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SACEM/IBM: «URights constitue une rupture sur le marché»

Pour la première fois aux États-Unis en 2016, les revenus du streaming ont dépassé ceux des téléchargements. La forte croissance du streaming sur Spotify, Deezer, Apple Music… a même engendré une hausse de 3% de la consommation de musique par rapport à 2015, précisait Nielsen Music dans son dernier rapport de fin d'année. Si l'achat d'offres d'écoute en streaming explose, il entraîne aussi avec lui une croissance exponentielle du nombre des données relatives aux auteurs. 

Pour gérer les ayants-droits, la SACEM, qui représente les auteurs, vient de signer un partenariat inédit, sur 10 ans, avec IBM pour la création de la platefrome URights. L'association, qui collecte des données de 127 pays pour 164 nationalités, et le géant informatique expliquent pour FrenchWeb cette démarche. IBM et la Sacem ne divulguent aucune information financière sur cet accord, ni sur les objectifs chiffrés. 

 

FrenchWeb : Comment cette collaboration avec le géant américain s’est-elle formée ? 

Jean-Noël Tronc, directeur général-gérant de la Sacem : Pour ceux qui nous confient leurs droits, notre mission est de créer un maximum de valeur. En 2015, il y a eu à peu près 580 milliards de données unitaires à traiter dans notre système informatique. L’an dernier, ce chiffre a presque doublé, avec 982 milliards de données à traiter. Dans ce contexte, nous avons pris une décision stratégique il y a un an qui a engendré une véritable rupture. Nous avons ainsi lancé un appel d’offres pour externaliser le traitement de la chaîne des droits online car nous sommes confrontés à une problématique de big data (volumétrie, coût…). Nous avions le choix entre deux types d’acteurs : les grands groupes et les start-up.

A l’issue d’un processus de sélection assez long, nous sommes arrivés à la conclusion qu'IBM était le partenaire qu’il nous fallait. Le modèle proposé par IBM nous a séduit dans la mesure où celui-ci vise à construire une solution globale dans la durée.

Il faut garder en tête que la Sacem et IBM ne sont pas des acteurs B2C mais B2B. Fin 2017, nous aurons totalement transféré notre chaîne dans notre offre URights. Cela va nous permettre d’aller plus loin dans les couches de l’innovation pour mieux identifier et mieux répartir les droits.

Concrètement, comment cette plateforme va-t-elle fonctionner ?

Jean-Noël Tronc : La Sacem étant dans un environnement très concurrentiel, IBM est une entreprise de taille mondiale qui pouvait nous faire passer un cap. Dans la musique, les choses bougent vite. Il y a le streaming (Spotify, Deezer…), les producteurs de disques… La plateforme vise à répondre à la problématique de big data. L’identification des datas nous permet en effet de savoir à qui il faut verser les droits. 

La plateforme s’adresse principalement aux artistes et aux éditeurs de musique. Quand un artiste a trouvé une maison de disques, il va sortir un album ou plus souvent un EP. Sur cet album, des auteurs et des compositeurs ont écrit des chansons pour l’artiste, qui sont membres de la Sacem. Si l’interprète fait un concert, il touche un cachet par sa maison de disques, cela ne nous concerne pas. En revanche, à chaque fois qu’une de ses chansons est streamée, une rémunération est versée à l’artiste, aux compositeurs et aux éditeurs de disques, tous membres de la Sacem. Pour rappel, nous avons 160 000 membres, ce qui constitue autant d’utilisateurs potentiels pour cette nouvelle plateforme.

La plateforme va nous permettre d’avoir une gestion d’ensemble pour les millions d’oeuvres que nous agrégeons. URights constitue une rupture sur le marché. Et pour cause, IBM apporte une technologie pour installer une solution mondiale et globale qui n’existe pas sur le marché. 

Silvano Sansoni, directeur général délégué, en charge des entreprises, chez IBM France : Sur la partie cloud, c’est un défi technologique, à savoir faire passer des milliards de lignes pour trouver les morceaux ou les sous-morceaux. C’est l’équivalent de l’ensemble des internautes qui vont se connecter sur le portail de Roland-Garros ou du SuperBowl. Le défi porte aussi sur le big data et l’analytics. Le big data permet d’avoir une vision complète du client, car nous allons analyser la performance de l’oeuvre musicale et offrir des services supplémentaires aux professionnels de la musique (perception et performance de l’oeuvre dans le physique (spectacles) et le digital (streaming), sur les réseaux sociaux…).

Pensez-vous qu’il va y avoir une phase d'acculturation nécessaire ?

Silvano Sansoni : Nous avons déjà franchi cette phase d’acculturation. En réalité, la phase d’acculturation avait débuté dès le premier semestre 2016. Ce que l’on inaugure sur la Sacem, c’est un modèle économique que nous avons expérimenté par le passé, notamment avec Veolia pour la gestion de l’eau. On allie la richesse du contenu du métier de la Sacem et la technologie d’IBM pour la commercialiser dans la foulée. Le processus d’acculturation est derrière nous, le développement informatique est en cours.

Désormais, nous sommes dans une phase d’industrialisation.

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La rédaction

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