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[DECODE] Pourquoi Uber a licencié plus de 1 000 collaborateurs en 2019

Pour Uber, 2019 aurait dû une année spéciale marquée par son entrée en Bourse à Wall Street. Ce fut bien le cas mais pas pour les raisons attendues. Et pour cause, le titre de la firme américaine a fondu de plus de 30% depuis ses premiers pas sur le marché boursier en mai dernier. Valorisée à plus de 82 milliards de dollars lors de son IPO, l’entreprise californienne ne pèse plus aujourd’hui que 52,9 milliards de dollars. Et pour ne rien arranger, Uber a perdu plus de 5 milliards de dollars au deuxième trimestre 2019, soit sa plus grande perte trimestrielle depuis sa création. 

Dans ces conditions, difficile de rassurer des investisseurs dont le scepticisme à l’égard du modèle économique du géant des VTC ne cesse de grandir. Encore très loin de la rentabilité, Uber n’a ainsi d’autre choix que d’alléger sa masse salariale pour rester dans les clous. La firme américaine vient ainsi d’annoncer une nouvelle coupe dans ses effectifs, la troisième depuis le début de l’année. 

70% des employés concernés basés en Amérique du Nord 

Dans le cadre de cette troisième vague de suppression d’emplois, Uber s’est ainsi séparé d’environ 350 employés. Le service de livraison de repas Uber Eats, ainsi que les divisions regroupant les services de technologies de voitures autonomes, de performance marketing et de recrutement sont concernés par cette nouvelle saignée dans les effectifs d’Uber. 

Auparavant, deux autres vagues de départs avaient été annoncées par le géant américain. Uber a ainsi supprimé 400 emplois dans son département marketing en juillet, puis 435 supplémentaires en septembre dans ses départements d’ingénierie et de produits. Au total, ce sont ainsi près de 1 185 collaborateurs qui ont été licenciés dans l’ensemble des divisions du groupe. Uber indique que cela représente environ 1% des effectifs de l’entreprise. Plus de 70% des employés touchés par ces vagues de suppression d’emplois sont basés aux États-Unis et au Canada. Les 30% restants étant répartis entre l’Asie-Pacifique, l’Amérique latine et la région EMEA (Europe, Moyen-Orient et Afrique). 

Les chauffeurs Uber bientôt salariés en Californie ?

Si Dara Khosrowshahi, le patron d’Uber, a assuré que l’équipe de direction et lui-même feront «tout ce qui est en notre pouvoir pour nous assurer qu’une telle journée ne se reproduise pas», d’autres nuages pourraient rapidement assombrir l’horizon d’Uber, notamment en Californie. Début septembre, l’État californien a en effet adopté le projet de loi AB5, qui va forcer les entreprises comme Uber et Lyft à requalifier leurs chauffeurs en salariés. 

Prévue pour être effective dès le 1er janvier 2020, cette loi jette le trouble sur le modèle économique des plateformes qui misaient jusque-là sur la flexibilité de leurs travailleurs indépendants. Uber et Lyft avaient d’ailleurs indiqué dans leur document d’introduction en Bourse qu’un tel changement pourrait mettre en péril leur activité. Pour contrer cette réforme californienne, Uber, Lyft et DoorDash ont ainsi débloqué 30 millions de dollars chacun pour affecter au total 90 millions de dollars à la défense d’une proposition de loi leur permettant de continuer de bénéficier d’une flotte de chauffeurs et de livreurs opérant en tant que travailleurs indépendants. Tony West, le directeur juridique d’Uber, a indiqué que le groupe était disposé à investir plus d’argent dans cette campagne de lobbying. 

Outre le lobbying, la firme américaine est aussi un spécialiste de l’innovation fiscale. En plus d’avoir mis en place un montage d’optimisation complexe, mais légal, Uber a identifié cette année une faille fiscale en Europe qui permet d’aligner le montant des déductions fiscales sur la valeur d’un actif immatériel. En effet, Uber a procédé à une augmentation de la valeur de ses actifs immatériels aux Pays-Bas en transférant des actifs gérés par l’une de ses filiales basées aux Bermudes, créant de facto un crédit d’impôts de 6,1 milliards de dollars. Ce matelas financier conséquent permettra à Uber d’alléger sa facture fiscale mondiale lorsque la société enregistrera des bénéfices. La plateforme de VTC ne devrait donc pas faire valoir cet avantage fiscal avant un bon moment, celle-ci ayant enregistré des pertes d’exploitation de plus de 10 milliards de dollars rien qu’aux États-Unis au cours des trois dernières années.

457 millions de dollars investis dans la R&D en 2018 

Dans ce contexte, les voitures autonomes et les taxis volants sont vus plus que jamais comme les leviers indispensables pour faire d’Uber une entreprise rentable. Pour l’heure, le géant américain est encore loin du compte avec des pertes qui n’ont cessé de s’accumuler au gré des années. Uber a ainsi indiqué avoir consacré une enveloppe de 457 millions de dollars l’an passé pour sa branche R&D. 

Celle-ci est notamment chargée de faire rouler des voitures autonomes et de propulser dans les airs des taxis volants. Une tâche immense qui nécessite un apport financier conséquent. Les coûts de l’ATG (Advanced Technologies Group), la division dédiée aux voitures autonomes, et d’Uber Elevate, l’unité développant des taxis volants, ainsi que d’autre technologies connexes représentaient un tiers des dépenses totales d’Uber en R&D en 2018. Au total, les coûts en R&D de la firme américaine ont atteint plus de 1,5 milliard de dollars l’an passé. A ce jour, Uber revendique 99 millions d’utilisateurs actifs mensuels à travers le monde.

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Maxence Fabrion

Journaliste chez FW - DECODE MEDIAPour contacter la rédaction : redaction.frenchweb@decode.media
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