NVIDIA se fait un trou de souris pour monter à bord d’Alice & Bob
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Après l’intelligence artificielle, NVIDIA avance désormais ses pions dans le quantique. Le groupe américain annonce l’entrée de son véhicule d’investissement NVentures au capital d’Alice & Bob, l’une des startups européennes les plus observées dans la course au calcul quantique tolérant aux fautes.
L’opération s’inscrit dans l’extension de la Série B de 100 millions d’euros menée par Future French Champions, AVP et Bpifrance. Le montant investi par NVIDIA n’a pas été dévoilé, mais l’intérêt du groupe américain dépasse largement la logique financière. Depuis plusieurs années, le quantique est présenté comme la prochaine rupture technologique majeure après l’IA. Pourtant, malgré les annonces successives des industriels et des gouvernements, le secteur reste confronté à une réalité technique brutale : les ordinateurs quantiques demeurent extrêmement instables, coûteux et difficiles à industrialiser. C’est précisément sur ce verrou qu’Alice & Bob tente de construire son avantage.
La société, fondée à Paris développe une architecture dite “cat qubit”, conçue pour réduire intrinsèquement les erreurs quantiques. L’objectif consiste à limiter drastiquement le nombre de qubits physiques nécessaires pour obtenir des calculs exploitables à grande échelle. La startup affirme désormais pouvoir réduire jusqu’à 200 fois les besoins matériels comparés à certaines approches concurrentes.
Depuis 2024, NVIDIA et Alice & Bob collaborent déjà sur CUDA-Q, cuQuantum, Dynamiqs et NVQLink, les briques logicielles et matérielles destinées à connecter calcul quantique et infrastructures GPU classiques.
Dans cette perspective, les futurs ordinateurs quantiques ne fonctionneront pas de manière autonome, et seront intégrés dans des architectures hybrides mêlant GPU, simulation, orchestration logicielle et processeurs quantiques spécialisés. Le quantique viendra se brancher sur les infrastructures actuelles.
La logique rappelle fortement ce qui s’est produit dans l’IA. OpenAI, Anthropic ou Mistral AI développent les modèles, mais l’infrastructure critique reste largement contrôlée par NVIDIA : GPU, frameworks, optimisation logicielle et interconnexions. Le groupe américain semble désormais vouloir occuper la même position dans le quantique.
L’annonce de cet investissement arrive dans un contexte de forte accélération géopolitique, avec notamment les annonces de Donald Trump hier sur un investissement de 2 milliards de dollars et celle d’Emmanuel Macron ce jour visant à étendre le premier plan quantique français lancé en 2021, convaincus que le quantique deviendra une infrastructure critique pour la défense, la chimie, l’énergie, la cybersécurité ou la finance.
L’enjeu pour l’Europe est d’éviter le scénario déjà observé dans le cloud ou l’IA, où les couches technologiques dominantes ont finalement été captées par des groupes américains.
C’est probablement là que se jouera la prochaine bataille industrielle. Car derrière la promesse scientifique du quantique se profile déjà un affrontement beaucoup plus classique pour le contrôle des plateformes, des environnements logiciels, des centres de calcul hybrides et des futures infrastructures critiques de l’économie numérique. Une logique qui commence à ressembler fortement à celle observée dans l’intelligence artificielle, où la domination ne s’est pas construite uniquement sur les modèles, mais sur la maîtrise de l’ensemble de la stack technologique.
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