
India AI Impact Summit 2026 : New Delhi veut repositionner l’IA comme bien public mondial
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Après les sommets centrés sur la sûreté (Royaume-Uni), la gouvernance (Séoul) ou l’action publique (Paris), New Delhi accueillera du 16 au 20 février 2026, l’India AI Impact Summit, premier sommet mondial de l’intelligence artificielle organisé dans un pays du Sud global. Annoncé en marge du France AI Action Summit, l’événement veut repositionner le débat international sur l’IA, jusqu’ici largement dominé par l’Europe, les États-Unis et la Chine, vers les enjeux d’inclusion, d’accès et d’impact concret dans les pays du Sud.
Une réponse politique à la fracture mondiale de l’IA
Depuis quatre ans, les initiatives multilatérales se sont multipliées : principes du G20, résolutions de l’ONU et du Global Partnership on AI (GPAI), déclarations africaines sur l’IA, ou plus récemment la Déclaration de Hambourg sur une IA responsable. Toutes convergent vers un constat partagé : l’IA transforme l’économie, la société et les rapports de puissance.
Mais le décalage entre ces engagements et leur traduction sur le terrain reste profond. Les capacités de calcul, les modèles de fondation, les jeux de données et les compétences sont concentrés entre un nombre limité d’États et de grandes entreprises technologiques. Cette asymétrie limite le développement de solutions réellement adaptées aux contextes sociaux, culturels et linguistiques des pays émergents.
L’Inde en chef d’orchestre d’une IA « pour tous »
Le sommet est porté au plus haut niveau de l’État indien. Narendra Modi en a fixé le cap idéologique autour du principe Sarvajana Hitaya, Sarvajana Sukhaya – le bien-être et le bonheur pour tous. Une formule qui résume la ligne indienne : faire de l’IA un outil de démocratisation technologique plutôt qu’un accélérateur d’inégalités.
Même tonalité chez Jitin Prasada, qui compare l’IA au rôle du nucléaire au XXᵉ siècle, en insistant sur un point clé : l’accessibilité. L’Inde met en avant des capacités de calcul rendues disponibles à des coûts très inférieurs aux standards occidentaux, afin de soutenir recherche, innovation et usages sociaux.
Trois « Sutras » pour structurer la coopération internationale
L’architecture intellectuelle du sommet repose sur trois principes directeurs, les Sutras, conçus comme des fils conducteurs entre valeurs et action.
Le Sutra People place l’humain au centre. Il insiste sur une IA respectueuse des diversités culturelles, linguistiques et sociales, intégrée dans des cadres de confiance, de sécurité et de bénéfices partagés.
Le Sutra Planet aborde frontalement la question environnementale. Il s’agit de promouvoir des modèles et des infrastructures d’IA sobres en ressources, capables de contribuer à la résilience climatique sans aggraver l’empreinte énergétique globale.
Le Sutra Progress enfin inscrit l’IA dans une logique de développement. Il met l’accent sur la démocratisation des ressources clés (données, calcul, compétences) et sur l’application de l’IA à des secteurs structurants comme la santé, l’éducation, la gouvernance ou l’agriculture.
Sept « Chakras » pour passer à l’exécution
Ces principes se déclinent en sept axes opérationnels, les Chakras, qui structurent les futurs travaux du sommet.
Ils couvrent la formation et le capital humain, l’inclusion sociale, la sécurité et la confiance, la résilience des systèmes, la recherche scientifique, la démocratisation des ressources d’IA et l’utilisation de l’IA comme moteur de croissance économique et de bien commun.
L’objectif affiché est clair : organiser une coopération multilatérale par domaines concrets, capable de produire des feuilles de route, des partenariats et des mécanismes de financement, plutôt que de nouveaux textes non contraignants.
Un test grandeur nature pour la voix du Sud global
Au-delà de son contenu, l’India AI Impact Summit veut affirmer la volonté des pays du Sud de peser sur la définition des normes, des priorités et des usages de l’IA, dans un contexte où la technologie devient un instrument central de puissance et de souveraineté.
Reste une question centrale : ce sommet parviendra-t-il à transformer l’ambition en dispositifs concrets, capables de réduire la dépendance aux grands acteurs technologiques mondiaux ?
Parmi les intervenants clés attendus à New Delhi figurent plusieurs figures centrales de l’écosystème mondial de l’IA et des infrastructures numériques. Alexandr Wang, Chief AI Officer de Meta, viendra porter la vision d’un acteur dominant des modèles à grande échelle et des plateformes sociales. Dario Amodei, CEO d’Anthropic, incarne une approche centrée sur la sûreté et la gouvernance des modèles de fondation. Jensen Huang, fondateur et CEO de NVIDIA, représente le cœur industriel du compute mondial, au croisement des enjeux de performance, d’énergie et de souveraineté technologique. Julie Sweet, Chair et CEO d’Accenture, apportera une lecture orientée transformation des organisations et déploiement opérationnel de l’IA à grande échelle. À leurs côtés, Matthew Prince, cofondateur et CEO de Cloudflare, interviendra sur les questions d’infrastructures distribuées et de résilience du réseau, tandis que Olivier Blum, CEO de Schneider Electric, fera le lien entre IA, industrie et transition énergétique. Enfin, Sundar Pichai, CEO de Google et d’Alphabet, complètera ce panorama en tant que dirigeant d’un groupe au cœur des modèles, des plateformes cloud et des usages grand public de l’intelligence artificielle.







