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[INTERVIEW] Huawei projette d’ouvrir une usine en Europe

Interview Liang Hua, président de Huawei, par l'AFP

Soucieux de convaincre les pays européens avant le déploiement des premiers réseaux 5G, le géant chinois des télécoms Huawei pense à établir une usine en Europe et s’engage à refuser toute demande d’espionnage venue de Pékin, a affirmé à l’AFP son président Liang Hua. Face aux sanctions de Washington, Huawei a adapté ses systèmes d’approvisionnement de puces et n’est aujourd’hui « plus dépendant » des fabricants américains, a assuré M. Liang cette semaine à Paris dans un entretien exclusif, réalisé en chinois avec un interprète. Il confie cependant ne pas croire au risque d’un mur de Berlin technologique entre Chine et États-Unis.

AFP: Une certaine méfiance des États européens s’est installée à l’encontre de Huawei; quelles garanties pouvez-vous apporter pour les convaincre définitivement que vous ne présentez pas de risque pour leur sécurité intérieure?

Liang Hua: La première chose que nous faisons est de nous conformer strictement à la réglementation de chaque pays. C’est le cas du RGPD (Règlement général sur la protection des données, un texte européen) avec lequel nous sommes en parfaite conformité. Le second aspect (…) est d’assurer une transparence totale, communiquer avec les pays où nous travaillons, faire en sorte que toutes les données soient transparentes. (…) La sécurité et la fiabilité du réseau est le plus important: c’est la raison pour laquelle nous faisons de la cybersécurité la priorité absolue.

Pouvez-vous garantir sans équivoque que, demain, les services de renseignement chinois ne pourront pas utiliser d’équipements Huawei pour espionner le trafic internet d’autres pays?

Liang Hua: Lors des trente dernières années, nous n’avons jamais fait l’objet d’une telle demande. A l’avenir, même si ça devait arriver, nous refuserions ce genre de demande. Le Premier ministre chinois Li Keqiang a déclaré que la Chine n’avait pas de loi exigeant de ses entreprises qu’elles fournissent des renseignements. Cette réalité continuera demain. Notre principe suprême, c’est de nous conformer strictement à la loi du pays où nous travaillons.

Chine et États-Unis sont parvenus à une trêve dans leur guerre commerciale: est-ce de bon augure pour Huawei?

Liang Hua: Cette guerre commerciale n’a en réalité qu’un impact limité sur nos activités, étant donné que nous étions peu actifs sur le marché américain. Plus que la guerre commerciale, c’est en fait l’interdiction (par Washington) aux entreprises américaines de nous vendre des puces et logiciels qui nous concerne. C’est pourquoi nous nous attachons à assurer la survie de notre entreprise dans un tel contexte, au-delà du marché américain.

Comment remédiez-vous au blocage par Washington des approvisionnements de puces américaines pour vos équipements 5G? Opérez-vous des transferts technologiques vers d’autres entreprises?

Liang Hua: La technologie 5G de Huawei est aujourd’hui toujours basée sur une chaîne d’approvisionnement mondialisée. Après l’interdiction américaine, nous avons repensé notre chaîne pour assurer la continuité des approvisionnements et continuer à satisfaire les besoins de nos clients. D’ores et déjà, dans le domaine des technologies 5G, nous ne sommes plus dépendants de l’approvisionnement venant des fabricants américains de puces et autres composants (…). Depuis, nous avons renforcé nos relations de partenariats avec des fournisseurs européens, japonais et sud-coréens.

Nous envisageons aujourd’hui de fabriquer nos propres composants (pour équipements 5G) en Europe, d’y avoir une base de production. On est en train de mener une étude de faisabilité pour ouvrir une usine en Europe. Dans quel pays? Cela fait partie de l’étude de faisabilité.(…) Quant au calendrier, [cette décision] peut intervenir très rapidement.

Quelles sont les ambitions de Huawei en France?

Liang Hua: Nous avons cinq centres de recherche en France, dans différents domaines, (…) des relations avec les opérateurs et nos clients, et nous souhaiterions approfondir cette coopération. Nous avons déjà effectué pour deux milliards de dollars d’achat ces cinq dernières années, nous souhaitons porter ce montant à quatre milliards de dollars (3,59 milliards d’euros, NDLR) sur les cinq ans à venir. Ce sont des achats destinés à fabriquer des produits pour le monde entier.

Nous travaillons au sein d’un écosystème avec d’autres acteurs français. Nous nous considérons comme une entreprise française, locale, et sommes prêts à contribuer au développement de l’économie nationale.

A la suite des sanctions américaines, la Chine réfléchirait à interdire dans ses administrations les ordinateurs et logiciels étrangers. Ne risque-t-on pas de voir apparaître deux mondes numériques étanches, un « mur de Berlin » technologique?

Liang Hua: Je ne crois pas qu’il y aura un monde divisé en deux parties. Même en Chine, les gens continueront d’utiliser des produits Apple et d’autres marques technologiques. N’oublions pas qu’il y a 1,4 milliard d’utilisateurs en Chine! Même aux États-Unis, je suis certain que les consommateurs continueront d’utiliser d’autres systèmes [que les seuls systèmes américains]. Je suis certain que le monde numérique de demain (…) sera toujours un monde globalisé. Si au contraire on est amené à se replier sur soi-même, on va perdre sa compétitivité.

Huawei a récemment lancé son smartphone Mate 30 Pro sans le système d’exploitation Android de l’américain Google ni sa boutique d’applications, en raison d’un blocage des Etats-Unis. Est-il possible sans eux de rester compétitif en Europe? Les services de Huawei et son propre système d’exploitation Harmony peuvent-ils prendre le relais?

Liang Hua: Il y a encore un bel avenir pour nos appareils. Nous prévoyons un volume d’expédition de l’ordre de 245 à 250 millions d’unités pour cette année (dans le monde). Sur le marché export, il nous est aujourd’hui interdit d’utiliser le « Google Mobile Services » et les services associés, nous cherchons donc à développer un « Huawei Mobile Services » (une suite d’applications alternative à celle proposée par défaut par Google, NDLR). Nous sommes confiants que ce HMS et l’écosystème d’applications continueront à se développer. 

La rédaction

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