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Avec 488 millions d’euros de financement, PLD Space doit maintenant passer de la fusée à l’industrie

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PLD SPACE porte sa Série C à 288 millions d’euros, avec une nouvelle tranche de 108 millions menée par MITSUBISHI ELECTRIC. Après quinze ans à développer ses technologies de lancement, l’entreprise espagnole finance désormais ses capacités de production, ses bancs d’essais et ses infrastructures de lancement. Avec 488 millions d’euros cumulés et un contrat de 158,9 millions attribué par l’ESA, elle a une partie des moyens pour changer d’échelle. Mais MIURA 5 n’a toujours pas atteint l’orbite. Le défi de PLD SPACE n’est donc plus seulement de faire voler une fusée : c’est d’en fabriquer suffisamment, de les lancer régulièrement, et de trouver les clients capables de remplir cette capacité industrielle.

PLD SPACE ajoute 108 millions d’euros à une Série C qui atteint désormais 288 millions. MITSUBISHI ELECTRIC conduit à nouveau l’opération, aux côtés du gestionnaire public espagnol COFIDES. ENDEAVOR CATALYST et le Spain Oman Private Equity Fund, véhicule géré par MCH PRIVATE EQUITY, rejoignent le tour.

Cette tranche porte à 488 millions d’euros le financement cumulé annoncé par l’entreprise espagnole. Un montant auquel il ne faut pas ajouter mécaniquement les 158,9 millions que l’Agence spatiale européenne vient de lui attribuer dans le cadre de l’European Launcher Challenge : ce contrat institutionnel sera débloqué au fil des jalons atteints, ce n’est pas une levée de fonds.

Les nouveaux capitaux financeront l’industrialisation de MIURA 5, l’augmentation des capacités de production et d’essais, les infrastructures de lancement et la transition vers les opérations commerciales.

Après la fusée, PLD SPACE doit démontrer la cadence

Fondée en 2011 par Raúl Torres et Raúl Verdú, PLD SPACE a passé plus d’une décennie à construire ses briques technologiques. Le lancement de MIURA 1, en octobre 2023, a marqué le principal jalon de cette première phase : ce démonstrateur suborbital devait tester technologies, procédures et opérations avant le développement de MIURA 5, le véritable produit orbital de l’entreprise.

La prochaine étape est d’une autre nature, MIURA 5 doit pouvoir placer jusqu’à 540 kilogrammes en orbite héliosynchrone, depuis le Centre spatial guyanais de Kourou. Son premier vol d’essai reste prévu en 2026. Le lanceur n’a donc encore ni atteint l’orbite, ni démontré la répétabilité qu’exige une exploitation commerciale.

Cette distinction est fondamentale, car construire un lanceur fonctionnel relève encore de la deeptech, quand en construire plusieurs dizaines d’exemplaires identiques chaque année devient une discipline industrielle.

C’est précisément ce passage que PLD SPACE veut effectuer. Le plan présenté à ses fournisseurs prévoit une montée progressive de la pré-série vers une production en semi-série, puis une fabrication industrielle à partir de 2027. L’objectif est d’atteindre 32 MIURA 5 par an à horizon 2030, soit, théoriquement, presque une fusée tous les onze jours.

À cette cadence, ul ne suffit plus que le moteur fonctionne, mais qu’il puisse être produit de manière reproductible, que les structures sortent au rythme prévu, que les composants arrivent à temps, que le contrôle qualité soit standardisé, que les bancs d’essais ne deviennent pas un goulet d’étranglement, et que les lanceurs puissent être transportés puis préparés assez vite entre deux missions.

La performance industrielle devient aussi importante que la performance technologique. PLD SPACE le sait, et  l’entreprise revendique aujourd’hui plus de 500 salariés et des sites couvrant plus de 188 000 mètres carrés. Son centre d’essais de Teruel vient d’être renforcé par quatre nouveaux bancs, tandis que son écosystème industriel comptait déjà près de 400 fournisseurs stratégiques en 2025. Plus de 50 millions d’euros ont été investis dans la chaîne d’approvisionnement de MIURA 5 entre 2024 et le premier semestre 2025.

Kourou fait désormais partie de l’usine

Dans le spatial, cette capacité de production ne s’arrête pas aux portes de l’usine. Un lanceur n’a de valeur commerciale que s’il peut être testé, transporté, préparé et effectivement lancé. Une partie importante des capitaux mobilisés par PLD SPACE finance donc des infrastructures situées bien au-delà de son siège d’Elche.

À Kourou, l’entreprise investit 35 millions d’euros dans son propre complexe de lancement au Centre spatial guyanais, un investissement de PLD SPACE, pas un financement reçu par la société. Les travaux civils étaient dans leur phase finale au début de l’été 2026. Sur ces 35 millions, 22 doivent aller à l’écosystème industriel français, dont 13 à des entreprises implantées en Guyane.

La société développe en parallèle une présence à Duqm, à Oman, qui doit compléter ses capacités internationales de lancement. L’arrivée au capital du Spain Oman Private Equity Fund prend dans ce contexte une dimension supplémentaire, le tour de table commence à épouser la géographie future de l’entreprise.

PLD SPACE veut en effet résoudre deux équations qui pourraient paraître contradictoires mais sont essentielles à sa réussite : devenir un pilier de la souveraineté spatiale européenne, et construire un opérateur mondial de transport spatial.

Sa stratégie est de conserver en Europe l’essentiel de la technologie, de la production et des infrastructures, tout en internationalisant ses investisseurs, ses clients et, progressivement, ses bases d’opérations.

MITSUBISHI n’investit pas seulement dans PLD SPACE : il achète aussi son futur accès à l’espace

C’est probablement la dimension la plus structurante de cette Série C.

