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Vero: nouvel Instagram ou buzz sans lendemain?

Par Amaury Treguer, Head of Social & Content de Hausmann Group

Imaginez un réseau social sans aucune publicité, où aucun algorithme ne dicterait ce que vous devriez ou non voir, où votre flux apparaitrait dans l’ordre chronologique et où votre vie privée serait respectée et non utilisée à des fins publicitaires. Eh bien, ça existe, et ça s’appelle Vero.

Vero a été créé par le milliardaire Ayman Hariri, fils de l’ancien Premier ministre libanais Rafic Hariri. Le parcours d’Hariri suscite questions et critiques, notamment quant à son passage à la tête d’un groupe de BTP saoudien, épinglé pour ne pas payer les salaires de ses travailleurs. Un comble, quand on sait que Vero veut dire « Vérité » en italien…

Vero serait né de la frustration de ce dernier quant à l’expérience utilisateur et aux politiques de confidentialité pratiquées par les grands réseaux sociaux. La plateforme se positionne comme un réseau social honnête et transparent, libre de toute publicité. Conformément à la promesse de transparence d’Hariri, Vero a publié un manifeste indiquant sa mission, sa politique de confidentialité et son modèle économique. « Contrairement à la plupart de nos concurrents, le modèle économique de Vero n’est pas basé sur la diffusion de publicités. En tant que service à l’abonnement, nos utilisateurs sont nos clients, pas le produit que nous vendons aux annonceurs. » 

Alors que nous savons tous que la majorité des plateformes sociales sont gratuites pour les utilisateurs grâce à la puissance de la publicité, Vero étudie d’autres sources de revenus. Un modèle basé sur l’abonnement où les utilisateurs devront payer quelques dollars par an pour y accéder serait la solution choisie, mais le prix reste encore à confirmer par Vero. Pour le moment, le premier million d’utilisateurs peut accéder gratuitement à Vero, et à vie. Au cours de notre test, nous avons constaté que l’expérience utilisateur était plutôt poussive, avec un plantage serveur probablement dû à des difficultés à absorber la montée en charge, suite à l’emballement médiatique. Les avis négatifs sont déjà apparus sur les magasins d’applications : 2 étoiles sur iOS App Store et 2,5 étoiles sur Google Play. Outch !

Malgré son côté malaisé, l’expérience est assez unique. Alors que la plupart des plateformes sociales offrent un fond blanc très propre, Vero joue la carte du mode « night shift ». Tout est y sombre et brillant. Le flux est vide jusqu’à ce que vous commenciez à suivre ou à vous connecter avec des personnes – vous ne voyez aucun « message suggéré » comme ça serait le cas avec d’autres réseaux sociaux.

Les utilisateurs peuvent classer leur réseau dans quatre catégories principales: amis proches, amis, connaissances ou simplement suiveurs, de sorte que les utilisateurs contrôlent totalement ce qu’ils veulent publier et à qui. Vero est capable de reconnaître que vous ne voulez pas nécessairement partager vos photos de famille avec votre réseau plus large, mais seulement avec vos amis proches.

Il n’y a pas de statuts texte simples – juste des options rich media : photos, vidéos, musique. Vous pouvez également recommander des séries, des films et des livres et les lier directement au magasin d’applications idoines (iOS ou Google Play) permettant aux autres de les acheter en quelques étapes seulement. Une autre façon pour Vero pour générer des revenus, en prenant des commissions sur cette fonction « acheter maintenant » de Vero. Comme WeChat, Vero vise à devenir un guichet unique où vous serez en mesure de faire tout ce que les réseaux sociaux proposent de faire, mais aussi acheter des articles sans quitter l’application.

Il est intéressant de remarquer que Vero n’est pas nouveau : il a été lancé il y a quelques années, mais a seulement réussi à attirer l’attention du monde au cours des derniers jours, à l’aune des récents changements d’algorithmes de Facebook et Instagram. Et la défiance croissante envers les réseaux sociaux traditionnels offre à Vero une fenêtre de tir unique. Des célébrités dont Zack Snyder, le réalisateur de Justice League, prochain film de super-héros, des influenceurs et même des éditeurs comme la version britannique de GQ et le magazine français Paris Match montent à bord et se lancent dans la promotion de leurs comptes sur d’autres plateformes numériques. Fait notable, le hashtag #Vero a été utilisé plus d’un demi-million de fois sur Instagram, les utilisateurs partageant principalement des captures d’écran de leur nouveau profil et invitant leurs abonnés à les y rejoindre.

Difficile de prédire le futur promis à l’application, mais si la vague Vero continue de prendre de l’ampleur, le grand défi pour les marques sera de se démarquer et de conquérir des abonnés sur ce nouveau canal de façon organique. La création de contenus pertinents et d’offres exclusives (cadeaux, remises …) sera probablement clé pour se faire remarquer.

 Si l’on met de côté les sentiments partagés et les interrogations qu’inspirent Vero et son fondateur, nous « likons » l’idée d’un réseau social sans publicité, à l’instar de ce que Ello avait tenté d’accomplir il y a quelques années. Se frotter aux plus gros – Facebook, Instagram, Twitter ou Pinterest – n’est pas chose facile et pour cela, il faut aussi être capable de supporter les critiques et autres retours de bâton.   

Le contributeur :

Avec plus de 10 ans d’expérience en marketing et communication en agences et chez l’annonceur, Amaury Tréguer a eu la chance de se spécialiser sur les médias suivants : TV, presse, digital et réseaux sociaux. Après avoir lancé il y a quelques années un studio de création audiovisuel à Paris avec deux associés, Sixtine, Amaury habite depuis 2009 à Sydney où il concentre ses efforts à la création et la mise en place de stratégies sociales et digitales pour des clients tels que Netflix, Roadshow Films, Universal Pictures, Jaguar, Sony, Nivea, Procter & Gamble, Johnson & Johnson et bien d’autres. À 5H30 tous les matins, hiver comme été, vous le trouverez sur la fameuse plage de Bondi Beach en train de faire du sport ou de prendre des photos pour son blog Morning Bondi.

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Les contributeurs sont des auteurs indépendants de la Rédaction de FrenchWeb. Leurs propos et positions leurs sont personnels.

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