CARBONFARM lève 7 millions d’euros pour rendre la réduction du méthane des rizières mesurable et finançable
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La société française annonce une série A de 7 millions d’euros pour développer ses programmes de décarbonation du riz. Son approche associe suivi satellitaire, modélisation des émissions et financement climatique, avec un enjeu : déployer des pratiques économes en eau auprès de petites exploitations, tout en produisant des résultats vérifiables.
CarbonFarm : chiffres clés
- 7 M€ levés en série A.
- 19 pays d’intervention annoncés par CarbonFarm en Asie, en Afrique, en Europe et dans les Amériques.
- 2022 : création de l’entreprise.
- Vassily Carantino et James Hastwell : cofondateurs, respectivement CEO et CTO.
- Suivi satellitaire, données de terrain et modélisation pour documenter les pratiques et quantifier les émissions des rizières.
Dans une rizière, la gestion de l’eau détermine aussi une partie des émissions. Maintenir le sol continuellement inondé limite la présence d’oxygène et favorise les microorganismes qui produisent du méthane en décomposant la matière organique. Introduire des périodes d’assèchement maîtrisées peut interrompre ces conditions. Le geste paraît simple, toutefois son déploiement sur des milliers de petites parcelles exige une organisation agricole, des financements et des preuves.
CarbonFarm cherche à relier ces trois dimensions. La startup accompagne les acteurs des filières rizicoles dans la conception, le financement et le suivi de programmes visant à réduire les émissions. Elle annonce une levée de 7 millions d’euros pour renforcer sa technologie et ses capacités de développement de projets.
Agir sur le méthane pour ralentir le réchauffement à court terme
Le méthane possède un potentiel de réchauffement environ 80 fois supérieur à celui du CO₂ sur vingt ans, à masse égale. Sa durée de vie atmosphérique est de l’ordre d’une décennie. Réduire ses émissions permet donc d’agir relativement rapidement sur le rythme du réchauffement, en complément de la diminution du CO₂, dont les effets s’inscrivent dans une durée beaucoup plus longue, selon le Programme des Nations unies pour l’environnement.
La riziculture représente une source importante de ce gaz. Le riz nourrit aussi environ la moitié de la population mondiale : améliorer son empreinte doit rester compatible avec le maintien des récoltes et des revenus agricoles.
L’alternance d’irrigation et d’assèchement, appelée Alternate Wetting and Drying ou AWD, répond à cette double contrainte. L’Institut international de recherche sur le riz, l’IRRI documente des économies d’eau d’environ 30 % et des réductions du méthane de 30 à 70 %, selon les conditions d’application.
Une synthèse scientifique publiée en 2026, portant sur 91 méta-analyses, observe pour l’ensemble des technologies économisant l’eau une réduction moyenne du méthane de 50 %, accompagnée d’une légère baisse moyenne de rendement de 3 %. L’irrigation intermittente présente un meilleur compromis que les systèmes totalement non inondés. Sols, variétés, climat et pratiques de fertilisation doivent donc entrer dans la conception des programmes, et le bilan doit aussi tenir compte des autres gaz à effet de serre, notamment du protoxyde d’azote, dont les émissions peuvent évoluer avec la gestion de l’eau et des engrais.
Économiser l’eau exige de pouvoir irriguer au bon moment
L’intérêt de l’AWD dépasse le bilan carbone, car réduire les apports d’eau peut diminuer la pression sur les ressources et certaines dépenses d’irrigation, mais l’exploitant doit pouvoir réintroduire l’eau lorsque la culture en a besoin.
Des essais présentés par l’IRRI au Bangladesh ont observé une baisse de la consommation d’eau et une hausse des profits lorsque les agriculteurs payaient selon leur consommation, des effets qui n’étaient pas observés avec une tarification saisonnière forfaitaire.
Pour un agriculteur, le bénéfice climatique collectif doit donc se traduire par une proposition concrète : conserver sa récolte, maîtriser ses coûts et, éventuellement, recevoir un revenu supplémentaire. Le financement carbone peut contribuer à cette équation, à condition que sa rémunération et ses délais soient suffisamment lisibles.
S’appuyer sur les filières déjà présentes
CarbonFarm privilégie des partenariats avec des producteurs, coopératives, entreprises agroalimentaires, ONG, gouvernements et développeurs locaux. Ces organisations accompagnent les agriculteurs ; la société apporte son expertise de développement de projets, ses outils de suivi et son accès aux financements et aux acheteurs.