MITSUBISHI ELECTRIC qui avait déjà investi 50 millions d’euros lors de la première tranche annoncée en mars, cherche à sécuriser des capacités de lancement pour ses petits satellites, afin de développer ses futures activités liées aux données spatiales.

Le groupe japonais devient donc potentiellement à la fois actionnaire, partenaire industriel et client de PLD SPACE. Cette combinaison est précieuse pour une deeptech confrontée à des investissements industriels massifs. Le problème classique : construire les capacités de production avant de disposer du volume de commandes qui permet de les amortir. Faire entrer un futur client stratégique au capital rapproche les deux calendriers.

Pour MITSUBISHI ELECTRIC, l’intérêt dépasse le rendement financier. Dans un monde où les constellations satellitaires deviennent des infrastructures de télécommunications, d’observation, de défense ou de navigation, disposer d’un satellite ne suffit plus. Encore faut-il pouvoir l’envoyer en orbite quand c’est nécessaire, et le lanceur devient lui-même une infrastructure stratégique.

Avec l’European Launcher Challenge, l’ESA commence à financer la demande

L’Europe change en parallèle sa manière de financer cette nouvelle génération d’opérateurs, quelques jours avant la nouvelle tranche de Série C, l’ESA a attribué à PLD SPACE un contrat de 158,9 millions d’euros dans le cadre de l’European Launcher Challenge. Les sommes seront débloquées au fur et à mesure de l’atteinte de jalons techniques et commerciaux.

L’initiative marque un vrai changement de doctrine, car pendant plusieurs décennies, l’accès autonome européen à l’espace s’est organisé autour des programmes Ariane et Vega. L’European Launcher Challenge vise désormais à faire émerger plusieurs fournisseurs commerciaux concurrents, l’ESA devenant elle-même cliente de nouveaux services de lancement.

Bien entendu, PLD SPACE n’est pas seule. ISAR AEROSPACE s’est vu attribuer jusqu’à 197,8 millions d’euros, ROCKET FACTORY AUGSBURG bénéficie d’un contrat de 186,9 millions, et le processus concernant MAIASPACE doit encore être finalisé. ISAR développe Spectrum, capable de transporter jusqu’à une tonne en orbite basse ; RFA One vise 500 kilogrammes vers une orbite héliosynchrone à 500 kilomètres ; MIURA 5 en vise 540.  L’Europe ne cherche pas à désigner immédiatement un champion unique, et commence à organiser la concurrence entre plusieurs opérateurs privés.

Cette évolution rapproche le spatial de secteurs comme la défense, où la commande publique ne sert pas seulement à acheter un produit existant, mais contribue à créer les volumes qui permettent aux industriels de développer leurs capacités.

ISAR AEROSPACE, MAIASPACE et PLD SPACE construisent déjà la même chose : une industrie de série

La concurrence européenne montre d’ailleurs que le problème de PLD SPACE n’a rien de spécifique. En juin, ISAR AEROSPACE a levé 270 millions d’euros en Série D. L’usage annoncé du capital ressemble presque mot pour mot à celui de PLD SPACE : montée en série de Spectrum, développement des opérations, constitution d’un réseau international de bases de lancement. Après Andøya en Norvège, le groupe allemand prépare une implantation au Canada.

En France, MAIASPACE construit la même équation industrielle autour de Maia. Sa future MaiaFactory de Vernon doit entrer en service au second semestre 2027 et viser, à terme, une cadence d’environ 20 lancements par an au début de la prochaine décennie.

Le marché des petits satellites ne garantit pourtant pas celui des petits lanceurs

Le sous-jacent commercial pourrait sembler particulièrement favorable. Un record de 4 466 petits satellites a été envoyé dans l’espace en 2025, selon BRYCETECH (98 % du nombre total d’engins spatiaux lancés dans l’année, et 85 % de la masse envoyée en orbite.)

Mais seulement 4 % de ces petits satellites ont voyagé sur des micro ou petits lanceurs. Les 96 % restants ont été mis en orbite par des lanceurs moyens, lourds ou super-lourds.  Le nombre de petits satellites explose donc sans que le marché des petits lanceurs augmente dans les mêmes proportions.

La raison tient largement à l’économie du rideshare. Un grand lanceur peut mutualiser une mission entre des dizaines de satellites et écraser le prix au kilogramme. SPACE X commercialise ses missions mutualisées vers l’orbite héliosynchrone à partir de 350 000 dollars pour 50 kilogrammes, puis 7 000 dollars par kilogramme supplémentaire. Pour MIURA 5, Spectrum ou Maia, battre frontalement ce modèle sur le seul prix serait difficile, le produit vendu doit donc être différent.

PLD SPACE doit vendre autre chose que des kilogrammes

C’est probablement là que se trouve une partie de la proposition de valeur de MIURA 5, un satellite en rideshare partage le calendrier et une partie des contraintes orbitales du lanceur principal. Un lancement dédié offre au contraire une date maîtrisée, une orbite adaptée à la mission, et une capacité de réaction plus rapide.

Pour un opérateur commercial, cette flexibilité a une valeur économique, quand pour un État, elle a une valeur stratégique.

La montée des besoins militaires transforme la notion de responsive launch : en cas de perte, d’interférence ou de destruction d’un satellite, la capacité à remettre rapidement une charge utile en orbite devient une composante de résilience.

C’est là que les discours de PLD SPACE, de l’ESA ou de la BEI sur l’« accès souverain » et « résilient » à l’espace prennent une dimension concrète. Le prêt de 30 millions d’euros de venture debt accordé en avril par la BEI à PLD SPACE devait explicitement soutenir des capacités destinées aux usages civils, commerciaux, mais aussi de défense.

 

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