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[DECODE] Dopé par le cloud et la publicité, Amazon fait mieux que prévu en 2018

MAJ le 1er février 2019 à 10h30

Amazon a publié jeudi soir des résultats meilleurs que prévus pour le quatrième trimestre 2018 et l’année entière. Le spécialiste du e-commerce a confirmé la croissance décisive de ses autres activités, particulièrement le cloud et la publicité.

Le groupe de Jeff Bezos a enregistré un bénéfice net en hausse de 65 % à 3 milliards de dollars au dernier trimestre 2018. Le bénéfice par action est ressorti à 6,04 dollars, au-dessus des attentes des analystes, de même que le chiffre d’affaires trimestriel, qui progresse de 20% à 72,4 milliards de dollars. Le groupe a donc fait mieux que prévu sur l’ensemble de l’année 2018, mais les prévisions pour début 2019 sont quant à elles inférieures à ce qu’espéraient les marchés. Amazon anticipe notamment des ventes situées entre 56 et 60 milliards de dollars, affectées par la hausse du dollars. Les analystes comptaient jusqu’ici en moyenne sur 61 milliards de dollars.

La division cloud du groupe, Amazon Web Services (AWS) (AWS), a enregistré un chiffre d’affaires au quatrième trimestre à 7,4 milliards de dollars, soit une croissance de 45 %. Le bénéfice opérationnel a bondi à 2,17 milliards de dollars (+60 %). AWS, activité plus rentable que le volet e-commerce, confirme donc son efficacité au sein du groupe et lui permet de rester loin devant Google et Microsoft dans le domaine.

Amazon a en outre été dopé par ses activités dans la publicité digitale (notées dans la rubrique « other » dans ses résultats financiers). Ses revenus y ont quasiment doublé à 3,4 milliards de dollars sur le dernier trimestre et explosé à 10 milliards de dollars sur toute l’année. Les analystes prédisaient au début de 2018 que le groupe enregistrerait moins de 3 milliards de dollars en revenus publicitaires. De quoi commencer à sérieusement inquiéter Google et Facebook sur la publicité numérique.

Enfin, Prime, le service d’abonnement d’Amazon, lui a rapporté près de 4 milliards de dollars de chiffre d’affaires au quatrième trimestre, soit 25 % de croissance.

Les consommateurs dans le monde sont plus que jamais passés par Amazon en fin d’année dernière. La plateforme de e-commerce a enregistré des « dizaines de millions de personnes » qui ont démarré un compte Prime, en essai gratuit ou en adhésion payante. L’enceinte connectée Echo a par ailleurs fait partie des produits les plus vendus. « Cette saison a été la meilleure jusqu’à présent », avait déclaré Jeff Wilke, CEO worldwide consumer d’Amazon. Mais outre l’e-commerce, plusieurs éléments sont à noter pour y voir plus clair avant la publication des résultats du géant américain.

Des résultats de nouveau supérieurs aux estimations

Le spécialiste du e-commerce a connu plusieurs jalons significatifs en 2018, dont une éphémère valorisation à mille milliards de dollars. Mais il a surtout toujours fourni des estimations inférieures à ses résultats.

  • Amazon prévoyait fin octobre un chiffre d’affaires situé entre 66,5 milliards et 72,5 milliards de dollars pour le quatrième trimestre 2018, soit une croissance de 10 à 20 % par rapport à la même période en 2017. Au premier trimestre, le chiffre d’affaires avait progressé de 43 % par rapport à la même période en 2017, puis de 39 % au deuxième trimestre et de 29 % au troisième trimestre.
  • A chaque trimestre 2018, Amazon a enregistré un chiffre d’affaires soit supérieur à ses propres prédictions (entre 34 et 42 % pour le T1), soit supérieur à la médiane de ses prédictions (entre 34 et 42 % pour le T2 et entre 23 et 31 % pour le T3). Suivant cette logique, on pouvait supposer que son chiffre d’affaires pour le quatrième trimestre 2018 se situerait au moins dans la fourchette haute de son estimation de 10 à 20 %.
  • Le groupe planifiait également en octobre un résultat opérationnel situé entre 2,1 milliards et 3,6 milliards de dollars pour le quatrième trimestre 2018 (2,1 milliards de dollars au quatrième trimestre 2017, soit une croissance au T4 2018 située entre 0% et 71 %). A noter que les résultats opérationnels au cours de 2018 ont progressé de 92 % au premier trimestre, de 378 % au deuxième trimestre et de 966 % au troisième trimestre. A chaque fois, les estimations d’Amazon se sont révélées bien en deçà des résultats annoncés.
  • Le groupe de Jeff Bezos devrait enregistrer des bénéfices en hausse de 162 % au quatrième trimestre, comparé au quatrième trimestre 2017, selon The Motley Fool. Mais Amazon a beau avoir fait mieux que les bénéfices attendus lors des trois premiers trimestres, le groupe n’a pas pu profiter au quatrième trimestre de son acquisition de Whole Foods finalisée en août 2017.

Le succès d’AWS

Presque tous les segments d’activité d’Amazon avaient progressé au troisième trimestre, mais tout particulièrement AWS.

