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Un Facebook européen, est-ce possible ?

Xavier Niel (Free, Ecole 42, Halle Freyssinet / 1000startups.fr) déclarait récemment que le prochain Google sera français. Est-ce réaliste ? Quelles en seraient les conditions ?

1. It’s all about CULTURE !
« Take a chance » = « prendre un risque » comme dirait Vinvin.

Google – Facebook – Tesla – Apple – Amazon – AirBnB – LinkedIn… Il faut bien avouer que la plupart des success stories Internet sont américaines. Pourquoi ? Parce que bien qu’entreprendre soit un mot français, rien ne pousse à la culture du risque :

• Montez une boîte, votre banquier préférera prêter de l’argent à un salarié.

• Dites à vos investisseurs que vous souhaitez adresser un marché de 7 milliards d’habitants, ils vous challengerons sur la rentabilité de votre modèle à 5 ans. Pourtant ni Google, ni LinkedIn, ni Facebook n’étaient rentables en 5 ans. Ils ne se sont concentrés que sur une chose : leur produit / la croissance de leur nombre d’utilisateurs. PUIS ils ont mis en place leur modèle économique :
– Google en 2002 avec les adwords ;
– LinkedIn en 2009 avec le Premium et la monétisation des offres d’emploi ;
– Facebook 2012 avec la pub web mais surtout mobile (60% du revenu, alors qu’au moment de leur IPO il y a 2 ans, la plupart des analystes s’interrogeaient sur le fait de savoir si Facebook pour être vraiment mobile…).

• Gérez une entreprise de plus de 10 salariés et vous passerez plus de la moitié de votre temps à gérer des questions internes (RH, tickets restaurants, problèmes juridiques, problèmes logistiques…) au lieu de vous concentrer sur l’externe : votre marché, le problème que vous résolvez, et la création de valeur que vous apportez, votre croissance ou votre modèle économique.

2. It’s all about MONEY !

Si vous avez déjà géré une entreprise (ou une association) vous savez que l’argent ne fait pas le bonheur mais que c’est ce qui fait tourner une boîte.
– Soit vous vendez votre produit / vos services à des clients.
– Soit vous financez la mise au point de votre produit / vos services.

Et là commencent les problèmes :
• aux Etats-Unis, les retraites sont financées par les fonds de pension qui investissent massivement dans des entreprises. Sans commune mesure avec les montants investis par les fonds Européens.  Bref il y a bien moins d’argent disponible.
Blablacar et Critéo seraient-elles deux exceptions ? Cela reste à voir.

Pourtant, le taux d’épargne français est de 18%. Potentiellement il y aurait de quoi faire…

• L’obsession européenne pour la rentabilité au lieu de se concentrer sur la croissance du nombre d’utilisateurs tue l’ambition des entrepreneurs qui sont bridés à de rares exceptions près.

3. It’s all about PEOPLE !

Difficile d’aligner les intérêts des collaborateurs avec ceux de l’entreprise : lorsque l’on parle de patron / d’entreprise en France, le Medef n’est pas loin, la lutte des classes non plus (c’est un Marx qui vous parle #lol).

C’est historique et cela ne changera pas sauf si :

L’Ecole arrête de désapprendre le risque à nos enfants dès la maternelle. Car oui, la prise de risque est naturelle : un enfant réussit-il à marcher du premier coup ?

La société laisse (vraiment) sa chance à toutes et tous.
– La culture du diplôme en France est trop forte. Les biographies françaises commencent toujours par diplômé de l’ESC de Trucmuche, etc… Or, le diplôme ne fait pas tout, loin de là, alors calmons-nous !
L’Ecole 42 ou l’Ecole LDLC sont de belles initiatives de ce point de vue.

– La France me semble raciste
y compris dans son modèle d’innovation : je fais depuis quelque temps la tournée des start-up / incubateurs / ou autre structures favorisant l’innovation et cela ne ressemble pas à la France d’aujourd’hui avec ses talents de Vénissieux et d’ailleurs. Dommage du point de vue économique : c’est de la valeur et de l’énergie perdues bêtement !

l’entreprise joue son rôle en partageant la valeur créée et en incitant les collaborateurs à s’investir dans le projet d’entreprise, sur la durée.
Car désolé de vous décevoir mais entreprendre c’est long.
– Google (et pas AltaVista) née en 1998 devient connue à partir de 2002.
– Facebook (et pas MySpace) créé en 2004 bascule dans le grand public en 2008.
– AirBnB (et pas…rien) fondée en 2008 met lui aussi 4 ans à percer.
4 ans, c’est long !

Alors qui sera le Tesla, le AirBnB, le Google français ? 

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[tab title= »L’auteur: Olivier Marx »]

Olivier Marx, fondateur d'Altics

Correspondant Frenchweb en Rhône-Alpes, Olivier Marx a fondé l’agence de conseil en e-commerce Altics & DigiLeads en janvier 2005.

 

 

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Les Experts

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3 thoughts on “Un Facebook européen, est-ce possible ?”

  1. Un titre assez aguicheur sur un futur gros player européen avec une réponse sous forme de question : « qui sera le futur champion des tech français ? ». Bon… la France n’est pas l’Europe a elle toute seule, mais bon prenons l’exemple français.

    La réponse est donc, sans être pessimiste, est non. Il n’y aura pas de facebook européen et les raisons évoquées dans l’article pour le coup sont les bonnes :

    1 – La culture

    Pour parler d’investissements, il y a pas mal de communication que l’on peut qualifier de « politique » notamment de la part de BPIfrance ou de la French Tech mais en réalité les champions français vont se financer là où il y a de l’argent : les Etats-Unis.

