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FinTech et banques françaises : collaborer ou péricliter

Par Fabien Giuliani, Doctorant en prospective chez Conservatoire National des Arts et Métiers

Le 10 avril se tenait la Fintech R : Evolution à la Station F, organisée par France Fintech. L’occasion de s’enorgueillir des quelque 260 start-ups financières françaises, mais également de s’interroger sur les difficultés de croissance rencontrées par celles-ci.

Des FinTech françaises sous-capitalisées en mal de partenaires

Si l’on juge de l’état de santé d’un secteur par le taux de croissance des investissements qu’il génère, l’avenir des FinTech françaises s’annonce radieux : leurs levées de fond ont bondi de 55 % entre 2015 et 2017 . Principaux bénéficiaires des deux dernières années : Tinubu Square (gestion de risque de crédit commercial), Younited Credit (crédit en ligne), PayFit (gestion de paie), Quonto (néobanque) et récemment Lydia (paiement). Pourtant, le caractère modeste du montant des levées de fond est révélateur d’une faiblesse de la FrenchTech : l’incapacité à faire croître rapidement de jeunes pousses par un soutien financier approprié.

Les FinTech britanniques semblent logées à bien meilleure enseigne. 7 des 10 plus importantes levées de fonds FinTech en 2017 concernent des start-ups londoniennes. Les start-ups financières britanniques ont bénéficié de prises de participation par des sociétés de capital-risque à hauteur de 1,65 milliard de dollars. En comparaison, la France fait office d’acteur mineur, avec seulement 170 millions de dollars levés. Un chiffre surprenant, d’autant que le secteur financier français joue un rôle important dans la création nationale de valeur (4 % au PIB) et supporte 800 000 emplois. La faiblesse des financements ne semble pas non plus liée à un problème de positionnement : les solutions françaises couvrent tout l’éventail de l’offre FinTech (néobanque, service de paiement, assurtech, blockchain…).

Accompagnement et financement au coeur d’un french paradox

À l’échelle européenne, les FinTech françaises font figure de modèles de pérennité malgré des levées de fonds très modestes. Ce paradoxe s’explique par les particularités des systèmes français d’accompagnement et de financement .

Dans leur cycle de vie, les start-ups hexagonales ont recours tardivement aux levées de fonds, car elles bénéficient de dispositifs étatiques de soutien à l’activité (subventions, prêt, crédits d’impôt) et d’accompagnements (BPI France, incubateurs, statut de jeune entreprise innovante…).

Elles sont accompagnées dès la phase de R&D, et bénéficient les premières années de financements graduels et adaptés à leurs projets. Une fois incubées, les FrenchTech rencontrent des difficultés à trouver des sources de financement dans la période charnière des 3 à 5 ans, phase de leur cycle de vie où les aides publiques ne suffisent plus à assurer leur développement et où leur volume d’activité ne leur permet pas d’attirer les investisseurs étrangers. Ces derniers tendent en effet à financer des offres disruptives et des business model comportant un fort potentiel de croissance.

Le modèle anglo-saxon intègre a contrario peu de soutien étatique. Les premiers investissements externes y surviennent généralement très tôt après la phase de R&D. Les fonds de capital-risque abondent collectivement au capital des start-ups les plus prometteuses, contribuant à leur surcapitalisation par rapport au potentiel des solutions développées. Les pépites britanniques ne possèdent ni la maturité ni les compétences internes pour assumer le niveau de croissance qui s’ensuit (manque d’expérience dans le domaine d’activité, concept non scalable, difficultés de management ou de gestion, etc.), conférant à ce modèle d’investissement un caractère fortement spéculatif.

L’offre française d’accompagnement parvient à pérenniser ses pépites, mais les faiblesses du modèle de financement rendent difficile la montée en charge de leurs activités. Il ne semble cependant pas souhaitable de renoncer à l’accompagnement à la française au profit de l’obsession anglo-saxonne pour le financement. Entre les deux modèles existe une alternative sous-exploitée : celle de la collaboration des FinTech avec les acteurs financiers, industrie bancaire en tête.

