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[DECODE] IoT : la course à l’innovation chez Legrand

Arriver dans une maison déjà chauffée, les volets qui viennent de se relever et les lumières qui s’allument… C’est l’objectif de toute maison connectée. Derrière ce confort de vie se conjuguent différents enjeux dont les parties hardware et software qui deviennent de plus en plus sophistiquées, la gestion des données qui sont captées avec les problématiques d’accessibilité et de sécurité de ces données ainsi que l’intéropérabilité. Ces enjeux ont un impact sur les modèles économiques des acteurs du marché.

Spécialiste des infrastructures électriques et numériques, Legrand est né en 1904 à Limoges et est aujourd’hui présent dans près de 90 pays pour un chiffre d’affaires de 6 milliards d’euros en 2018.

Ce groupe connait en effet une transformation digitale à tous points de vue : en interne au sein même de ses processus de production et de la gestion de ses sites mais également dans la conception même de nouveaux produits de plus en plus connectés. De surcroit, même la transformation digitale de ses clients lui apporte de nouveaux débouchés. 

  • Le marché des objets connectés à l’international est estimé à 5,7 milliards de dollars en 2019.
  • Les enjeux de ce marché : qualité du hardware et du software, accès et sécurité des données, intéropérabilité.
  • Les enjeux rencontrés par Legrand pour rester dans la course : digitalisation de ces outils en interne avec une optimisation de sa production et une innovation constante de ses produits à travers de la R&D et de la croissance externe.
  • La prise en compte de la suprématie des GAFA dans ce secteur est indispensable.

Digitaliser les outils internes

De l’atelier de porcelaine au spécialiste mondial des infrastructures électriques et numériques, Legrand n’a pas peur des transformations. Avec l’arrivée de grands acteurs tels que Google, son industrie a changé avec l’apparition des objets connectés et de l’importance du software. Mais pour rester dans la course, le groupe a lancé le programme Eliot en 2015 axé sur les objets connectés et a lancé une transformation digitale de ses outils internes à travers le programme Best Of Us.

Lancé en 2017, ce projet est porté par une équipe de 80 personnes à travers le monde. « Des directeurs digitaux ont été nommés dans chaque pays afin qu’ils portent cette transformation dans ses antennes locales », explique Frédéric Levaux, directeur digital du groupe.

L’accent est mis sur les nouveaux besoins des clients afin de mieux les comprendre grâce à l’organisation de workshops et de tests de produits. Le but est alors de créer le produit d’une manière plus participative et en accord avec le client final. « Nous changeons notre cycle de développement produit avec une méthode plus inclusive et participative du client. » 

De plus, avec une présence dans plus de 90 pays à travers le monde et 41% de son chiffre d’affaires de 2018 réalisé en Europe, une homogénéisation de sa présence digitale est apparue nécessaire. « Nous avons créé une website factory avec la possibilité pour chaque antenne pays d’utiliser un site web clés en main et l’enrichir ensuite », précise le directeur digital. Auparavant, chaque pays créait son propre site web en respectant seulement une charte graphique commune ce qui pouvait être problématique pour l’image globale du groupe.

Au niveau de la démarché commerciale, un CRM européen a également été choisi. Le CRM Salesforce devra être utilisé par l’ensemble des pays européens au cours de l’année 2020. « Nous avons une problématique d’alignement avec des CRM différents alors que les besoins et les comportement sont très similaires d’un pays à l’autre », affirme Frédéric Levaux. Jusqu’à présent, chaque pays choisissait en effet son propre CRM avec différents paramètres. « La spécificité locale n’est pas assez importante. A partir du moment où nous voulons industrialiser le processus de relation client, il faut utiliser ce que fait chacun des pays pour s’en inspirer. »  

Crédit : Legrand

Miser sur la data

Autre grand chantier, la data. L’utilisation des données a été un des principaux sujets de 2019 à travers la création d’une équipe d’une vingtaine de data scientists et de data analysts. « Le premier axe d’analyse et d’évolution se situe dans la supply chain afin de réussir à définir le niveau optimal de stock pour chacune des 200 000 références produits concernées », explique Frédéric Levaux.

