FRANCEIN THE ARMY NOWIN THE LOOPLES LEVEES DE FONDS

HARMATTAN AI ouvre son capital à Dassault Aviation lors d’une série B de 171 millions d’euros.

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Dassault Aviation participe à la série B de Harmattan AI, une levée de fonds de 200 millions de dollars (171 millions d’euros) destinée à accélérer l’intégration de l’intelligence artificielle et de l’autonomie supervisée au sein de systèmes militaires opérant en environnement contesté. Au-delà de l’investissement stratégique, l’opération éclaire la recomposition en cours du combat aérien, où le logiciel et l’architecture système deviennent des déterminants centraux.

Fondée en avril 2024, Harmattan AI s’est imposée en moins de quinze mois comme l’un des acteurs les plus visibles de la nouvelle défense tech française. En juin 2025, la startup remportait un marché stratégique attribué par la Direction générale de l’armement portant sur la fourniture de 1 000 micro-drones du combattant destinés à équiper l’armée de Terre. Quelques jours plus tard, elle annonçait la signature d’un second contrat avec un gouvernement membre de l’OTAN.

Une trajectoire ultra-rapide en raison du contexte militaire, déjà validée par des clients étatiques, et qui donne un éclairage particulier à l’entrée de Dassault Aviation à son capital.

Une levée de fonds orientée vers l’industrialisation et l’extension opérationnelle

Les fonds levés doivent permettre à Harmattan AI d’étendre le déploiement de missions intégrant de l’IA à de nouveaux théâtres d’opérations, d’élargir son offre vers des domaines connexes (défense aérienne multi-niveaux, interception de drones, guerre électronique) et d’augmenter ses capacités de production. Le communiqué évoque une montée en puissance à l’échelle mondiale, portée par une demande croissante, signe que l’enjeu n’est plus uniquement technologique mais désormais industriel et opérationnel.

Dans ce contexte, la participation de Dassault Aviation agit comme un signal de crédibilité supplémentaire. Elle renforce la capacité de la jeune entreprise à s’inscrire dans des programmes de long terme, soumis à des exigences élevées en matière d’intégration, de robustesse et de pérennité.

Une exécution accélérée, rare dans la défense française

À l’instar d’Anduril, l’un des traits distinctifs de Harmattan AI réside dans sa cadence d’exécution. Là où les cycles de développement traditionnels de la défense s’étalent sur plusieurs années, la startup est passée du concept à la production en un peu plus d’un an.

Elle a développé simultanément deux produits : un micro-drone de reconnaissance, sélectionné par la DGA, et le GOBI, un drone intercepteur autonome conçu pour neutraliser des munitions rôdeuses de type Shahed-136.

Cette accélération repose sur une approche hybride des nouveaux acteurs de la defense tech, avec un ADN logiciel centré sur l’IA embarquée, une intégration industrielle pensée pour des conditions de guerre réelles, et un positionnement produit très proche des besoins opérationnels immédiats.

L’appel d’offres remporté en juin 2025 illustre cette évolution de la commande publique : publié avec un cahier des charges volontairement resserré et des essais précontractuels limités, il visait un coût unitaire maîtrisé et un délai de production court afin de mettre rapidement des capacités en service.

Le GOBI, illustration d’une défense « software-defined »

Parmi les systèmes développés par Harmattan AI, le GOBI occupe une place singulière. Cet intercepteur autonome est conçu pour détecter, cibler et neutraliser une menace aérienne en moins d’une minute.

Pensé pour s’intégrer à des systèmes de commandement et de contrôle, il communique avec d’autres capteurs afin de limiter les risques de tirs fratricides. Sa vocation dépasse le seul champ de bataille et inclut également la protection d’infrastructures critiques.

Cette logique d’IA temps réel, interopérable et évolutive illustre l’émergence de systèmes de défense « software-defined », capables d’adapter en continu leurs comportements face à des menaces changeantes. Un positionnement qui résonne directement avec les enjeux actuels des grands industriels aéronautiques.