« Le passage à l’échelle ne viendra pas du remplacement des acteurs locaux des chaînes de valeur ; il viendra des moyens qu’on leur donnera », explique Vassily Carantino, cofondateur et directeur général de CarbonFarm. « Ils comprennent les systèmes agricoles et disposent des relations nécessaires pour faire évoluer les pratiques. »
Cette organisation doit permettre de développer l’activité en mobilisant des réseaux existants. Elle rend aussi la qualité des programmes dépendante de la formation, du suivi agronomique et de l’exécution des partenaires sur le terrain.
Les satellites observent les pratiques, les modèles estiment les émissions
Le dispositif combine analyse d’images satellitaires par l’IA, collecte de données de terrain et modélisation des gaz à effet de serre. Il vise à suivre les pratiques à l’échelle des parcelles, puis à quantifier leurs conséquences climatiques. Cette chaîne relève du MRV : mesure, déclaration et vérification.
La distinction est essentielle, car les satellites renseignent notamment la gestion de l’eau ; les émissions sont ensuite estimées grâce à des modèles alimentés par plusieurs types de données. Une collaboration avec Regrow Ag associe ainsi la télédétection de CarbonFarm au modèle biogéochimique DNDC.
L’intérêt est de documenter des parcelles dispersées en réduisant la dépendance aux déclarations manuelles et aux visites systématiques.
La « haute intégrité » revendiquée répond à un contexte sectoriel précis. En août 2024, Verra a rejeté 37 projets rizicoles chinois, notamment pour des surfaces surestimées, une additionnalité insuffisamment démontrée et des preuves lacunaires sur les pratiques appliquées. Cette décision ne concernait pas CarbonFarm, mais souligne l’importance d’une documentation contrôlable et d’une vérification indépendante.
Deux débouchés, des bénéfices à attribuer précisément
CarbonFarm s’adresse aux entreprises agroalimentaires souhaitant réduire les émissions de leurs approvisionnements, ainsi qu’aux acheteurs de crédits carbone. Les premières cherchent à améliorer leur bilan de Scope 3, qui couvre notamment leurs émissions indirectes liées aux achats ; les seconds financent des réductions selon un cadre de certification.
Ces usages exigent de préciser qui peut revendiquer les résultats. Le GHG Protocol distingue la comptabilité des entreprises de la certification des crédits et prévoit des exigences visant à éviter le double comptage des progrès.
Des débouchés réglementés existent également sous conditions. Verra indique que certains projets utilisant sa méthodologie rizicole VM0051 peuvent fournir des crédits au dispositif aérien CORSIA, notamment sous réserve d’une autorisation du pays hôte.
Une concurrence déjà organisée autour du riz
CarbonFarm évolue aux côtés de spécialistes comme Mitti Labs et Rize. Le premier associe technologie satellitaire et programmes auprès des exploitants ; il a annoncé un accord avec Google portant sur un million de crédits à livrer d’ici 2030. Rize combine accompagnement agronomique, suivi et commercialisation de riz à faibles émissions ; l’entreprise déclare travailler avec 17 000 agriculteurs sur plus de 50 000 hectares au Vietnam et en Indonésie.
Les programmes internes des filières et les développeurs locaux constituent aussi des alternatives, tout en pouvant devenir clients ou partenaires de CarbonFarm. La capacité à les équiper doit permettre à la société de trouver sa place face aux acteurs davantage intégrés dans les opérations agricoles.
CarbonFarm revendique une activité dans 19 pays et cite des relations avec Mars Food, Diageo, Ebro, Tilda, BASF Agricultural Solutions, Livelihoods Funds et Google, ainsi qu’avec des organisations de développement.
Cofondée en 2022 par Vassily Carantino et James Hastwell, CarbonFarm annonce une série A de 7 millions d’euros menée par Colam Impact, avec Proparco, Suma Capital, elea, Working Capital Fund, Albo et Bpifrance. Les investisseurs historiques Racine², porté par Serena et makesense, et Techmind renouvellent leur soutien. Ce tour succède à un amorçage de 2,5 millions d’euros annoncé en octobre 2023. Les fonds doivent renforcer la technologie et le développement de projets, approfondir la présence en Asie, en Afrique et en Europe, et accélérer l’expansion en Amérique latine.
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