VATES : pourquoi un éditeur rentable depuis dix ans lève 30 millions d’euros
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Rentable et autofinancé depuis 2016, l’éditeur grenoblois ouvre son capital pour accélérer ses investissements technologiques et commerciaux. La remise en concurrence de VMware lui offre une occasion de conquérir davantage de clients, à condition de disposer des équipes et des partenaires capables d’accompagner de grands déploiements.
Pendant dix ans, Vates a financé son développement avec les revenus de son activité. L’éditeur de logiciels de virtualisation annonce aujourd’hui une première levée de 30 millions d’euros. Selon la société, cette ouverture du capital intervient après une croissance supérieure à 65 % en 2025, avec plus de 1 000 clients dans une centaine de pays.
La rentabilité permet de poursuivre le développement, mais elle ne donne pas nécessairement les moyens d’engager simultanément tous les investissements nécessaires à une expansion rapide. Vates doit renforcer sa plateforme, recruter à l’international et élargir son réseau d’intégrateurs, alors que les changements intervenus chez VMware poussent des organisations à réexaminer leurs infrastructures. L’autofinancement laisse l’éditeur dépendre du rythme auquel ses revenus progressent ; l’apport de capital lui permet d’anticiper davantage de dépenses.
« Nous ne levons pas des fonds pour changer de stratégie, mais pour accélérer celle que nous poursuivons depuis le début », explique Olivier Lambert, CEO et cofondateur de Vates.
Une infrastructure à exploiter au quotidien
La virtualisation permet de faire fonctionner plusieurs serveurs virtuels sur une même machine physique. Chacun dispose de son système d’exploitation et de ses applications, tandis que les ressources de calcul, de mémoire et de stockage sont partagées. Cette organisation sert à mieux utiliser le matériel et à administrer les applications sans dédier systématiquement un serveur physique à chacune.
Vates associe deux produits principaux. XCP-ng, construit autour de l’hyperviseur Xen, exécute les machines virtuelles, et Xen Orchestra fournit les outils pour les administrer, organiser leurs sauvegardes et automatiser les opérations. Une solution complémentaire, XOSTOR, permet de mutualiser le stockage entre plusieurs serveurs.
Pour une direction informatique, le choix concerne ainsi plusieurs fonctions dont dépend la continuité de l’activité. Il faut pouvoir sauvegarder les données, restaurer les services, mettre à jour les systèmes et résoudre les incidents. La valeur commerciale de Vates se construit dans cette exploitation quotidienne autant que dans les capacités du logiciel.
Les technologies sont ouvertes, et Vates vend des abonnements de support ainsi que des services et une distribution prête à l’emploi de Xen Orchestra. Pour les infrastructures moyennes et grandes, sa tarification repose notamment sur le nombre de serveurs physiques, avec différents niveaux d’assistance. La croissance du parc installé doit donc financer le développement des produits et les équipes qui en assurent le suivi. Cette articulation entre logiciel ouvert et services commerciaux s’inscrit dans la diversité des modèles économiques de l’open source, évoquée par Jean-Baptiste Kempf.
VMware remet les choix d’infrastructure en discussion
L’acquisition de VMware par Broadcom a modifié le contexte commercial dans lequel Vates évolue. Broadcom a engagé une transformation des offres et du modèle de licences, avec un recentrage sur les abonnements et la fin de disponibilité de certaines licences perpétuelles.
Ces changements offrent aux alternatives une occasion d’entrer dans les discussions des directions informatiques. Lorsqu’un contrat arrive à renouvellement, le maintien de l’existant peut être comparé à une migration, en tenant compte du prix, des fonctions utilisées et de la dépendance au fournisseur.
Cette remise en concurrence concerne un éditeur qui dispose déjà d’une présence internationale. Vates indique réaliser 90 % de son chiffre d’affaires à l’export, l’Amérique du Nord représentant près de la moitié de son activité. Les investissements annoncés dans cette région visent à renforcer un marché déjà central dans ses revenus, tout en développant ses positions européennes.
