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[Tribune] French Tech: ambition et humilité ne sont pas contradictoires…

Par Jean-David Chamboredon, CEO de ISAI & co-president de France Digitale

En 2012 naissait France Digitale, la première association regroupant les entrepreneurs et les investisseurs du «digital». Nous sortions de la crise des «subprimes», la machine à financer tournait au ralenti, BPI France n’avait pas encore été créée et le label French Tech n’existait pas.

Les membres-fondateurs avaient 2 convictions:

  • Faire en sorte que les entrepreneurs et les investisseurs parlent d’une seule voix serait puissant vis-à-vis des pouvoirs publics ou des médias. L’idée fausse du gentil entrepreneur massacré par un financier vicieux devait céder la place à une vision plus positive: il existe un alignement d’intérêts fondamental entre toutes les parties prenantes de l’écosystème, y compris les salariés voire les contributeurs non-salariés. C’est un ingrédient essentiel du succès éventuel d’une startup.
  • Le modèle du capital-risque -défini comme le financement crescendo en capital de pertes financières importantes justifiées par une hyper croissance- méritait d’être beaucoup mieux compris à l’extérieur comme à l’intérieur de l’écosystème. Il nécessite un environnement réglementaire ou fiscal différent (ou en tous cas, adapté). Il induit des défis nouveaux sur lesquels le partage d’expérience est nécessaire.

Après l’épisode pénible mais sans doute salvateur des Pigeons, l’écosystème tech Français n’a cessé de progresser.

  • Le montant annuel levé par l’ensemble des start-ups et scale-ups françaises a été multiplié par 7.
  • Nous sommes aujourd’hui au même niveau que le Royaume-Uni en termes de nombre de sociétés financées annuellement par le capital-risque.
  • Nous sommes toujours en retard sur le montant total en valeur mais les gros tours de table (supérieurs à 50 millions d’euros) se multiplient: 13 au premier semestre 2019 contre 8 sur l’année entière en 2018. Il ne nous manque que les «mega-rounds» en centaines de millions encore extrêmement rares.
  • Les entrepreneurs font montre d’une ambition internationale voire globale que leurs ainés n’affichaient que trop rarement.
  • Le bataillon des licornes et potentielles licornes représenté par le Next40 grossit de mois en mois.
  • L’écosystème ne semble avoir qu’un seul souci: comment embaucher les talents dont la pénurie est devenue criante…

L’exubérance actuelle ne doit cependant pas nous faire perdre notre lucidité collective. Sans vouloir jouer les rabat-joies, il paraît essentiel de rappeler les progrès que nous pouvons encore réaliser:

  • Le capital institutionnel long, permettant la mobilisation de sommes significatives dans la durée, reste insuffisant (malgré une épargne très abondante). Notre écosystème reste dépendant des investisseurs internationaux (et «corporate»). Cette faiblesse structurelle doit être corrigée avant que le cycle ne se retourne. Le Président de la République a fait des annonces hier soir qui vont dans la bonne direction mais il ne faudra pas lambiner dans leur mise en place…
  • Impliquées dans une compétition qui est mondiale et féroce, nos jeunes entreprises font face à des challenges qui réclament créativité, agilité et détermination. Nos entrepreneurs ont ces qualités. Ils nécessitent également d’avoir l’expérience de l’internationalisation d’une entreprise en mode «hypercroissance». Le vivier de talents ayant cette expérience en France est clairement insuffisant. Il nous faut renforcer notre attractivité pour recruter ceux qui ont déjà été exposés à ces enjeux. Quelques mesures prises concernant les «impatriés» (préparatoires au Brexit) ou le visa French Tech vont dans ce sens. Il faut sûrement les compléter.
  • Un écosystème tech ne se pérennise que lorsque la logique vertueuse du recyclage de la création de valeur s’enclenche (argent mais aussi talent). C’est ce qui fait la puissance de la Silicon Valley. Nous n’en sommes pas là. Les belles sorties industrielles par acquisition en centaines de millions plus nombreuses que le passé sont encore trop rares. Les entrées en Bourse encore plus rares se font sur le Nasdaq… Le Président de la République a également annoncé hier soir une initiative qui va dans le bon sens. Elle prendra du temps à permettre l’émergence d’un vrai marché boursier tech sachant prendre le relais du capital-risque et du private equity. Entretemps, il nous faudra accepter que nos plus belles pépites soient rachetées par ceux qui en ont les moyens dont, malheureusement, très peu sont Européens…

Entravé historiquement par une sous-capitalisation flagrante, notre écosystème connaît aujourd’hui une trajectoire enthousiasmante dont il sortira, cela est certain, de très beaux succès. On ne fait pas d’omelettes sans casser des œufs et il ne faudra pas s’alarmer des échecs potentiellement rencontrés demain par certains parmi les plus prometteurs aujourd’hui. Notre écosystème reste un adolescent en pleine croissance, il apprend en faisant!

Aujourd’hui, 18 septembre 2019, se tient le 8e France Digitale Day. Il s’agit avant tout d’une grande réunion de famille lors de laquelle des entrepreneurs à tout stade de développement peuvent rencontrer des investisseurs nationaux et internationaux (ou des grands groupes) et où les multiples tables-rondes et discussions informelles permettent à chacun d’apprendre des autres pour mieux anticiper…

Ambition et humilité semblent être les deux mots à retenir. Ils ne sont pas contradictoires!

Le contributeur: 

Jean-David Chamboredon est président du fonds ISAI et co-président de France Digitale.

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