  • AWS a fait état d’une marge opérationnelle de 25,7 % au premier trimestre par rapport à la même période en 2017, puis 26,9 % au deuxième trimestre et 31,1 % au troisième trimestre.
  • Au premier trimestre, AWS a signé des partenariats significatifs avec GoDaddy, Cox Automotive, Shutterfly, NextGen Healthcare, Amway, LG Electronics et Pfizer. La division avait également annoncé que sa base d’utilisateurs actifs a progressé de 250 % en 2017. Elle a lancé au premier trimestre AWS Secrets Manager, solution de gestion et récupération d’informations d’identification de base de données, de clés d’API et d’autres données sensibles. Elle a également annoncé le lancement d’Amazon S3 Z-IA, nouvelle classe de stockage d’Amazon S3, la disponibilité générale d’Amazon Transcribe et Amazon Translate, l’expansion de VMware Cloud sur AWS en Europe, et le lancement de deux nouvelles zones de disponibilités et d’une région locale à Osaka.
  • Au deuxième trimestre, AWS s’est allié pour diverses collaborations avec Ryanair, Epic Games, Zulily, 21st Century Fox, Verizon Major League Baseball et Formula One. La division a en outre annoncé la disponibilité générale d’Amazon Elastic Container Service for Kubernetes, de DeepLens, d’Amazon Neptune et d’Amazon Sumerian. Ont aussi été développés davantage au deuxième trimestre Amazon QuickSight et Amazon Elastic Compute Cloud.
  • Au troisième trimestre, AWS a renforcé ses partenariats avec DoorDash, Hubspot, Samsung Heavy Industries, Yelp et DXC. A partir de ce trimestre, de nouvelles instances High Memory pour Amazon Elastic Compute Cloud étaient accessibles à tous, tout comme des instances T3, des instances haute-fréquence pour Amazon EC2, Amazon Aurora Services et IoT Device Defender. En partenariat avec VMware, AWS a en outre annoncé l’expansion de VMware Cloud sur AWS en Asie-Pacifique (Sydney). VMWare devrait par ailleurs être disponible dans d’autres régions au quatrième trimestre, dont d’autres régions de l’Asie-Pacifique, l’Union européenne, et l’ouest et l’est des Etats-Unis.

L’expansion d’Amazon Business

La plateforme BtoB du groupe, Amazon Business, a également connu une année prospère : elle s’est étendue en Italie et en Espagne au deuxième trimestre et est désormais présente dans huit pays dans le monde, dont les Etats-Unis, le Royaume-Uni, l’Allemagne, le Japon, l’Inde et le France. Elle est active dans plus de 70 pays.

« Amazon a désormais atteint un rythme annualisé de ventes de 10 milliards de dollars et sert des millions d’organisations des secteurs public et privé dans huit pays », annonçait Jeff Bezos au troisième trimestre. « Et nous ne ralentissons pas – Amazon Business gagne de nouveaux clients rapidement, dont d’importantes institutions d’enseignement, des administrations locales, et plus de la moitié du Fortune 100 », ajoutait-il.

La publicité, prochain objectif majeur d’Amazon ?

Dans ses rapports financiers, Amazon précise dans ses informations supplémentaires que la ligne « autre » (« other ») « inclut principalement la vente de services publicitaires, ainsi que des ventes en lien avec nos autres offres de service ». Or cette ligne « autre » nous apprend que la vente de services publicitaires et en lien avec les autres offres de service d’Amazon a progressé de 122 % au troisième trimestre 2018 à 2,5 milliards de dollars (2,2 milliards de dollars au deuxième trimestre, 2 milliards de dollars au premier trimestre et 1,7 milliard de dollars au quatrième trimestre 2017).

Une position décriée

Une telle présence sur des marchés aussi dynamiques ne passe bien sûr pas inaperçue et n’est pas au goût de tout le monde. Le groupe est souvent décrié par le marché sur de nombreux fronts, notamment pour des raisons de dominance, le management de ses équipes, des pratiques d’optimisation fiscale. Le fait que son activité cloud puisse peser 350 milliards de dollars à l’horizon 2022 et que ses magasins sans caisse Amazon Go puissent valoir 4,5 milliards de dollars d’ici à 2021 n’arrangera sûrement pas les choses.

Le mois dernier, des actionnaires d’Amazon ont également déposé une résolution appelant Amazon Web Services (AWS) (AWS) à abandonner la vente de sa technologie de reconnaissance faciale Rekognition à des instances gouvernementales américaines. Seule condition émise pour que le conseil d’administration puisse autoriser la vente : la technologie ne doit pas présenter de risque réel ou potentiel de violation des droits civiques et des droits de l’homme. Or c’est justement ce qu’ils redoutent.

Mi-novembre, après 14 mois de surenchère entre des dizaines de villes, Amazon a en outre annoncé avoir retenu deux sites, Long Island City, dans le quartier du Queens à New York, et Crystal City, aux portes de Washington, pour implanter deux nouveaux sièges employant chacun quelque 25 000 employés. Une décision qui a provoqué une levée de boucliers chez les résidents locaux.

Une prise de température des différentes activités d’Amazon

Le concurrent d’Amazon Alibaba, géant chinois du commerce en ligne, a vu ses ventes commencer à ralentir en 2018, malgré des bénéfices et des revenus en croissance. L’annonce des résultats 2018 d’Amazon, avec sa quasi-omniprésence dans la vie de tous les jours de consommateurs partout dans le monde, est l’occasion de prendre la température de ses différentes activités pour l’année à venir.

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Patrick Randall

Journaliste chez FW - DECODE MEDIA. Pour contacter la rédaction : redaction.frenchweb@decode.media

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