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Faute de budget, l’Europe spatiale devient vulnérable face aux puissances étrangères

AFP

L’espace s’est militarisé et les satellites européens sont devenus des cibles vulnérables faute de protection, ont averti mardi à Bruxelles les participants à la 12e conférence spatiale européenne, consternés par les conséquences des coupes envisagées dans le projet de budget de l’UE. « La montée des tensions géopolitiques que nous constatons sur terre se prolonge et se projette dans l’espace », a souligné le chef de la diplomatie européenne Josep Borrell à l’ouverture de cette conférence qui a associé pour la première fois Espace et Défense dans son intitulé.

« Des ‘actions grises’ y sont conduites », a confirmé le général français Michel Friedling, patron du commandement de l’espace créé par les autorités françaises, en précisant qu’il ne s’agissait pas encore d’actes hostiles. « Mais toutes les puissances spatiales développent des capacités et des systèmes en mesure d’espionner, de neutraliser et même de détruire », a-t-il rappelé.

L’Inde a procédé à des tirs de missiles capables de frapper un satellite et la Russie a été prise en flagrant délit d’espionnage. Et que penser des Etats-Unis, qui « avec le président Donald Trump, n’accordent plus la même valeur au concept d’alliance », a insisté l’ex-ministre française Nathalie Loiseau, présidente de la sous-commission défense du Parlement européen. Le temps de la conquête spatiale et de ses prouesses n’est pas terminé. Mais l’espace est devenu dangereux. Et les ambitions militaires ne sont pas les seules menaces. De plus en plus d’acteurs privés se positionnent sur le marché des lanceurs et l’espace se congestionne, a averti Josep Borrell.

Sur les 5 000 satellites actuellement en orbite, 2 000 sont opérationnels. Les débris multiplient les risques de collisions. Les précieux satellites européens des systèmes Galileo, EGNOS et Copernicus sont « vulnérables et doivent être protégés ». D’autant qu’ils sont à usage civil et militaire. La France est prête à faire face aux menaces dans l’espace et elle « cherche des partenaires capables, avec des ambitions », a dit le général Friedling.

L’Italie veut être de la partie. Elle va se doter à son tour d’un commandement pour l’espace, a annoncé mardi le sous-secrétaire d’Etat à la Défense Angelo Tofalo au cours de son intervention. Mais la militarisation de l’espace ne compte pas que des partisans dans l’UE. « La Belgique y est opposée », a averti le ministre des Affaires étrangères et de la Défense Philippe Goffin.

237 milliards d’euros à combler

L’Union européenne nourrit de grands desseins pour ses industries de l’espace et de la défense. Mais les coupes de l’ordre de 200 milliards d’euros réalisées par la Finlande, à la demande des gros contributeurs, dans le projet de budget présenté par la Commission pour la période 2021-2027 ont semé le trouble. Le Fonds Européen de Défense a ainsi vu sa dotation passer de 13 à 7 milliards d’euros et les programmes spatiaux ont perdu 20% de leurs dotations.

Les industriels venus participer à la conférence sur l’espace ont refusé de les considérer comme acquises. « Je ne sais pas ce qui s’est passé dans la tête des dirigeants finlandais », a déploré le Finlandais Timo Pesonen, patron de DEFIS, la nouvelle Direction Générale pour la Défense créée au sein de la Commission européenne et placée sous l’autorité du commissaire Thierry Breton. « Ces coupes vont compromettre les programmes Galileo et Copernicus et surtout vont rendre impossible toute nouvelle initiative », s’est insurgé l’eurodéputé conservateur roumain Christian-Silviu Busoi, président de la Commission Industrie du Parlement européen. « Sans argent, on ne peut rien faire », a confirmé Margrethe Vestager, la vice-présidente de l’exécutif bruxellois compétente pour la concurrence et le numérique. « J’espère que le prochain budget pluriannuel va être en mesure de financer des investissements », a-t-elle averti.

Le président du Conseil européen, le Belge Charles Michel, a été mandaté pour trouver un accord. Sa mission s’annonce très difficile. Il doit trouver comment combler un trou de 237 milliards entre la proposition de budget élaborée par la Finlande et les exigences du Parlement européen. « On ne va pas lâcher », ont assuré Nathalie Loiseau et Christian-Silviu Busoi.

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La rédaction

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