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4,8 milliards de dollars d’investissements dans les startups françaises en 2019

A l’approche des fêtes de fin d’année, c’est l’heure du bilan pour la Tech française et européenne. Et comme c’est désormais le cas chaque année, le fonds londonien Atomico, lancé par Niklas Zennström, co-fondateur de Skype, profite de Slush, dernière grand-messe technologique de l’année qui se tient à Helsinki, deux semaines à peine après le Web Summit de Lisbonne, pour dévoiler son rapport «State of European Tech» qui dresse un état des lieux de la Tech européenne pour l’année écoulée. 

Réalisé en partenariat avec Slush et le cabinet d’affaires américain Orrick, cette étude met en lumière un financement des entreprises technologiques européennes en passe de dépasser les 30 milliards de dollars levés en 2019, contre 25 milliards de dollars en 2018. L’année en cours devrait ainsi s’achever avec 34,3 milliards de dollars investis au total dans l’écosystème européen dans le cadre de 4 608 opérations. «L’économie européenne n’est peut-être pas à l’abri, mais ses entreprises technologiques ont continué à battre des records au cours des douze derniers mois. Les entreprises technologiques européennes atteignent désormais un niveau de performance que beaucoup considéraient impensable lorsque nous avons commencé ce rapport il y a cinq ans», note Tom Wehmeier, associé chez Atomico et auteur du rapport.

Les pays qui ont capté le plus d’investissements en 2019. Crédit : Atomico.

La France monte en puissance dans le financement late-stage 

En France, ce chiffre atteint 4,8 milliards de dollars, en hausse de 42% par rapport à l’année dernière, ce qui place la Tech française au troisième rang européen derrière le Royaume-Uni et l’Allemagne. Pour atteindre ce montant, l’Hexagone a notamment pu compter sur des entreprises comme Doctolib (150 millions d’euros en mars), Meero (205 millions d’euros en juin) et ManoMano (110 millions d’euros en avril), qui ont réalisé des opérations d’envergure pour intégrer le cercle très fermé des licornes tricolores. 

D’après le rapport «Blooming Late» réalisé par Stripe avec Tech.eu, en marge du Web Summit, la France a d’ailleurs capté 2,7 milliards d’euros d’investissements pour ses scale-up à l’occasion de méga-levées de fonds – plus de 100 millions d’euros – au cours des quatre dernières années. Leader européen dans l’investissement early-stage, la France n’apparaît qu’en cinquième position sur le segment du financement late-stage. Pour figurer sur le podium, Emmanuel Macron a annoncé en septembre une enveloppe de 5 milliards d’euros sur trois ans pour soutenir les start-up françaises en hypercroissance. Avec une telle somme, l’objectif est de multiplier les tours de table supérieurs à 50 millions d’euros des futurs champions de la French Tech, et ainsi d’atteindre les 25 licornes tricolores d’ici 2025.

La DeepTech et Paris en pleine forme dans l’Hexagone 

Au niveau des secteurs qui ont attiré les investissement dans l’écosystème français, la DeepTech a tiré son épingle du jeu. En effet, ce secteur a recueilli à lui seul un tiers des fonds perçus par les start-up françaises. Avec 1,4 milliard de dollars levés par les jeunes pousses françaises spécialisées dans la DeepTech, la France constitue le deuxième écosystème le plus attractif d’Europe dans ce secteur. Il faut dire qu’avec 1,9 million de scientifiques et d’ingénieurs dans son giron, l’Hexagone héberge la deuxième population de ce calibre sur le Vieux Continent. 

Conséquence directe de la bonne forme actuelle de la Tech française, Paris apparaît comme le troisième plus grand hub en Europe en matière de financement des start-up après Londres et Berlin. La capitale de l’Hexagone, qui héberge des structures comme Station F, eFounders ou encore Founders Future, a ainsi vu bondir de 203% les capitaux investis dans les start-up qu’elle héberge au cours des cinq dernières années, contre 143% à Londres et 70% à Berlin. A l’échelle nationale, Paris a reçu 46 fois plus de financements que Lyon, deuxième ville française qui en a reçu le plus. Toulouse, qui abrite notamment le centre européen de recherche de Hyperloop Transportation Technologies, complète le podium. 

11,2 milliards d’investissements au Royaume-Uni 

Si la France affiche une belle croissance, c’est donc bel et bien le Royaume-Uni, en dépit de la crise politique outre-Manche avec un Brexit qui peine à se concrétiser, qui continue de dominer le Vieux Continent. La Grande-Bretagne a ainsi capté 11,2 milliards de dollars d’investissements, très loin devant l’Allemagne et ses 5,9 milliards de dollars collectés. Quant aux secteurs qui ont le vent en poupe, on retrouve la FinTech (9 milliards de dollars), le software (7,5 milliards de dollars), la santé (3,6 milliards de dollars), l’énergie (3 milliards de dollars) et la mobilité (2,3 milliards de dollars). 

Preuve du changement de dimension de la Tech européenne, on dénombre désormais 99 licornes soutenues par des fonds de capital-risque, contre seulement 22 avant 2015. Cet essor s’explique notamment par l’essor des méga-levées de fonds (plus de 100 millions de dollars). Il y en a eu une quarantaine cette année, contre seulement neuf cinq ans plus tôt. Bien que l’ensemble des voyants soient au vert dans l’écosystème européen sur le plan financier, les efforts à fournir sont encore conséquents en matière de diversité. Parmi l’avalanche de données fournies par Atomico, une parle d’elle-même : 92% des financements des fonds levés en 2019 l’ont été par des équipes fondatrices exclusivement masculines. 

Les chiffres clés de l’écosystème européen entre 2014 et 2019. Crédit : Atomico.

Margrethe Vestager, personnalité la plus influente sur la Tech européenne 

Point plus léger, la politique européenne en matière de technologie reste un mystère pour de nombreuses start-up du Vieux Continent. En effet, 40% des fondateurs et des employés de jeunes pousses interrogés par Atomico estiment qu’ils ne sont pas suffisamment informés sur ce point pour décrire la priorité absolue de la Commission européenne sur le plan technologique. 

En revanche, Margrethe Vestager, reconduite au poste de commissaire en charge de la Concurrence à la Commission européenne et véritable cauchemar des GAFA avec ses enquêtes débouchant sur des amendes spectaculaires, a retenu l’attention de l’écosystème. Tous les répondant ont élu la commissaire européenne comme la personne qui a le plus d’influence sur la Tech européenne en 2019, qu’elle soit bonne ou mauvaise. Enfin, les parlementaires européen ne parlent de FinTech et d’eSanté, deux secteurs dans lesquels les investisseurs ont pourtant injecté 12,7 milliards de dollars au total en Europe cette année. Entre Bruxelles et l’écosystème numérique, ce n’est pas encore tout à fait ça.

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Maxence Fabrion

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