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Amazon dévoile pour la première fois les fournisseurs de ses marques propres

Amazon commercialise aujourd’hui près de 135 marques propres comme AmazonBasics ou Amazon Essentials. Jusqu’ici, le géant du e-commerce offrait peu de transparence quant à la supply chain qui se trouve derrière ces produits. Aujourd’hui, on en sait un peu plus, mais est-ce assez?

En 2009, Amazon a commencé à développer ses propres marques. La plus célèbre d’entre elles, AmazonBasics, propose des accessoires électroniques grand public, ainsi que des fournitures pour la maison et le bureau. Puis, pendant quatre ans, l’entreprise de Seattle a marqué une pause, avant de lancer des couche-culottes dans la gamme Amazon Elements. Celles-ci ont rapidement été retirées du marché pour un problème de conception, mais des lingettes pour bébé ou des vitamines étaient encore vendues dans la gamme Elements.

En 2017, cependant, Amazon a discrètement repris l’initiative et accéléré la cadence avec la commercialisation de plus de 60 nouvelles marques. Des marques principalement dédiées à la mode, aux chaussures et aux bijoux: au total, 65 marques sur 74, qui ne jouent pas de leur filiation avec le géant du e-commerce, couvraient ces secteurs. Les autres secteurs concernaient alors le multi-catégories, l’épicerie, la santé et l’entretien, et la maison et la cuisine. Aujourd’hui, l’entreprise compte près de 135 marques propres, qui couvrent des produits tels que les batteries (dont certaines explosent inopportunément), les couches, les aliments, l’habillement, les jouets, les matelas…

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Les marques propres d’Amazon généreront 7,5 milliards de dollars en 2019

L’activité est significative pour l’entreprise de Jeff Bezos: selon une note de la banque d’investissement SunTrust Robinson Humphrey, le chiffre d’affaires généré par les marques propres d’Amazon en 2019 atteindra 7,5 milliards de dollars en 2019 et pourrait atteindre 25 milliards de dollars en 2022. En 2016, ces mêmes revenus atteignaient 2,5 milliards de dollars. Un fort levier de croissance, donc, mais qui offrait jusqu’ici peu de transparence quant à la supply chain qui se trouve derrière et qui permet à Amazon de proposer tant de produits à des prix cassés. Un flou qui ne permettait pas de mesurer l’impact humain et environnemental de cette activité.

Aujourd’hui, cependant, on en sait un peu plus sur cette supply chain: mis sous pression le mois dernier par une enquête du Wall Street Journal qui affirme que des produits issus d’usines blacklistées par d’autres acteurs du e-commerce sont vendus sur la marketplace d’Amazon, le groupe de Seattle a pour la première fois publié une liste de près de 1 500 fournisseurs qui se trouvent derrière la fabrication des produits de ses marques propres. La liste fournit les noms et adresses de fabricants partout dans le monde. La majorité se trouve en Chine (plus de 500) et en Inde (plus de 160), les autres étant localisés aux Etats-Unis (près de 100), au Vietnam (55), à Taiwan (29), au Sri Lanka (29), au Bangladesh (23), au Japon (31), en Turquie (11), en Malaisie (10), en Thaïlande (9), au Mexique (9), au Pakistan (6), au Cambodge (5), au Madagascar (2), au Brésil (2), en Israel (1)… Parmi ces pays, beaucoup connaissent des taux de pauvreté élevé.

Rappelons que dans des pays comme la Chine et l’Inde, des codes du travail laxistes permettent la fabrication de produits à moindre coût et des conditions de travail discutables: au mois d’août, The Guardian a par exemple révélé que des parties d’appareils des gammes Echo ou Kindle étaient fabriquées par des adolescents de 16 à 18 ans travaillant la nuit, considérés comme « stagiaires ».

La liste dévoilée par Amazon fournit peu de détails sur les fournisseurs

Pour Human Rights Watch, la publication de cette liste par Amazon envoie le « message sans ambiguïté que la transparence est d’une importance critique et va subsister ». Les marques qui ne dévoilent pas publiquement leur supply chain « ne savent peut-être pas où sont fabriqués leurs produits, ce qui rend plus difficile le fait de savoir si elles agissent de manière responsable », ajoute l’ONG, qui critique aussi les marques qui ont bien dévoilé leur supply chain mais rendent l’accès aux documents difficiles.

La liste dévoilée par Amazon fournit peu de détails à part le nom et l’emplacement des fabricants. En septembre dernier, quelques mois après que des milliers d’employés ont demandé au groupe de réduire son empreinte carbone, Amazon a annoncé son plan « The Climate Pledge », son plan qui promet de forts engagements environnementaux. Aujourd’hui, la liste dévoilée par l’entreprise ne permet pas de connaître l’impact humain et environnemental de chacun des fabricants, le volume de produits achetés, les contrôles effectués, ou s’ils respectent les normes d’Amazon pour sa supply chain. Elle ne permet pas non plus d’effectuer des recherches plus filtrées (par région, marque ou produit, par exemple).  L’entreprise de Seattle ne dévoile pas non plus l’origine des matières premières de certains de ses produits, comme le lithium, le zinc ou le magnesium utilisé pour fabriquer ses piles et batteries.

Amazon génère-t-il autant de gaz à effets de serre que le Portugal?

Outre ses employés, Amazon fait face à une pression croissante pour réduire son empreinte carbone: en France, par exemple, les associations Attac et les Amis de la Terre ainsi que l’Union syndicale Solidaires ont récemment dénoncé dans un rapport l’impact social et environnemental du groupe (celui-ci a réfuté des informations « trompeuses »).

« Le monde selon Amazon n’est pas viable », écrivaient dans le rapport, qui compile différentes données, les trois organismes. Ils critiquent notamment les « très lourds impacts environnementaux » de l’entreprise, Jeff Bezos a promis qu’elle atteindrait la neutralité carbone en 2040. Parmi les pratiques montrées du doigt, la livraison rapide « source d’émissions de gaz à effet de serre » et la destruction des invendus. Selon leurs calculs, Amazon généré « 55,8 millions de tonnes de gaz à effet de serre en 2018, soit l’équivalent des émissions du Portugal ».

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Patrick Randall

Journaliste chez FrenchWeb - DECODE.MEDIAPour communiquer sur FrenchWeb ou le Journal des RH, devenez partenaire, cliquez ici.
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