L’IA assèche le marché de la mémoire : APPLE anticipe déjà les prochaines pénuries
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Pendant deux ans, l’industrie technologique a vécu au rythme d’une même obsession : les GPU. Les accélérateurs de NVIDIA sont devenus le symbole de la ruée vers l’intelligence artificielle, entraînant dans leur sillage une pénurie de packaging avancé, une explosion des investissements dans les centres de données et une course mondiale aux capacités électriques. Un nouveau maillon critique apparaît désormais, et cette fois, il ne s’agit plus de puissance de calcul, mais de mémoire.
Apple multiplie les démarches afin de préserver la possibilité de s’approvisionner auprès du fabricant chinois de mémoire DRAM CXMT, alors même que Washington envisage de renforcer les restrictions visant certaines entreprises technologiques chinoises.
Les projections de marché annoncent une tension durable. Jefferies anticipe une hausse des prix de la DRAM comprise entre 40 et 50 % au troisième trimestre 2026, suivie d’une nouvelle progression de 30 à 40 % au quatrième trimestre. L’année 2027 resterait orientée à la hausse avant un éventuel rééquilibrage à partir de 2028, sous réserve que les nouvelles capacités industrielles entrent effectivement en production. Derrière cette inflation se cache une évolution plus structurelle, qui voit une part croissante de la mémoire produite dans le monde désormais absorbée par les infrastructures d’intelligence artificielle.
Le marché entre ainsi dans une nouvelle phase, après les GPU, l’électricité et les centres de données, la mémoire s’impose comme le prochain facteur limitant du développement de l’IA. Pour les fabricants d’électronique, la question n’est plus seulement de négocier les meilleurs prix, mais de s’assurer que les composants seront effectivement disponibles.
Apple révèle un changement de paradigme : dans l’IA, la disponibilité vaut désormais plus que le prix
L’attitude d’Apple constitue probablement le meilleur indicateur de ce changement de marché. La firme de Cupertino s’est distingué par une gestion extrêmement sophistiquée de sa chaîne d’approvisionnement. Diversification des fournisseurs, négociation permanente des coûts, investissements en amont chez certains partenaires stratégiques, cette discipline industrielle est devenue l’un des principaux avantages compétitifs de l’entreprise.
Contrairement au projet mené en 2022 avec YMTC pour la mémoire NAND, essentiellement motivé par une recherche de compétitivité tarifaire et de diversification, le rapprochement avec CXMT ne poursuit pas un objectif de réduction des coûts, mais cherche à acheter une option supplémentaire sur une ressource qui risque de devenir rare.
Autant dire que le dossier CXMT est critique pour Apple, les décisions prises à Washington concernant l’Entity List américaine peuvent désormais influencer directement les volumes de production d’iPhone disponibles dans les dix-huit prochains mois.
L’intelligence artificielle aspire progressivement la mémoire mondiale
La tension actuelle est alimentée par une transformation beaucoup plus profonde : la montée en puissance des infrastructures d’intelligence artificielle.
15 à 20 % des capacités de mémoire aujourd’hui destinées à l’électronique grand public pourraient être redirigées vers les centres de données dès 2027.
Chaque génération de serveurs IA augmente simultanément le nombre de GPU installés, la quantité de mémoire HBM directement intégrée aux accélérateurs et les volumes de DDR5 nécessaires aux processeurs hôtes. À mesure que les modèles deviennent plus volumineux et que les agents autonomes multiplient les traitements simultanés, la mémoire progresse au même rythme que la puissance de calcul.
Cette dynamique reproduit le scénario déjà observé avec les GPU. En 2023, la rareté concernait les accélérateurs, en 2024, elle s’est déplacée vers les capacités de packaging avancé, en 2025, les infrastructures électriques et les centres de données sont devenus les nouveaux facteurs limitants, et en 2026, c’est la mémoire qui rejoint cette liste.
L’économie de l’IA entre ainsi dans une phase où les goulets d’étranglement se déplacent progressivement vers des composants moins visibles, mais indispensables. Après les GPU, la mémoire, les interconnexions optiques, les équipements électriques ou le refroidissement pourraient devenir les prochaines ressources critiques. Une demande mondiale dont bénéficient déjà des industriels français comme Schneider Electric, Legrand, Soitec ou STMicroelectronics, présents sur plusieurs des briques indispensables à l’économie de l’IA.







