs dans le monde pour Meerkat et Periscope. Pas mal, mais la probabilité que vous l’ayez tous installé sur votre smartphone est faible. Alors pour résumer : c’est une application qui permet à toute personne munie d’un simple smartphone de diffuser en direct ce que filme la caméra du dit smartphone. Un peu comme une chaine de télévision, chacun peut livrer en temps réel des images (souvent banales, mais parfois à couper le souffle) et les partager avec des milliers d’inconnus dans le monde.

  • Un peu comme les Webcams qui existent depuis 15ans ?
  • Euh… oui, mais… sauf que là vous l’avez dans la poche, vous pouvez vous déplacer avec, pivoter, zoomer et interagir avec le « spectateur » (ouf, il a failli me coincer avec sa question… !)

illustration_periscope

En effet, vous savez à chaque instant combien de personnes regardent ce que vous filmez : « votre audience ». Et ces inconnus peuvent interagir avec le « cameraman », en lui écrivant un message qui sera visible de tous ou en lui envoyant un cœur, qui signifie que l’on apprécie ce que l’on voie sur l’écran. A la manière d’un commentaire ou d’un like sur Facebook. Pas une énorme innovation, mais c’est dans l’air du temps.

OK, mais cela sert à quoi ?

On a l’exemple de cet immeuble qui s’est effondré à New York, filmé en direct par quelques passants, via Periscope, avant que les medias n’arrivent. Chacun devient potentiellement une chaîne d’info en continu.

Pour le moment, on voyage un peu au hasard dans les rues du monde entier, à croiser des inconnus, filmer des scènes du quotidien comme un coucher de soleil en Australie. C’est amusant, mais relativement anodin. Les usages restent à créer : on peut imaginer assister au mariage de sa petite cousine, qui habite à l’étranger et auquel on n’a pas pu se rendre.

Illustration_periscopeEt si on est artiste dans l’âme, on peut espérer montrer son « live » à un public très large, international, et en direct. Sur Youtube ou Vine, quelques « stars » sont apparues pour leur capacité à générer des audiences assez exceptionnelles. Il en sera probablement de même, avec des artistes montrant leur capacité d’improvisation, poussé en cela par les commentaires des spectateurs qui interagissent au fur et à mesure du show.

D’ailleurs, même si on n’a aucun talent ! C’est le cas d’Amanda Oleander, une des « stars » de Periscope. Ce qu’elle filme ? Juste elle, à longueur de journée. Plus besoin de passer un casting pour être vedette de télé-réalité ! Elle a même eu le droit à son article dans le New York Magazine (et accessoirement dans Madame Figaro.)

Alors pourquoi faut-il en avoir peur ?

Déjà, prenez peur si vous êtes producteur de match de boxe, football ou hockey… Lors du « match du siècle » entre les boxeurs Maywheather et Pacquiao, on a dénombré 66 anonymes avec leur iPhone à la main en train de filmer… la TV. Précision : il fallait débourser 90 dollars en pay-per-view pour voir le match. Ou être abonné à Ma Chaine Sport, canal 150 de Numéricâble. Mais c’est moins classe. Plus sérieusement, les fédérations de Hockey (aux États-Unis) et Football (en France) ont déjà fait part de leurs inquiétudes, déjà échaudées par Vine et ses vidéos de 6 secondes qui permettent de voir les buts.

Dans le même ordre d’idée, la chaine américaine HBO s’est insurgée devant les internautes qui « periscopaient » le 1er épisode de la saison 5 de Game of Thrones (vu la qualité de la vidéo, c’est du gâchis).

Si cela a déjà été écrit par ailleurs, on peut en revanche se poser la question sur :

1. La possibilité de commenter les vidéos, sans aucun filtre.

Nicolas Sarkozy a essuyé les plâtres lors d’un discours. Visiblement, ses conseillers en e-com’ avaient oublié de le prévenir. Et cela s’est transformé en une suite de commentaires aussi trollesques que : « ni ni petit zizi », « le mec fraude, ca plombe tout c’est con », « en 2017 c’est la taule pour cet escroc »

Plus récemment, c’est un live chat organisé par L’equipe.fr avec le basketteur Nicolas Batum qui a été partiellement gâché par des trolls. Mais rien de comparable avec cette adolescente pom pom girl américaine dont on m’a parlé. Toute fière de ses progrès, elle a voulu les montrer à ses « amis » en live sur Periscope. Jusqu’à ce que des anonymes se moquent de ses rondeurs ou lui fasse, publiquement, des propositions salaces. Attention, population à risque. Certains ados se sont suicidés pour moins que cela… En tant que Responsable d’une société de Modération, je ne comprends d’ailleurs pas qu’il n’y ait pas une option pour n’autoriser les commentaires qu’à une liste d’amis préalablement autorisés. Ou au moins les rendre visible seulement par le cameraman. Et quelle marque prendra le risque de réunir une audience pour se faire troller en live sans contrôle possible ?

2. Les dérives de l’essence même de l’application : le temps réel.

Là aussi, mon esprit tordu de modérateur voit peut-être les choses en noir mais imaginez qu’un Merah ou un Coulibaly décide de filmer en live leurs actions ? Les rumeurs disent que des vidéos ont existé mais ont pu être bloquées par les autorités. Ou que Daesh annonce que la prochaine exécution d’un otage aura lieu en prime time à 20h demain soir… ces vidéos existent mais elles sont la plupart du temps bloquées par les hébergeurs (Youtube, Dailymotion,…) et les médias traditionnels s’autocensurent (qui le regrettera pour le coup ?). En temps réel, plus aucun filtre possible.

Tout ceci restera fictif néanmoins tant que Periscope n’aura pas trouvé son audience et, pour cela, ses usages. Et au vu des stream fantaisistes qui sont proposés depuis quelques semaines, il faut surtout craindre… d’être déçu !

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Jeremie Mani est le Président de Netino , une entreprise spécialisée dans la modération sur le web et les réseaux sociaux.

Twitter : @sansmoderation

LinkedIn : JeremieMani

 

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[Contenu proposé par Netino]

Crédit photo: Fotolia, Periscope
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Microsoft Experiences les 3 et 4 octobre 2017

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1 thought on “«Avec Periscope, chacun devient potentiellement une chaîne d’info en continu»”

  1. Bonjour,

    Votre article est intéressant, merci.

    Pour votre information, l’option qui permet les commentaires à une liste d’amis préalablement autorisés existe presque puisque vous pouvez limiter les commentaires uniquement aux comptes que vous suivez.

    A bientôt sur Periscope.

    PPC

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