ActualitéBusinessMarketing & CommunicationTech

Jean Christophe Dornstetter (Marie Quantier): «L’IA permet de sonder plus de personnes»

Le 8 novembre dernier, Donald Trump est élu Président des Etats-Unis. Grande surprise, tous les sondages annoncaient Hillary Clinton gagnante. Les sondages ne sont-ils plus fiables? L'intelligence artificielle peut-elle aider à être plus représentative de l'avis des sondés?

Plus de détails avec Jean-Christophe Dornstetter, Head Of Intelligence Artificielle chez Marie Quantier.

FrenchWeb: Que peut apporter l'intelligence artificielle aux techniques traditionnelles du sondage?

jean-christophe-dornstetterJean-Christophe Dornstetter, Head Of Intelligence Artificielle chez Marie Quantier: Avant de répondre à cette question, il faut comprendre ce que sont les sondages aujourd’hui. L’objectif d’un sondage est de déterminer -ou tout du moins d’estimer- l’état de l’opinion sur une question donnée. La méthode idéale serait d’interroger toutes les personnes concernées, mais cela coûterait très cher. C’est pourquoi les instituts de sondage ont recours aux mathématiques statistiques pour estimer l’état de l’opinion générale à partir d’un nombre restreint d’individus sondés. Ainsi, de nombreux sondages qui paraissent dans la presse sont réalisés sur des échantillons d’environ 1 000 personnes.
 
La difficulté des sondages est la représentativité de l’échantillon choisi. En plus de comptabiliser la réponse d’un sondé, il est primordial de connaître son profil. Les instituts définissent au préalable un ensemble de caractéristiques (âge, sexe, catégorie socio-professionnelle, citadin/suburbain/rural, etc.) dont ils connaissent la représentativité au sein de la population française (via le recensement, les chiffres de l’INSEE, les résultats des précédentes élections, etc.) et les interrogent suivant différentes modalités (à la sortie des urnes, par téléphone, par internet, etc.). Le ciblage des personnes interrogées, au cœur de la méthode, peut s’affiner aujourd’hui grâce à l’intelligence artificielle. Il s’agit en fait d’une transformation à deux composantes -comme souvent quand il est question d’intelligence artificielle.
 
Premièrement, l’arrivée du big-data, autrement dit la possibilité de collecter énormément de données en comparaison avec les techniques traditionnelles. C’est rendu possible avec l’utilisation quotidienne d’internet et des applications mobiles, qui sont le lieu d’une bataille -certes silencieuse mais acharnée- pour récupérer un maximum d’informations sur les utilisateurs. Et oui, Big brother is watching you. La collecte de données personnelles est centrale dans les business models des géants du Web. Ces nouvelles données (articles lus, vidéos vues, émissions podcastées, sites internet visités, etc.) viennent enrichir les données collectées lors des enquêtes traditionnelles.
 
Le traitement de ces montagnes de données constitue la seconde composante de la transformation. Ce que l’on appelle «intelligence artificielle» est la conception d’algorithmes très perfectionnés qui permettent de naviguer dans cet immense océan d’informations et d’en tirer des statistiques et des corrélations.
 

Avec l'IA, les méthodes vont-elles changer ?

Fondamentalement, la manière de faire un sondage sera identique. L’intelligence artificielle sera surtout utile en amont pour perfectionner le ciblage (i.e. améliorer la représentativité de l’échantillon d’individus sondés), et en aval pour extraire et consolider les données.
 

Est-ce la fin des sondages au profit des datas partagées?

Avec la digitalisation croissante de la population française, la représentativité des utilisateurs d’Internet et d’applications mobiles (desquels on va pouvoir extraire des données) va se renforcer. Ainsi, l’extrapolation de l’échantillon choisi à la population globale sera meilleure. On pourra également sonder plus de personnes.

La diversité des types de données nous permet aussi d’être imaginatifs pour contourner les méthodes traditionnelles de sondage. Certains sondages peuvent être corroborés à partir simplement des comportements mesurés. Pour prendre un exemple récent, la forte participation à la primaire de la droite et du centre était prévisible par le grand nombre de visites du site Internet pour trouver son bureau de vote.

Les réponses données lors d’un sondage sont basées sur du déclaratif. Il peut exister un biais suivant les questions (par exemple: le vote d’extrême droite est sous-déclaré dans les enquêtes d’opinions). Les données collectées sont quant à elles plus objectives (il est fastidieux de truquer son comportement au quotidien), ce qui leur confèrent un avantage qualitatif.

Les sondages et la data partagées vont cohabités. Je crois à une coexistence/synergie des deux types de méthodes: les sondages pouvant aider à savoir quoi chercher précisément dans ces montagnes de données; et ces données pouvant aussi aider à déterminer le sujet du sondage.

Lire aussi:

Tags

Myriam Roche

Chef de projet éditorial at Adsvark Media / FrenchWeb - We Love Entrepreneurs

Un commentaire

Jean Christophe Dornstetter (Marie Quantier): «L’IA permet de sonder plus de personnes»
Facebook/Google
Google et Facebook dominent toujours plus le marché français de la pub en ligne
eToro, la plateforme de trading social qui veut donner le goût de l’investissement aux particuliers
Mary Meeker mène un tour de table de 85 millions de dollars dans la licorne australienne Canva
Netflix dépasse les 158 millions d’abonnés dans le monde
Droits voisins: Macron veut « engager au plus vite » l’Europe contre les géants du numérique
[DECODE] Que disent les acquisitions de Google (Alphabet) sur sa stratégie?
Copy link