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«Pourquoi j’ai déposé un brevet»

Frenchweb vous propose une série pour comprendre les enjeux des brevets des entreprises de l'Internet.

 

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16 questions essentielles à se poser avant de déposer un brevet

 

Pourquoi déposer un brevet? Les témoignages de trois entrepreneurs, interrogés par le chercheur… 
 

Vincent Lorphelin: Combien de brevets avez-vous déposé, et quand?

jerome-boyeJérôme Boyé, co-fondateur de Tecbak, spécialisée dans les plateformes de jeux connectés, comme le babyfoot coonnecté: A ce jour, nous avons déposé trois brevets, entre 2013 et 2016; ma société financière ayant investi dans des start-up spécialisées dans les objets connectés, switch & App pour TV, jeu multi-joueurs en réalité augmentée sur smartphone.cedric-williamson

Cédric Williamson, fondateur et CEO de Kiwatch: Nous avons déposé un brevet à ce jour et d'autres sont en préparation.

Qu’avez-vous voulu protéger?

Cédric Williamson: Nous avons voulu protéger les usages issus de notre avance technologique.

Jérôme Boyé: Dans les trois cas, de nouveaux usages liés aux produits et services que nous projettions de commercialiser. Nous situant dans des secteurs fortement concurrentiels avec des «acteurs majeurs», il existait de réels dangers en cas de «success story» sans mise en oeuvre au préalable de protection juridique forte.

Quelle était votre première motivation pour déposer un brevet?

Jérôme Boyé: Je me souviens de la brosse à dents connectée qui avait été présentée avec succès par Kolibree sur l’édition 2014 du CES : quelques semaines après l’évènement, Oral B, leader mondial du secteur lançait sa propre brosse à dents connectée. Kolibree ayant déposé de nombreux brevets, cette stratégie lui a permis de résister. Ma première motivation était donc l'adoption d'une stratégie défensive. La seconde, c'est la valorisation de la société auprès de futurs partenaires financiers ou industriels.

Cédric Williamson: Pour nous, c'était d'abord renforcer le patrimoine de l'entreprise puis protéger notre avance sur le marché.

Les ressources d’une start-up sont limitées, quelles raisons vous ont amené à mettre un (des) brevet(s) dans vos priorités?

Cédric Williamson: Bien entendu pour une start-up une dépense est réfléchie dix fois, mais il faut savoir affirmer sa stratégie pour consolider le patrimoine de l'entreprise et se donner une vision à long terme. 

Jérôme Boyé: C’est apparu pour moi comme l’une des clés du succès.

Comment rendez-vous compatible le brevet avec le logiciel, l’open source, le travail en communautés ouvertes?

Jérôme Boyé: Pour ma part, je suis un défenseur actif de l’open source hardware depuis les premiers ateliers arduino et la distribution des imprimantes 3D DIY open source Makerbot. Mais Google, chantre de l’open source avec Android est l’une des premières sociétés en nombre de brevets déposés à l’USPTO…

Cédric Williamson: Le brevet est l'agrégation de briques techniques qui peuvent être open source et/ou développées en communautés ouvertes, l'un n'est pas du tout opposé à l'autre, le brevet couronnant la vision prospective.

La propriété intellectuelle privée n’est-elle pas incompatible avec un écosystème innovant et dynamique?

Cédric Williamson: Non, pas du tout.

Jérôme Boyé: Signe des temps, Google qui milite pour le logiciel libre a pris une participation dans la société Magic Leap, qui fait de la réalité augmentée, pour 500 millions de dollars en 2014 : plus de 100 brevets ont été déposés autour de ce nouveau dispositif de vision augmentée… preuve que l’open source et la propriété intellectuelle ne sont pas incompatibles dans la vision stratégique d’une entreprise technologique.

Le processus du brevet a-t-il eu un effet de ricochet en interne?

Cédric Williamson: Prendre un brevet a bien-entendu un impact interne : il fédère les équipes, techniques comme marketing, et les aide à se projeter dans une vision commune.

Jérôme Boyé: Le dépôt de brevet a contribué à l’amélioration des compétences des ingénieurs informatiques peu familiarisés à cette gymnastique intellectuelle très rigoureuse, qui vise à identifier le tandem nouveauté/inventivité pertinent pouvant déboucher sur un brevet.

Le dépôt de brevet est-il cher, nécessite-t-il une forte mobilisation de ressources?

Cédric Williamson: C'est bien entendu toujours trop cher pour une start-up mais il faut connaître ses priorités. BPI France nous a quand même apporté une aide financière.

Jérôme Boyé: Dans la perspective d’une stratégie de dépôt prioritaire aux Etats-Unis, nous n’étions pas éligibles pour une aide en France. Pour une start up, c’est un investissement important en «early stage» (15 000 euros environ) et chronophage pour les équipes aux stades du dépôt puis des réponses aux objections de l’examinateur.

Dans quels pays avez-vous déposé votre brevet ?

Cédric Williamson: Notre premier dépôt a été réalisé auprès des autorités américaines en 2014 pour un élargissement en cours.

Jérôme Boyé: Nous avons aussi opté pour une stratégie de dépôt prioritaire aux Etats-Unis avec un élargissement à l’Europe.

Quelle place donnez-vous aujourd’hui à la protection intellectuelle dans votre stratégie globale ?

Cédric Williamson: C'est un point majeur de notre stratégie.

Jérôme Boyé: Elle fait partie des axes à traiter en priorité dans la perspective de valorisation de start-up qui veulent s’internationaliser dans un marché fortement concurrentiel.

Quel bilan tirez-vous de votre expérience de brevet ?

Cédric Williamson: C'est un véritable critère de capacité d'un manager et de son équipe à faire face à des challenges économiques courts termes pour se projeter vers les enjeux d'avenir.

Jérôme Boyé: C'est une expérience positive, à suivre…

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jerome-boyeJérôme Boyé est le co-fondateur de Tecbak. Cette start-up, fondée en 2013, développe et commercialise des solutions d'objets connectés dans le secteur des jeux et du divertissement. La Foosball Society, première plateforme de services de Tecbak, est commercialisée en B2B depuis le début de l'année 2015. Jérôme Boyé dirige également une société d'investissement dans des start-up d'objets connectés, TV app et réalité augmentée.

cedric-williamsonCédric Williamson est le fondateur et CEO de Kiwatch (Nantes) qui conçoit, développe et commercialise une solution de vidéosurveillance IP intelligente. Après 15 ans de bizdev dans le Web et les nouvelles technologies, il créée Kiwatch début 2011. Cinq ans après sa création, une levée de fonds et l'entrée à son capital du groupe industriel Delta Dore, Kiwatch s'apprête, en 2016, à décupler sa pénétration de marché en France et en Europe.

vincent-lorphelinVincent Lorphelin a fondé VenturePatents.com. Cette société aide les start-up et PME innovantes à protéger leurs innovations d’usage et même leur business model grâce aux brevets. Co-Président de l’Institut de l’Iconomie, think tank de l’économie numérique, conférencier, Vincent Lorphelin est l’auteur de cinq livres dont Le Rebond économique de la France (Editions Pearson), co-écrit par 85 entrepreneurs. @VLorphelin

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