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Vidéo et P2P: vers la consumérisation de la formation

Par Bertrand Duperrin, expert FrenchWeb

J’aborde souvent la transformation digitale sous l’angle de la consumérisation de l’entreprise. L’idée derrière tout cela étant que tout ce qui est fait pour le client, mis à disposition, devra l’être un jour (et le plus tôt possible) pour le collaborateur.

Ca n’est pas un sujet nouveau mais au départ on en parlait souvent, vers la fin des années 2000, pour parler outils, interface et expérience utilisateur. Aujourd’hui, alors qu’on commence à comprendre qu’une expérience client de qualité demande une expérience employé à même de la rendre possible, le spectre de la consumérisation s’agrandit: on parle toujours outils mais également process, mécanismes d’engagement et de participation etc.

La consumérisation de l’entreprise va au delà des outils

Le domaine de la formation m’a donné récemment un excellent exemple de consumérisation d’une fonction aussi traditionnelle qu’essentielle de l’entreprise.

Commençons par une petite anecdote. Il y a deux ans de cela lors d’un déplacement en Suède je décide, après m’être posé en début de soirée, de passer au bar de l’hôtel. Le barman est aussi passionné que passionnant, raconte et fait ses cocktails avec une joie communicative et une envie réelle de partager tout cela avec ses clients.

Au bout de quelques secondes on se rend compte qu’il est Français. Je lui demande d’où il est et, connaissant certains de ses pairs ayant fait l’école hôtelière dans la même ville, je lui demande si lui aussi a suivi ce cursus.

Et il me répond «Ah non pas du tout, je n’ai pas fait l’école hôtelière, j’ai fait….YouTube».

Et il me raconte comment, simple jeune barman sans formation, il avait voulu lancer une activité cocktail dans l’établissement où il travaillait et n’avait trouvé de meilleur moyen que de chercher les tutoriels et vidéos des meilleurs du métier sur YouTube.

«Il y a tout, il y a les meilleures, ils expliquent tout les trucs, tout ce qu’il faut savoir pour créer et réaliser un cocktail. La seule chose à faire c’est d’acheter le matériel, écouter, et s’entrainer encore et encore jusqu’à ce qu’on arrive a un niveau acceptable. Et puis ensuite c’est la pratique qui fait progresser mais les fondamentaux on les a en ligne.»

Et le jeune barman d’un établissement de province en France se retrouve donc promu «Monsieur Cocktail» dans un 4 étoiles d’une chaine prestigieuse, à Stockholm.

«J’ai pas fait d’école, j’ai fait YouTube»

Au delà de l’anecdote cela interpelle nécessairement sur la manière dont nous apprenons aujourd’hui. Et force est de reconnaître, entre autres, que:

  • nous apprenons des autres, entre pairs.
  • nous apprenons de manière de plus en plus autonome.
  • nous apprenons au travers de contenus courts, faciles à consommer quand on en a le temps ou le besoin.
  • nous apprenons de plus en plus au travers de vidéos.

Et ça n’est pas qu’une affaire de générations: le tutoriel YouTube fait par un passionné à destination de personnes désirant apprendre quelque chose est un classique qui commence à transcender les générations. Mais il est vrai que ce qui est une pratique parmi d’autres pour les plus «anciens» est devenu la norme pour les plus jeunes.

Vidéo. Entre pairs. Facile à consommer. A la demande. Cela correspond à tout sauf aux dispositifs de formation et de partage de savoirs que l’on voit en entreprise.

Speach.me: formation entre pairs, à la demande, facile à consommer

Lors de interview avec Olivier Delabroy d’Air Liquide il a évoqué la plateforme de partage de savoir-faire mise en place chez Air Liquide avec Speach.me. On est exactement dans le cadre de la consumérisation de la formation.

Une plateforme vidéo «à la YouTube» où les collaborateurs filment leurs meilleurs pratiques afin de les partager de manière visuelle avec leurs pairs. Un format idéal dans un contexte industriel où l’on parle d’utilisation, paramétrage ou réparation de machines, mais pas seulement. En tout cas l’exemple du cas Airbus ci-dessous est probant et l’éditeur a su convaincre d’autres industriels comme Tesla par exemple.

Le sujet n’est pas la technologie mais le lacher-prise

Le concept, vous l’avez compris, est simplissime et véritablement puissant dans de nombreux secteurs d’activité. Mais de mon point de vue la condition d’un succès garantie pour une initiative n’est, comme souvent, pas dans la technologie.

J’ai vu par le passé quelques réflexions sur des projets fondés sur des principes similaires qui ont a chaque fois été tués dans l’œuf. Les points bloquants:

  • le P2P: l’entreprise veut contrôler l’éditorialisation et les sujets, décider des sujets à traiter.
  • la qualité: l’entreprise veut contrôler la production vidéo, insérer son logo.
  • un certain inconfort entre «la procédure officielle qui ne fonctionne pas» et «ce qui fonctionne», voir le second apparaître alors qu’on a documenté le premier.

Mais pour des RH qui ont compris quel est le sens de l’histoire et ont décidé de l’accompagner les solutions ne manquent pas et  Speach.me est un très bon exemple.

L’expert:

bertrand-duperrinBertrand Duperrin est Digital Transformation Practice Leader chez Emakina. Il a été précédemment directeur conseil chez Nextmodernity, un cabinet dans le domaine de la transformation des entreprises et du management au travers du social business et de l’utilisation des technologies sociales.

Il traite régulièrement de l’actualité social media sur son blog.

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