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La banque, nouvelle pièce maîtresse des GAFA?

En 2017, un rapport de KPMG indiquait que de plus en plus d’institutions financières traditionnelles avaient cessé de voir Google, Amazon, Facebook, Apple, Microsoft ou Alibaba comme une menace à leur modèle bancaire, mais désormais comme des partenaires potentiels. Plus d’un quart (26%) d’entre elles travaillaient déjà avec un géant technologique dans ce cadre et presque autant (27%) prévoyaient de le faire dans les douze prochains mois, signalant une transformation majeure de l’industrie.

Les GAFA voient les services financiers comme une nouvelle porte d’accès aux données utilisateurs

Microsoft, Apple et Google ont historiquement eu une approche data-centric et app-centric du secteur, en proposant par exemple des services de cloud computing financier. Amazon et Alibaba, de leur côté, ont cherché à proposer des services de gestion du risque de crédit et du capital, dans l’optique d’accroître les dépenses e-commerce des consommateurs. Tous ces acteurs ont au moins deux choses en commun: des investissements technologiques continus et une excellente maîtrise du traitement de grands volumes de données consommateurs dans un but commercial. Les acteurs bancaires traditionnels, eux, ne possèdent pas forcément ces mêmes compétences, mais ils peuvent mettre en avant des clientèles solides et fidèles, ainsi qu’une bonne maîtrise des données sensibles de leurs clients.

La collaboration entre organisations bancaires et géants technologiques a vraiment pris son envol en 2018. Les différentes parties ont compris que la combinaison des différents éléments de la chaîne logistique pouvait, à terme, mener à des plateformes de services unifiés et créer de nouvelles offres sur le marché. Et, surtout, les GAFA ont commencé à voir les services financiers comme une nouvelle porte d’accès aux données de leurs utilisateurs.

Google se lance dans les comptes courants

Amazon a engagé des discussions avec des géants bancaires comme JPMorgan Chase pour se lancer dans la banque de détail. La firme de Seattle souhaitait proposer des comptes courants à un public jeune et aux personnes qui ne disposent pas de compte bancaire. Début 2019, Apple s’est allié à Goldman Sachs pour lancer une carte de crédit et diversifier ses revenus. Peu après, Facebook annonçait le lancement de sa crypto-monnaie Libra, son projet controversé de monnaie numérique, soutenu par plusieurs partenaires financiers (avant que nombre d’entre eux reconsidèrent leur implication) et destiné à bouleverser le paiement international. L’entreprise de Mark Zuckerberg lancera officiellement quelques mois plus tard son service de paiement Facebook Pay (séparé du projet Libra).

Aujourd’hui, c’est au tour de Google de renforcer son positionnement sur les services bancaires en annonçant, via une interview avec le Wall Street Journal, le lancement prochain d’une offre de comptes courants en partenariat avec Citigroup. La filiale d’Alphabet propose déjà un portefeuille électronique, Google Pay. Le projet, baptisé « Cache », devrait être lancé l’année prochaine. Le comptes seront opérés par Citigroup et la Stanford Federal Credit Union. Les deux établissements seront chargés de la gestion de ces comptes. Aucun détail n’a été dévoilé sur la tarification de l’offre.

Contrairement à Apple dans sa collaboration avec Goldman Sachs, Google ne chercherait pas à imposer sa marque devant celle de Citigroup. L’avantage pour la firme de Mountain View réside dans l’accès à de nouvelles données utilisateurs.

« Notre approche va être de former des liens profonds avec les banques et le système financier », a souligné Caesar Sengupta, vice-président de Google. « C’est la meilleure façon de faire dans la durée ».

En Chine, des BATX en ordre de bataille

Du côté de la Chine, les BATX voient désormais au-delà du marché local. On en avait déjà un aperçu dans le retail avec Xiaomi, qui vient d’ouvrir son premier centre de R&D en Europe, basé en Finlande, et multiplie les boutiques physiques en Europe, et Alibaba qui a décidé d’implanter son premier hub logistique européen en Belgique et d’ouvrir cet été la première boutique physique AliExpress en Europe, située à Madrid. Désormais, les géants chinois se placent en ordre de bataille pour conquérir le marché du paiement à l’international. Et sans surprise, ce sont Alibaba et Tencent, avec leurs solutions de paiement mobile respectives, Alipay et WeChat Pay, qui commencent à montrer l’étendue de leurs ambitions sur se segment.

Preuve en est, les deux géants chinois prévoient d’ouvrir leurs solutions de paiement mobile aux touristes étrangers lors de leur visite sur le territoire chinois. Alipay va ainsi permettre aux voyageurs d’utiliser un service de carte prépayée fourni par la Banque de Shanghaï pour payer leurs achats en Chine, tandis que WeChat Pay va proposer une approche plus simple puisque Tencent, qui dans ce cadre collabore notamment avec Visa, Mastercard et American Express, veut permettre aux visiteurs étrangers de connecter directement leurs cartes à son service de paiement mobile pour les rendre compatibles avec le système bancaire chinoise.

L’ouverture d’Alipay et WeChat Pay à des utilisateurs étrangers marque une avancée significative dans la stratégie d’Alibaba et de Tencent sur le marché du paiement. Et pour cause, les deux services n’étaient jusque-là réservés à l’international qu’aux touristes chinois en déplacement dans les grandes villes du monde entier.

Cette approche transfrontalière du paiement se dessine de manière plus claire depuis quelques mois, notamment du côté d’Ant Financial, la filiale financière d’Alibaba qui détient Alipay. En début d’année, cette dernière a déboursé 700 millions de dollars pour mettre la main sur la FinTech britannique WorldFirst, spécialisée dans le transfert d’argent à l’international. Une manière pour Ant Financial, qui vise 2 milliards d’utilisateurs d’ici 10 ans, de se positionner face à des géants européens et américains, comme PayPalAdyen ou Stripe, qui étudient les possibilités pour tirer profit du marché chinois.

Les banques vont devoir choisir entre s’allier avec les GAFA ou rivaliser avec eux

Le cabinet McKinsey estime aujourd’hui qu’aux Etats-Unis, les géants technologiques s’apprêtent à prendre 40% d’un marché des services financiers estimé à 1,35 milliard de dollars. Toujours selon le cabinet, 58% des consommateurs affirment qu’ils auraient confiance dans des produits financiers de Google. Apple, avec son besoin de diversifier ses revenus, Google, avec son approche plateform-agnostic et sa pénétration internationale, et Amazon, avec sa capacité à se positionner solidement sur une variété de produits et sa volonté d’investir l’industrie des services, empiètent sérieusement sur le terrain des banques de par leur taille et leur capacité à constituer des bases d’utilisateurs massives et fidèles.

Il s’agira désormais pour ces acteurs bancaires de savoir quand ils devront s’allier aux entreprises technologiques ou tenter de rivaliser avec eux. D’autant qu’ils font déjà face à la concurrence de FinTech comme Revolut, N26, Monzo, TransferWise, CurrencyFair, Atom Bank, Robinhood, Starling… Il reste toutefois aux GAFA à faire face aux régulateurs, qui ne verront pas forcément d’un bon oeil leur incursion dans l’industrie financière: Washington se penche déjà sur d’éventuelles mesures anti-trust contre les GAFA le projet Libra de Facebook fait face à une levée de boucliers en Europe…

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Patrick Randall

Journaliste chez FW - DECODE MEDIA. Pour contacter la rédaction : redaction.frenchweb@decode.media
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