    Pour reprendre les exemples de l’articles :

    – Criteo : Une exception culturelle française qui fait que la France a d’excellents informaticiens et un terreau fertile pour l’industrie de la publicité. Criteo s’est lancé en bourse au NASDAQ…

    – Blablacar : a levé ses fonds auprès d’investisseurs non pas français mais américano-européen.

    Et c’est la même chose pour Deezer, qui malgré l’avantage temporelle par rapport à ses concurrents n’a pas réussi à devenir le leader incontestable qu’il aurait pu être (ce qui ne remet pas en question son succès néanmoins). Ceux qui font exception sont Viadeo et Dailymotion avec des histoires différentes mais une position de challenger qui malheureusement n’est pas de bonne augure dans leurs secteurs respectifs…

    L’ouverture de l’Europe a favorisé les américains au détriment des entreprises européennes.

    Le marché européen est ouvert et c’est une chance pour les entreprises européennes mais aussi pour les entreprises américaines. Des marchés comme la Chine, la Russie ou le Brésil ont fermé leurs portes aux acteurs américains pour permettre à leurs acteurs locaux d’avoir une position dominante localement, ce que n’a pas fait l’Europe. Comble de l’histoire les acteurs américains sont en parti défiscalisés en Europe…

    Les entreprises américaines ont un potentiel de croissance déjà fort grâce à un marché domestique de 300M d’habitants et anglophone encore plus important. L’Europe pourrait être un terrain de jeu fantastique mais les différences culturelles, linguistiques et réglementaires empêchent d’attaquer le marché européen comme un marché unique pour les entreprises européennes, ce que peuvent faire les entreprises américaines grâce à leur puissance de frappe acquise sur leur marché local.

    Le cap des 50 salariés, le vrai frein des PMEs françaises

    Pour revenir sur la France, c’est vrai, c’est compliqué administrativement, le seuil de 10 personnes est je pense là-même partout dans le monde puisque les problématiques RH sont dues au nombre. Dépasser le seuil de 49 salariés fait passer l’entreprise dans un nouveau statut avec de nouvelles obligations légales… le frein français se situe à ce point de rupture aujourd’hui.

    2 – L’investissement

    Les investisseurs français et européens veulent de la rentabilité, pourquoi leur en vouloir… les investisseurs américains veulent la même chose, ils ont juste 10, 20 100 plus à investir qu’en France au risque de créer des bulles d’investissement.

    A titre informatif, l’interview de Evgeny Morozov : http://www.lemonde.fr/pixels/article/2014/10/16/on-devrait-traiter-la-silicon-valley-avec-la-meme-suspicion-que-wall-street_4507321_4408996.html

    La seul histoire semblable dont j’ai pu entendre parler concernant des investisseurs qui croient à une idée sans business model en basant le succès sur la croissance utilisateur est BunkR. En espérant que BunkR soit un franc succès pour pousser les investisseurs à prendre le risque de ce type de développement. Mais contrairement à un facebook, BunkR est une solution B2B ou tout du moins visant au départ le monde professionnel.

    3 – Les gens

    Les grandes écoles et le système universitaire français est ce qu’il est. C’est vrai, tout le monde peut être entrepreneur mais l’avantage des grandes écoles est qu’elles forment des spécialistes de haut niveau dans leur domaine et notamment la gestion. Il appartient à chacun de se former et l’expérience professionnelle est évidemment une source d’apprentissage forte mais ne tapons pas là où il y a des talents et des formations de bonnes qualités. L’esprit revanchard n’est pas le bon et surtout pas représentatif, Zuckerberg est certes un dropout oui, mais il était rentré à Harvard…

    Aujourd’hui la réelle difficulté réside dans le fait qu’il est plus confortable d’être au sein de grandes structures publiques ou privées qui confèrent un statut et des avantages indéniables face au risque de l’entrepreneuriat. C’est la réalité, heureuse ou malheureuse, c’est comme ça.

    Pour conclure et pour répondre à la question avec un brin d’optimisme :
    Non, il n’y aura pas de facebook européen, même si avec une certaine forme de naïveté j’espère que cela arrivera.
    Il y a et il y aura encore des champions français dans les tech et ça dans 3 grands domaines (ça reste subjectif) :
    – Des solutions IT pour les marchés B2B ou la France a de vrais atouts : Multiposting ou TradeLab par exemple
    – Des plateformes e-commerce pour le B2C

    1. L’analyse de Be SmartR est on ne peut plus claire !

      Il y a effectivement tout un écosystème à changer de manière profonde : de l’éducation jusqu’à la société elle-même (avec la prise de risques) en passant par les banques.

      La « French Tech » doit mettre en avant ce qui la différencie des autres pays, quitte à attirer des investisseurs étrangers dans un premier temps.

      Et qui sait, peut-être qu’avec le nombre croissant de start-ups de ces derniers temps, les mœurs évolueront.

      Fabien Raynaud
      http://www.FabienRaynaud.com

  2. Très bonne analyse des raisons pour lesquelles le prochain Google ne sera PAS Français! :)

    Pas de bras, pas de chocolat. Pas d’argent, pas de users.

    L’immense majorité des questions des VCs Français en series seed sont les mauvaises – elles ne devraient être posées qu’à l’horizon d’une series A.

    On peut sans conteste créer un bon business B2B depuis la France, mais un business B2B? Impossible en l’état… Blablacar reste pour l’instant le seul contre-exemple, et encore : ils sont pour l’instant « petits » (à voir comment ça va se passer quand Uber va les taquiner…).

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