Le laborieux virage FinTech des banques françaises

Les FinTech françaises souffrent de leur sous-financement autant que des perspectives de rachats opportunistes par des acteurs du secteur bancaire traditionnel. Malgré leur faiblesse relative, l’irruption des start-ups crispe les acteurs traditionnels du secteur financier français. Ces derniers ont assisté en l’espace de quelques années à l’émergence de start-up pure players, parvenant à répliquer leurs offres à moindre coût, à surtraiter sans contrepartie leur relation client, à jouer un rôle central dans les mutations de leurs front, back, et middle office, à programmer des services de gestion de portefeuille et de patrimoine par des IA sans masse significative de données clients… Autant de signes anxiogènes, faisant planer sur le secteur l’ombre de l’ubérisation. Néanmoins, les FinTech, par leur capacité à produire des solutions agiles et innovantes, font plutôt figure de ressources à la nécessaire transformation des modèles bancaires français que de concurrents directs.

Malgré des synergies évidentes entre puissance financière des banques et capacité d’innovation des nouveaux entrants, l’appropriation des solutions et des caractéristiques des FinTech par les grands groupes bancaires laisse à désirer en France. Les rachats de Nickel par la BNP Paribas, de Fidor par la BPCE ou de KissKissBankBank par La Banque Postale s’inscrivent dans des logiques d’appropriation de compétences et de restriction du champ des concurrents potentiels, au risque de stériliser l’innovation au sein de leurs cibles. Plutôt que de jouer la carte de l’agilité et de la coopération au service de la cocréation d’offres innovantes, les acteurs traditionnels semblent enclins à maintenir leur logique de concentration.

Le psychodrame qui se joue actuellement au sein du Crédit Mutuel entre le CM11-CIC, principal groupe bancaire du géant mutualiste et Arkéa est emblématique de cette tendance. Seulement 7e banque française par son bilan financier, Arkéa s’est démarqué ces dernières années par cette volonté de financer et d’accompagner les FinTech françaises, faisant d’elle leur principal pourvoyeur avec 28 % des investissements totaux. Younited Credit, Leetchi, Linxo, Fluo, Grisbee, Yomoni, Pumpkin ou encore MaSuccession.fr ont ainsi bénéficié de financements conséquents d’Arkéa, mais aussi d’accompagnements spécifiques permettant de sécuriser ces investissements.

Le CM11-CIC, bien plus discret en la matière, s’est surtout focalisé -, et cela plutôt à contretemps -, sur l’uniformisation et la centralisation de ses process internes, dans un esprit à peu près inverse à celui d’Arkéa. Difficile de ne pas lire dans cette opposition entre le Crédit Mutuel et Arkéa la tension entre conservatisme sclérosant et volonté d’innover.

Le contributeur :

Conférencier et doctorant en science de gestion, Fabien Giuliani étudie le lien entre veille stratégique et prospective. Ses travaux de recherche visent en particulier à mettre en lumière les utilisations de l’intelligence artificielle dans le domaine de l’intelligence économique.

Fondateur du cabinet Demain la Veille, il conseille les entreprises en termes de stratégie de transformation digitale et de gestion de l’information stratégique. Les mutations liées à l’économie digitale sont sa thématique de prédilection.

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Les contributeurs sont des auteurs indépendants de la Rédaction de FrenchWeb. Leurs propos et positions leurs sont personnels.

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1 thought on “FinTech et banques françaises : collaborer ou péricliter”

  1. Bonjour,
    Il n’est abordé pas dans cet article les dimensions de la réalité économique de ces mouvances : Part de marché de la totalité des Fintechs très très faible ( – de 2 %) et seulement si nous y ajoutons : Boursorama, ect…, aucun actif bancaire ou financier spécifique créé ( ils s’appuient exclusivement sur les infrastructures des banques), rentabilité des business plan a 5 ans plus que négatifs..aucun business model viable ou meme d’equilibre n’a été présenté, à date. Ce qui permet de survivre, depuis quasiment 10 ans, a ces Fintechs relève du dumping des investissements ressemblant étrangement à la bulle des années 2000.
    De plus , sur le paiement fer de lance de ces Fintechs, la concurrence Instant Payment gratuit qui arrive va rendre les offres de paiement des Fintechs quasi-inutiles..
    Il y bien plus a dire, mais une analyse sérieuse ne se resume pas aux arguments ( plutôt des arguties de communication) de l’article.
    Gilles

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