ActualitéAmérique du nordBusinessEuropeFabernovel InnovateTechTransport

Kevin Echraghi (Fabernovel): «Uber ou pas, la guerre du transport ne fait que commencer»

Comment la société Uber est-elle devenue une licorne en l'espace de deux ans à peine? L'agence digitale Fabernovel, qui publie ce mardi 12 juillet son étude «Uber, the transportation virus», a cherché à décrypter le modèle de développement de la firme américaine, et de trouver les raisons de sa croissance rapide. Kevin Echraghi, analyste et consultant chez Fabernovel, revient pour Frenchweb sur les principaux enseignements de l'étude. 

 

Frenchweb: La stratégie d’Uber de gagner le plus rapidement en volume, quitte à écraser les concurrents, est-elle saine?

kevin_echraghiLa dynamique ultra compétitive d’Uber est une nécessité pour fournir le meilleur service possible. En effet, l’économie de réseaux, donne l’avantage au service qui a le réseau d’utilisateurs le plus étendu. Plus Uber a de passagers et de chauffeurs sur sa plateforme, plus son service est fiable et abordable. Il s’agit avant tout pour Uber de minimiser le temps d’attente pour les voyageurs et de maximiser le nombre de courses pour les chauffeurs. 

On notera d’ailleurs que dans la plupart des villes où il est implanté, Uber est en situation de duopole face à un acteur local. Et ces derniers forment d’ailleurs des alliances pour résister au jeune géant: Ola (le concurrent Indien), Didi (le Chinois), Grab (le Malais) et Lyft (l’Américain) ont créé ensemble une meta-plateforme. Un utilisateur indien en voyage en Chine, commande une voiture avec son application Ola et sera pris en charge par une voiture Didi. 

Uber est donc loin d’avoir écrasé ses compétiteurs. Dans cette nouvelle économie, les réseaux peuvent se défaire aussi rapidement qu’ils se sont constitués; Uber ou pas, la guerre du transport ne fait que commencer.

Quels sont les secteurs où le modèle Uber pourrait se développer, et d’autres où celui-ci est non réplicable?

Le modèle d’Uber est avant tout un modèle de plateforme mettant en relation directe des producteurs de valeur avec des consommateurs de valeur: ici les chauffeurs avec les passagers. Il n’est pas nécessaire de se projeter dans le futur pour voir ce modèle s’étendre à toutes les industries: Airbnb pour l’hôtellerie, TransferWise pour la banque, le Huffington Post pour les médias, Amazon pour le retail, etc., la liste est longue.

Le modèle de plateforme s’est donc déjà propagé et continuera sûrement son expansion jusqu’à toucher toutes les industries, avec des modèles économiques plus ou moins efficaces. La plateforme apparait comme la nouvelle chaine de production. Une structure indispensable pour être compétitif dans l’économie de réseaux.

Le seul frein à son expansion pourrait être la réglementation de certains marchés, comme c’est actuellement le cas pour la pharmacie par exemple. Mais il ne faut probablement pas compter dessus. Des start-up comme Uber, eBay et Airbnb nous ont montré que les modèles viraux savent exploiter les failles et les vides juridiques pour se développer, même dans des marchés réglementés.

Le prochain Uber peut-il être français?

Bien sûr!  Nous avons l’inventivité et le savoir-faire pour créer le prochain Uber. Quand on y regarde de près, Uber s’appuie sur les infrastructures des GAFA (Google, Amazon, Facebook, Apple) pour fournir son service: l’AppStore, le PlayStore et Messenger pour l’accès aux utilisateurs; ApplePay et AndroïdPay pour le paiement; Google Maps et Waze pour la navigation. Plus que tout, Uber ne possède pas de voitures, il monétise celle des chauffeurs. La force d’Uber est donc finalement d’avoir reconstitué les pièces existantes du puzzle. Et c’est d’ailleurs ce qu’a fait Blablacar cinq ans avant que l’idée d’Uber ait germée dans la tête de Travis Kalanick.

Que manque-t-il alors? Pourquoi avons-nous si peu de géants français internationaux? La réponse est sûrement à trouver dans la difficulté d’accès à des investissements comme l’a mis en exergue la récente note de Jean Tirole et Marie Ekeland pour le CAE, intitulée «Renforcer le capital français». N’oublions pas qu’une des raisons majeures de la réussite fulgurante d'Uber, c’est son financement illimité: la startup a levé près de 14 milliards de dollars, en 16 tours de table auprès de fonds de capital risque (Benchmark, Fidelity), de banques (Goldman Sachs), de géants technologiques (Google, Baidu) et d’entrepreneurs stars comme le fondateur d’Amazon, Jeff Bezos.

Au final Uber est-il créateur de valeur ou destructeur?

Au sens économique, Uber est avant tout un optimisateur: la start-up a remis sur le marché des voitures qui restaient en moyenne immobiles 96% du temps et a donc maximisé leur efficacité économique. 

Sur le plan sociétal, il est très difficile d’adopter une vision aussi manichéenne. En se plaçant du côté des taxi indépendants, Uber est probablement destructeur de valeur. Mais en prenant la perspective des utilisateurs qui y trouvent un service de transport exceptionnellement fiable et pratique, Uber est créateur de valeur, notamment dans des pays très demandeurs comme l’Inde. De même pour les milliers d’ex-chômeurs français qui y trouvent une source de revenu. Pourtant, même pour ces derniers, le jugement n’est pas final. Beaucoup ont manifesté contre les baisses de prix décidées par la plateforme et c’est bien là la difficulté d’Uber: le service doit à la fois satisfaire des utilisateurs qui cherchent à minimiser leur coût de transport, et des chauffeurs qui cherchent à maximiser leurs revenus. C’est le dilemme sans fin des plateformes.

Une chose est sûre, Uber a le mérite de nous questionner sur nos modèles et de relancer l’innovation dans un secteur resté très longtemps inchangé. L’utopie que le service nous propose, où la propriété de voiture est une folie du passé, séduit, tant elle peut permettre de réduire la congestion des villes, la pollution et l’utilisation insensée de notre territoire pour y garer des voitures. La capacité du jeune géant à pousser sa vision et à embarquer dans son sillon toute une industrie est en soi extrêmement créatrice de valeur. Avec ou sans Uber, le transport est en train de changer pour le mieux.

 

LIRE aussi: Le «virus» Uber passé au crible par Fabernovel

Crédit photo: Fotolia, banque d'images, vecteurs et videos libres de droits
Tags

La rédaction

Pour contacter la rédaction, cliquez ici / Devenez "la start-up de la semaine" : faites vous connaitre! / Ajoutez un événement à notre agenda: cliquez ici

Sur le même sujet

2 thoughts on “Kevin Echraghi (Fabernovel): «Uber ou pas, la guerre du transport ne fait que commencer»”

  1. parking roissy pas cher de http://www.flypark.fr propose son parking privé dédié au stationnement sécurisé de véhicules, a 49 euro la semaine, a 7 mn de l’aéroport charle de gaulle, inclus navette gratuite, bachage, transfert bagage et possibilité entretien véhicules.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Share This