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Start-up : L’architecture du cool

Par Frédéric Martinet, architecte DPLG, co-fondateur de l’agence FMAU, et enseignant à l’ENSA Paris-La-Villette

Au XIXème siècle, les choses sont claires. Le travail, c’est la famille : Michelin, Godin, Dunlop, Krupp, Menier. Les cités ouvrières familiales, organisées autour d’un modèle patriarcal, rythment le quotidien des ouvriers, en isolant les fonctions. Travailler, dormir, se divertir, prier. Pour autant, les frontières entre famille et travail sont floues, puisqu’un guide tacite de bonne conduite impose à tous les employés et leurs proches un comportement exemplaire. L’organisation de la communauté est ainsi faite que les maisons des dirigeants dominent physiquement celles des contremaîtres, qui entourent celles des ouvriers.

Cette organisation peut prêter à sourire aujourd’hui, mais l’ambition humaniste de leurs fondateurs, souvent éclairés, parfois illuminés, part d’une profonde envie progressiste, au regard des conditions de logements vétustes rencontrés jusqu’alors. C’est ainsi que l’ère industrielle européenne produit des architectures aujourd’hui classées au Patrimoine Mondial de l’Unesco, comme témoins d’une époque révolue.Apple-converted-space »> Il suffit de regarder les lieux de création des deux géants historiques de l’informatique,Apple-converted-space »> pavillon de banlieue, baigné de verdure. D’un côté, plusieurs kilomètres de freeways entre le logement et le bureau. De l’autre, une simple porte. D’un côté, des murs beiges, une moquette beige, des plafonds modulaires, une lumière blanche, des bureaux métalliques. De l’autre l’ossature en bois de l’architecture suburbaine nord-américaine, des étagères bricolées, et une porte souvent grande ouverte sur la rue. 

Ce qui pourrait paraître comme anecdotique, marque au fer rouge l’imaginaire autour des deux marques, la dimension « pro »Apple-converted-space »> deux fondateurs n’étaient pas aussi caricaturaux que les personnages qu’ils ont accepté de jouer. Mais ils ont chacun indirectement façonné les fondations de leur empire et d’une nouvelle relation au travail. Et le cool l’a emporté. 

Le premier a l’affirmer haut et fort est Google en 2005 avec la construction de son siège de Mountain View par les architectes de l’agence Clive Wilkinson. Les éléments stigmatisant de l’architecture tertiaire sont atomisés. Les faux-plafonds sont supprimés pour laisser apparents les gaines techniques. Les portes et les cloisons sont effacées, au bénéfice d’open space collaboratifs et de grands espaces lounges, de canapés, de forum,Apple-converted-space »> L’ensemble ressemble à un village, à l’accès ultra sécurisé. Pour améliorer le confort des employés, situés entre génération Y et Z, des salles de sports sont aménagées, les cantines deviennent bio, des salles de yoga et de gaming sont créées. Mieux qu’à la maison.

Cette écriture californienne multicolore, reprise en masse par toutes les « start-up » du monde depuis, a aussi son pendant new-yorkais et san-franciscain, avec l’architecture du loft. Cette écriture est plus généralement utilisée par les grands groupes de co-working, avec une fascination sans faille pour la brique apparente, la verrière atelier et l’ampoule à filament. Le géant WeWork illustre parfaitement cette tendance dans ses locauxApple-converted-space »> Plus chic, urbain et sophistiqué que l’écriture infantilisante de la côte ouest,Apple-converted-space »> Cool oblige.

Que le modèle adopté soit celui du loft ou des boîtes colorées,Apple-converted-space »> Et pour cause. Les salariés des start-up sont souvent issus de longs parcours au seins des universités ou de grandes écoles, où les journées cumulent cours magistraux et travaux personnels, le plus souvent réalisés à domicile. Le travail se dédouble physiquement, dans les salles de classes, mais aussi dans les chambres et salons des étudiants. La maison devient alors le prolongement de l’université. Mais l’ambiance y est plus reposante, plus familière,Apple-converted-space »> Si Facebook reste attaché à l’image d’un parc d’attraction, Apple opte pour un projet sobre, où l’innovation passe parApple-converted-space »> ou encore Sellsy qui assume et emprunte les codes du tertiaire pour mieux les détourner.

L’architecture du cool a ses limites. Celles de la dilution entre sphère privée et professionnelle, de la confusion entre architecture domestique et professionnelle.Apple-converted-space »> Quelle sera celle qui renouera avecApple-converted-space »> La compétition est ouverte.

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Frédéric Martinet est architecte DPLG, co-fondateur de l’agence FMAU, et enseignant à l’ENSA Paris-La-Villette.

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