Une équipe de cinq personnes est mobilisée sur ce projet depuis huit mois afin de produire un modèle de demande prédictive impactant directement la production et infine le niveau des stocks. Le modèle pilote est en place dans trois unités de production et d’entrepôts en France et en Italie avec des niveaux de stocks atteignant des dizaines de millions d’euros.

« Toute la difficulté se situe dans la différence de rythme de chacune des références car ce n’est pas forcément régulier et il peut y avoir des pics de demande. Nous travaillons beaucoup là-dessus », met en avant le directeur digital.

L’équipe data se focalise également sur le pricing. En effet, Legrand ne vend pas ses produits directement mais passe par de nombreux distributeurs et des canaux de distribution variés au niveau international. L’objectif est de suivre les prix d’achats des distributeurs concernant les produits Legrand et de vérifier la cohérence pricing des gammes au niveau international. Cette analyse est effectuée grâce à de la robotisation et à de l’analytics afin de délivrer un tableau de bord des prix pratiqués par les filiales auprès des distributeurs.

La robotisation de processus, de saisie et de ressaisie sont également un des axes de développement de cette équipe à travers la mise en place d’une solution de RPA. La solution est d’ores et déjà utilisé dans trois départements et en Inde dans un souci de productivité et d’efficacité surtout sur les métiers de facturation et de comptabilité interne nécessitant de la saisie de montants.

Bien que prometteurs, l’ensemble de ces projets doivent répondre à des exigences de retour sur investissement ou d’amélioration d’expérience client afin d’être poursuivi. « Chaque projet doit prouver dans les 18 mois qu’il est efficace et rentable. Il doit répondre à un vrai besoin », précise Frédéric Levaux. 

Des usines 4.0

En parallèle, le fabricant a lancé Legrand Way qui représente la mise en place de processus opérationnels à travers l’ensemble du groupe au niveau international tels que la mise en place de réunions quotidiennes de trente minutes.

Mais Legrand Way est également le passage de l’usine de Chabanais en Charente en une usine où opère du Lean Manufacturing à travers la connectivité des machines et l’acquisition de robots pour effectuer des tâches pénibles et répétitives. Ce centre de production de prises et interrupteurs électriques a basculé dans l’ère de l’usine 4.0.

Grâce à la collectivité des données, un suivi permanent et quasi instantané de la production est à présent possible permettant une amélioration de la qualité des produits et une production plus fluide et efficace. « Il y a deux prérequis pour envisager ces installations. L’usine doit détenir un réseau informatique de qualité et que ce soit sécurisé », met en avant Antoine Burel, directeur général adjoint de Legrand.

15 autre sites connaissent actuellement une telle transformation mais cela représente un certain coût. « Le passage aux usines 4.0 représente aujourd’hui 2% de nos investissements industriels mais nous aimerions que cela monte jusqu’à 10%. Mais le retour sur investissement est fait très rapidement, entre un à deux ans », revendique Antoine Burel. 

Le programme Eliot sur les objets connectés

L’accent mis sur l’innovation au sein de Legrand se traduit également du point de vue de ses produits avec 4,8% de son chiffre d’affaires consacré à la R&D en 2018 et près de 2.600 personnes dédiées à cette discipline dont 420 personnes dédiées uniquement aux problématiques de software. « Cette poursuite de l’innovation n’est pas liée à l’apparition du digital et des objets connectés. Notre investissement en R&D a toujours représenté près de 5% de notre chiffre d’affaires », affirme Antoine Burel.

Un programme spécifique a tout de même été lancé en 2015 pour se focaliser sur les objets connectés, le programme Eliot qui représente aujourd’hui 10% du chiffre d’affaires du groupe.