Le financement doit permettre de répondre à davantage de projets au moment où les clients les envisagent. Une équipe commerciale se recrute avant de signer ses premiers contrats, une nouvelle fonction se développe avant d’être achetée et un partenaire se forme avant de mener une migration. Ces dépenses précèdent les revenus auxquels elles doivent contribuer.
Investir avant que les contrats financent la croissance
Vates concentre ses investissements sur trois priorités. La première concerne la prochaine génération de sa plateforme, avec des travaux sur la performance, le stockage, la sécurité, l’automatisation et l’administration d’infrastructures de grande taille.
La deuxième porte sur les capacités commerciales et marketing, en particulier en Amérique du Nord et sur les principaux marchés européens. L’éditeur souhaite travailler avec davantage de grandes entreprises, d’organisations publiques et de fournisseurs de services, dont les projets exigent un accompagnement adapté à leurs contraintes d’exploitation.
La troisième concerne les distributeurs, intégrateurs et partenaires technologiques. Leur rôle devient décisif lorsque le déploiement implique plusieurs sites, de nombreuses applications et des équipes qui doivent apprendre à exploiter un nouvel environnement.
La logique économique de cette levée consiste à mener ces efforts en parallèle. Elle donne à Vates la possibilité d’engager plus de ressources avant que les contrats supplémentaires ne les financent. Le chiffre d’affaires et les revenus récurrents actuels ne sont toutefois pas publiés, ce qui limite l’évaluation de l’ampleur du changement d’échelle envisagé. Cette utilisation du capital pour développer une présence mondiale rappelle, sur un autre segment des infrastructures, l’expansion internationale d’Aiven financée par ses levées de fonds en 2021.
Le coût de sortie compte autant que le prix d’entrée
Vates doit convaincre face à VMware, mais également face à plusieurs alternatives. Nutanix associe son hyperviseur AHV à une plateforme intégrée de calcul, de stockage et d’administration. Proxmox propose une solution open source réunissant machines virtuelles et conteneurs, tandis que Red Hat OpenShift Virtualization permet d’exploiter des machines virtuelles dans l’environnement OpenShift.
L’ouverture du code est donc un attribut partagé par plusieurs offres, et la décision dépend aussi des intégrations, des compétences disponibles et du niveau de service. Pour un client déjà équipé, conserver VMware évite par ailleurs les coûts et les risques immédiats d’un changement.
La documentation de migration de XCP-ng donne une mesure concrète de ces contraintes : les procédures varient selon le stockage utilisé et certaines configurations nécessitent l’arrêt des machines virtuelles. Le passage à une nouvelle plateforme demande de préparer les sauvegardes, de vérifier les applications et d’adapter les procédures d’exploitation.
Les économies sur les abonnements doivent être appréciées avec cet effort de transition. La capacité de Vates et de ses partenaires à sécuriser les migrations déterminera donc une partie de sa compétitivité. La possibilité de changer de fournisseur devient ainsi un critère opérationnel, comme l’illustre la place donnée à la réversibilité dans la politique d’achat informatique de la MAIF.
Préserver le modèle en accélérant son déploiement
Vates affirme que les cofondateurs restent majoritaires au capital et que XCP-ng et Xen Orchestra conserveront leurs licences ouvertes. L’arrivée d’investisseurs introduit néanmoins une nouvelle étape dans la trajectoire de l’éditeur : les moyens supplémentaires devront se traduire par une progression commerciale capable de soutenir les dépenses engagées.
L’évaluation passera par les déploiements, puis par leur durée. Un client qui migre constitue un premier résultat ; ses renouvellements et l’extension des usages montrent la capacité du fournisseur à répondre durablement à ses besoins. Pour Vates, l’enjeu sera de conserver la qualité du service à mesure que les infrastructures accompagnées deviennent plus nombreuses et plus importantes.
Fondée en 2012 à Grenoble par Olivier Lambert, Nithida Vialle et Julien Fontanet, Vates annonce une première levée de 30 millions d’euros auprès d’IRIS, via son fonds Growth, et de Bpifrance, via Large Venture. Les cofondateurs demeurent majoritaires après l’opération. Ce financement doit renforcer le développement technologique, les équipes commerciales internationales et le réseau de partenaires de l’éditeur.