Pour Harmattan AI, un changement de statut

Faire entrer Dassault Aviation à son capital dépasse le cadre d’un simple partenariat commercial. Pour Harmattan AI, il s’agit d’un changement de dimension, mais aussi d’un choix structurant. L’adossement à un industriel de premier plan lui ouvre l’accès à une expertise reconnue en architecture de systèmes complexes, en intégration de systèmes de mission et en opérations en environnement à haute intensité.

Ce rapprochement positionne la startup non plus seulement comme un fournisseur de briques technologiques, mais comme un acteur appelé à contribuer en amont à la conception des futurs systèmes de combat aérien. Dans un secteur où l’accès aux grands programmes dépend largement de la capacité à intervenir très tôt dans les choix architecturaux, cette évolution modifie la perception du risque associée à une entreprise encore jeune.

Elle réduit l’incertitude industrielle tout en introduisant, de facto, une forme de verrou stratégique : la présence de Dassault Aviation au capital redessine le champ des investisseurs ou acquéreurs potentiels, en orientant durablement Harmattan AI vers un écosystème et une trajectoire industrielle spécifiques.

Pour Dassault Aviation, sécuriser l’autonomie logicielle sans rupture

Côté Dassault Aviation, la prise de participation s’inscrit dans une stratégie de préparation de l’après-Rafale. Les références explicites aux programmes Rafale F5 et aux systèmes de combat aérien non habités traduisent l’importance croissante des architectures hybrides, associant plateformes habitées et non habitées coordonnées par des fonctions d’autonomie avancées.

En entrant au capital de Harmattan AI, Dassault Aviation ne cherche pas à internaliser l’ensemble des développements liés à l’IA, mais à sécuriser un accès privilégié à des compétences critiques, tout en conservant la maîtrise de l’architecture globale.

Cette approche permet de gagner en agilité face à des cycles technologiques rapides, sans figer prématurément des choix industriels lourds. Elle répond également à un enjeu de souveraineté, le groupe mettant en avant l’intégration d’une « IA souveraine, maîtrisée et supervisée » au sein de ses systèmes.

Des positions convergentes, assumées publiquement

Les déclarations des dirigeants reflètent cette convergence. « Dassault Aviation a toujours placé l’excellence technologique et la souveraineté au cœur de ses valeurs. Ce partenariat avec Harmattan AI illustre notre engagement à intégrer des solutions d’autonomie à forte valeur ajoutée dans la prochaine génération de systèmes de combat aérien », déclare Éric Trappier, président-directeur général de Dassault Aviation.

Il précise que cette collaboration vise notamment le développement de fonctions d’IA embarquées pour le contrôle de systèmes aériens inhabités.

De son côté, Mouad M’Ghari, cofondateur et PDG de Harmattan AI, souligne que « la confiance de Dassault Aviation accélère notre mission : fournir une IA souveraine et évolutive aux forces alliées », mettant en avant la combinaison entre expertise logicielle et savoir-faire aéronautique.

Une opération à portée industrielle et politique

Au-delà du rapprochement entre un industriel historique et une startup en forte croissance, l’entrée de Dassault Aviation au capital de Harmattan AI s’inscrit dans un contexte plus large de recomposition de la défense européenne. Elle illustre la montée en puissance d’acteurs capables de conjuguer exécution rapide, intégration industrielle et maîtrise logicielle, dans un cadre désormais assumé de souveraineté technologique.

Cette dimension est explicitement revendiquée au sommet de l’État. Le président de la République, Emmanuel Macron, a salué l’opération : « Un partenariat essentiel avec Dassault Aviation et une levée de fonds significative pour Harmattan AI lui offrent le statut de nouvelle licorne française. C’est une excellente nouvelle pour notre autonomie stratégique, pour la supériorité technologique de nos armées en matière de drones de défense activés par l’IA, ainsi que pour notre économie ».

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