Crédit : Legrand

L’objectif que s’était fixé Legrand a donc été atteint avec deux ans d’avance ce qui a amené le groupe à s’en fixer un nouveau : atteindre un chiffre d’affaires de plus d’un milliard d’euros réalisé avec des produits connectés en 2022, hors acquisitions et hors effet de change. Pour le moment, « le chiffre d’affaires de l’IoT a augmenté en 2019 », certifie le directeur général adjoint de Legrand dont les chiffres 2019 n’ont pas encore été publiés.

Derrière ce projet Eliot, une équipe de vingt spécialistes travaillant sur les sujets transversaux liés à la connectivité des objets tels que la sécurité ou le concept. Cette forte présence sur les objets connectés a certes été permise par de la croissance organique mais également à travers de la croissance externe. Legrand a notamment racheté la start-up Netatmo en 2018, spécialisée dans les objets connectés et connue notamment pour sa Station Météo Intelligente. Son fondateur Fred Potter est à présent le CTO du programme Eliot.

En termes d’innovation, Legrand a lancé de nouveaux produits tels qu’un thermostat connecté mais reste tout de même concentré sur son coeur de métier : les infrastructures électriques tout en les adaptant aux nouvelles demandes des clients tels que des prises connectées. « Pour fabriquer ces produits, nous avons surtout développé des partenariats externes qui en produisent une partie », explique Antoine Burel. 

Legrand a présenté une serrure connectée avec des clés intelligentes au CES 2020. Crédit : Legrand

De nouveaux débouchés

Au-delà de sa mutation interne et de ses produits, le basculement du monde dans l’ère du digital a représenté de nouveaux débouchés commerciaux pour le groupe avec l’arrivée de nouveaux clients. Les datacenters, les réseaux locaux (LAN) et les salles d’audio ou de vidéo représentent à présent 20% du chiffre d’affaires de Legrand alors qu’ils ne représentaient que 5% en 2008. Une augmentation également permise par l’acquisition de 16 sociétés spécialistes de ce secteur.

Mais Legrand est loin d’être le seul à se positionner sur ce secteur et son concurrent direct Sonepar se tourne également de plus en plus vers l’IoT. Et surtout, fer de lance dans la stratégie des GAFA, il est difficile de les outrepasser pour se faire une place dans l’univers des objets connectés. Legrand a choisi d’effectuer des partenariats avec eux afin de miser sur une intéroperabilité de ses produits. 

Que retenir ?

  • Legrand a digitalisé et homogénéisé ses outils internes : une approche client plus participative, des sites web unifiés par pays, un CRM européen commun.
  • Legrand mise sur la data : produire un modèle de demande prédictive, de pricing et de robotisation de processus de saisie.
  • Legrand innove dans ses produits à travers un investissement de 5% de son chiffre d’affaires dans la R&D et la croissance externe avec notamment le rachat de la Start-up Netatmo.
  • Les datacenters, les réseaux locaux et les salles d’audio et de vidéo représentent d’importants nouveaux débouchés pour Legrand et revient à 20% de son chiffre d’affaires.
    Legrand mise sur des partenariats avec les GAFA pour optimiser l’interopérabilité de ses produits.
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Laetitia Lienhard

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Un commentaire

  1. Il existe des approches d’innovation qui ont fait leur preuves dans le passé et que l’on aurait aussi tout intérêt a réutiliser ou a rafraîchir dans une course à l’innovation. Je pense en particulier au Value Engineering ou Value Management (analyse de la valeur mais à la mode américaine) qui se pratique en workshop du style « kaizen » et qui permet de générer des solutions innovantes, alternatives et surtout moins coûteuses. Mon expérience d’avoir mis cette approche chez United Technolgies a permis de générer des dizaines voire des centaines de brevets sur des moteurs d’avions (en production série et en développement) ainsi qu’une réduction de coûts récurrents de l’ordre de 20% sur plusieurs programmes.

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