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La Silicon Valley peut-elle s’exporter en Europe?

La Tech Week d'Amsterdam a fermé ses portes il y a quelques jours. Des évènements prestigieux ont rythmé la semaine : séminaire sur l’Open Innovation organisé par la Commission Européenne, Startup Fest Europe, The Next Web… Un sujet récurrent a ponctué tous ces débats et est revenu sans cesse dans les questions de l’auditoire : l’existence d’une Silicon Valley européenne relève-t-elle du fantasme ou de la réalité ?

A quoi tient la magie californienne ?

Pour répondre à cette interrogation, le premier enjeu consiste à cerner ce que l’on projette derrière la notion de ‘Silicon Valley’. Quel est l’élixir magique expliquant que parmi les dix principales startups valorisées plus d’un millard de dollars, six soient originaires de Californie ? La réponse tient en 3 concepts : des compétences fortes, des fonds et un état d’esprit. 

En termes de compétences, la côte Ouest américaine se distingue non seulement par les universités prestigieuses comme Stanford ou Berkeley, mais aussi par le réseau exceptionnel qui l’anime. Les incubateurs les plus renommés au monde, comme le Y Combinator ou Techstars, y sont implantés. En ce qui concerne l’aspect financier, il est beaucoup plus aisé de lever des fonds qu’en Europe, ce qui facilite bien sûr le décollage des startups. Enfin, et peut-être surtout, ce qui fait la particularité de la Silicon Valley, c’est son état d’esprit. Le terme de ‘mindset’ revient ainsi en boucle. Cet anglicisme renvoie au fait que, sur la côte Ouest, les individus ne se contentent par de parler d’innovation : ils l’incarnent au quotidien. C’est presque un style de vie. L’appétence à innover se ressent bien au-delà des murs des entreprises.

Concrètement, cela signifie que prendre des risques ne fait pas peur : l’échec n’est pas sanctionné, mais valorisé. Astro Teller, le patron de X, le centre de recherche de Google, expliquait lors d’une conférence TED en début d’année que ses employés sont félicités lorsqu’ils tuent des projets. Cet état d’esprit se manifeste aussi par une culture forte de l’entrepreneuriat. La volonté de bousculer l’ordre établi est très prégnante : se réinventer en permanence constitue un crédo. Cela implique non seulement de renouveler sans cesse ses idées en s’ouvrant au maximum sur l’extérieur, mais aussi d’agir rapidement.

Quid de l’Europe alors, et plus particulièrement de la France et des Pays-Bas ?

Nous vivons une phase de profondes mutations, à même de faire de l’Europe un centre de gravité de l’innovation.

Tout d’abord, si l’on reprend la potion magique californienne, l’Europe dispose d’incroyables compétences. La preuve en est que de nombreux géants technologiques font appel à nos talents en matière de R&D : Facebook a ouvert à Paris un centre consacré à l’intelligence artificielle, Salesforce a ouvert un centre de recherche dans la capitale, Intel a implanté dans l’Essonne un laboratoire dédié au Big Data…

Et, si l’Europe péchait jusqu’à présent sur les deux autres volets, à savoir l’accès à des fonds et le ‘mindset’, la situation change. Sur le plan financier, des structures comme BPI France, des capital-risqueurs, des investisseurs étrangers font de plus en plus confiance aux jeunes pousses européennes. Pensons à la colossale levée de fonds de 200 millions de dollars menée par Blablacar l’an dernier ou encore aux 250 millions de dollars levés fin 2014 par la fintech hollandaise Adyen. 

Enfin, le ‘mindset’ évolue lui aussi. Le nombre d’entrepreneurs explose : les espaces dédiés au coworking, les accélérateurs, les incubateurs sont en plein boom. A Amsterdam par exemple, de nombreux sites se sont développés en 2015 comme WeWork ou B.Amsterdam qui constitue le plus grand écosystème de startups en Europe, en lieu et place de l’ancien siège d’IBM. De nombreuses réussites locales parviennent à conquérir le monde, comme Booking ou Wetransfer. Autre signe encourageant : les initiatives menées par les gouvernements pour faire de nos pays des hubs de l’innovation. Aux Pays-Bas par exemple, Mark Rutte, premier Ministre, a rappelé en clôture de la Startup Fest Europe que son pays avait lancé en janvier 2015 un « start-up visa » pour attirer les entrepreneurs.

Pour s’affirmer à l’échelle internationale, les efforts des gouvernements doivent être amplifiés. La coordination entre les politiques des différents Etats constitue notamment un challenge de taille pour l’Europe. Par ailleurs, lors du sommet sur l’Open innovation, les intervenants ont mentionné à plusieurs reprises l’importance donnée au principe de précaution en Europe. Celui-ci ne doit pas entraver la prise de risque : un appel à plus d’audace a ainsi été lancé.

Et si le prochain Uber venait d’Afrique ou d’Asie ?

D’après le classement publié dans Fortune en janvier dernier, parmi les 10 premières licornes, ces startups valorisées plus d’un milliard de dollars, 6 seraient originaires de Californie…et aucune d’Europe. Les quatre entreprises non américaines venaient d’Asie. La Chine s’avère en effet un territoire particulièrement propice à l’innovation, ne serait-ce que du fait de la taille de son marché de 1.3 milliard de consommateurs. D’ailleurs, au-delà de l’acronyme des GAFA qui désigne Google, Apple, Facebook et Amazon, celui des BAT désignant Baidu, Alibaba & Tencent fait de plus en plus parler de lui. Et rappelons-nous qu’il y a quinze jours, Apple investissait un milliard de dollars dans la compagnie de taxis chinoise Didi, concurrente d’Uber et soutenue par Alibaba & Tencent…

Lire aussi: [Made in Amsterdam] Tim Cook, Eric Schmidt, et les autres stars du Startup Fest Europe…
 

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Laure-Anne-WarlinLaure Anne Warlin est Head of Trends & Insights / Innovation chez Equancy.

 

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Microsoft Experiences les 3 et 4 octobre 2017

Les Experts

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