ActualitéBusinessFinTech

Ce que les Etats devraient faire pour développer l’économie «cashless»

Depuis 5 ans, les paiements digitaux ont a eux seuls généré près de 300 milliards de dollars de revenus additionnels pour les économies, et permis la création de près de 2,6 millions de nouveaux emplois, selon les résultats du rapport «Accelerators to an Inclusive Digital Payments Ecosystem» réalisé par la Better Than Cash Alliance.

Financée par les Nations Unies, cette organisation regroupe des gouvernements, des entreprises mais aussi des organisations internationales travaillant au développement d'une économie «cashless», dans une optique de développement économique, et de lutte contre la fraude. Dans le cadre de cette étude, menée dans 25 pays dans le monde, la Better Than Cash Alliance a identifié 10 bonnes pratiques qui favorisent l'émergence de paiements 100% digitaux, et en détaille les bénéfices. 

10 mesures en faveur des paiements digitaux

1. Favoriser l'utilisation de terminaux de paiement digitaux, y compris au sein des plus petites entreprises, pour augmenter sensiblement l'utilisation qui est faite des moyens de paiement digitaux. Les auteurs de l'étude prennent l'exemple de la Suède, qui a massivement investi dans les années 1990 pour généraliser les infrastructures de paiements dématérialisés. Le pays fait aujourd'hui figure de modèle en matière de cashless, avec à peine 2% des paiements réalisés en cash à l'heure actuelle. 

2. S'appuyer sur des réseaux ou des plateformes existants, pour déployer plus rapidement des solutions de paiement 100% digital, à l'image de ce que Tencent a fait en Chine. Le géant du digital s'est appuyé sur la communauté d'utilisateurs de son réseau social WeChat pour contrer Alipay, et a vu sa part de marché dans les paiements digitaux doubler en l'espace d'un an. 

3. Créer des API partagées pour faciliter l'arrivée de nouveaux acteurs sur le marché. Les auteurs de l'étude mettent en avant l'exemple de l'Estonie, qui a mis en place un programme reliant plus de 900 institutions publiques, des municipalités locales, et des entreprises privées, la X-Road. Ce programme a eu pour effet d'économiser jusqu'à 2,8 millions d'heures de travail en 2014. 

4. Une bonne interopérabilité entre les différents acteurs de l'écosystème permet de développer les services de paiements au-delà des plateformes digitales existantes. En Tanzanie, une meilleure interopérabilité entre les quatre acteurs majeurs du secteur a ainsi permis de multiplier par 3,5 la valeur des transactions réalisées en dehors des réseaux, indiquent les auteurs de l'étude. 

5. Créer un programme d'identification unique des individus, accessible à la fois par des acteurs privés et publics, favorise l'utilisation de moyens de paiement digitaux, dans la mesure où il permet de sécuriser les transactions. L'Inde, pays particulièrement dynamique dans le secteur Fintech, fait figure de précurseur avec son programme «Aadhaar System». Ce dernier a en effet permis de fournir un identifiant unique à plus d'un milliard de personnes dans le pays, sur les 1,2 milliard d'habitants recensés à ce jour. 

6. Identifier les paiements réalisés le plus fréquemment par les individus, et leur fournir une solution de paiement digitale est également une piste proposée par les auteurs de l'étude.

7. La généralisation des démarches de service public en ligne, y compris pour tout ce qui touche aux paiements (impôts, etc.) et aux transferts d'argent permet également d'habituer les individus à utiliser de nouveaux outils. Au-delà de l'impact positif que cette mesure a sur l'usage de ces moyens de paiements, la Better Than Cash Alliance prend l'exemple du gouvernement brésilien, qui a diminué de 31% ses coûts de transactions en rassemblant l'ensemble de ses programmes de transferts d'argent au sein d'un programme unique, le «Bolsa Familia Program». 

8. Dans le même ordre d'idée, les auteurs de l'étude préconisent de digitaliser l'ensemble des transactions financières existant entre les individus et les gouvernements (paiement de redevances, amendes, etc.). En 2015, le gouvernement indien a ainsi pu économiser 2 milliards de dollars en digitalisant le versement des subventions aux entreprises du gaz et du pétrole. 

9. Mettre en place des réglementations favorisant l'innovation dans cet écosystème des paiements digitaux, et encourageant les pratiques responsables. 

10. Et enfin, les auteurs de l'étude conseillent de mettre en place des mesures incitatives dans l'optique d'abandonner progressivement l'argent liquide, au profit de transactions dématérialisées. A titre d'exemple, la Suède, championne du cashless, a donné la possibilité aux entreprises de refuser les paiements en argent liquide. 

 

 

**Méthodologie : étude réalisée à partir de l'analyse de 25 écosystèmes de paiement digitaux dans le monde, dans les pays du G20 ainsi qu'au sein d'autres économies dans le monde. 

 

LIRE aussi : 

Tags

Claire Spohr

Chargée d'études au sein de la rédaction.

Sur le même sujet

1 thought on “Ce que les Etats devraient faire pour développer l’économie «cashless»”

  1. La France n’étant pas citée une fois dans l’article, je me permet donc d’ajouter un complément où nous sommes précurseurs et probablement à valeur d’exemple pour les autres pays:
    Nos secteurs du tourisme, loisirs, sport et culture sont très en avance en France en matière de cashless. Un certain nombre d’acteurs utilisent des systèmes de paiement par wearables (bracelets, cartes, porte-clés…) notamment dans les parcs d’attraction, les stades, les resorts, les festivals, les salles de concert…
    La France a par ailleurs un rôle mondial à jouer dans cette dynamique cashless en particulier dans le paiement physique:
    Nous avons les pionniers et fleurons à la fois technologiques (carte à puce de Moreno, Ingenico, Gemalto etc…) et marketing (collierbar du Club Med).

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Share This