Bertrand DuperrinLes Experts

Facebook dépasse Google ? Si j’étais DSI je me demanderais pourquoi !

Vous l’avez peut être appris récemment parce que le fait était assez notable pour être relayé, mais Facebook a récemment dépassé Google pour la première fois. Pas en valeur, pas en chiffre d’affaire mais en nombre de connexions. Anecdote pour les uns, entrée dans une ère nouvelle pour d’autres, que n’a-t-on pas entendu sur le sujet. D’un autre coté on peut également se dire que cet événement qui touche le monde du grand public est très éloigné du monde cloisonné de l’informatique d’entreprise et qu’il s’agit d’un épiphénomène pour une direction informatique.

Nous allons d’abord essayer de mesurer l’ampleur réelle de la nouvelle avant de nous rendre compte que le sujet devrait mériter plus qu’une attention discrète de nos directions informatiques.

Ca n’est “que” Google

Il fallait s’y attendre, les conclusions (parfois hatives) ont rapidement commencé à pleuvoir. Rappelons les faits : Facebook reçu davantage de connexions que Google, à ne pas confondre avec “plus de la moitié des connexions sur internet ont été pour Facebook”. Google n’est pas encore internet à ce que je sache et Facebook ne le deviendra pas sitôt même s’il s’agit de son rêve à peine inavoué. Voilà qui ramène l’information, aussi importante soit elle, à de plus raisonnables proportions.

Evitons donc les “les gens ne veulent plus vivre que dans des réseaux sociaux”, “le Web c’est Facebook”, “Facebook, alternative à internet” etc… C’est peut être vrai, ça peut le devenir (ou pas) mais on ne peut absolument pas le déduire des chiffres.

Passons donc sur les diverses fantaisies qu’on a pu lire sur le sujet, et mettons nous à la place d’une direction informatique…

La force de Facebook n’est pas d’être un réseau social…

Une première réaction serait de se dire “peu importe…je bloque les accès à l’un comme à l’autre”. Peut être vrai mais ça serait méconnaitre le fait que ce qui se passe sur le net finit toujours…sur l’intranet.

On pourrait également se dire “les gens adorent les réseaux sociaux, se connecter, partager, et il leur faut un facebook-like sur l’intranet…mais ce constat n’a rien de nouveau”. Pas faux mais je ne pense pas que ce qui fasse le succès de Facebook et ce que l’entreprise a en apprendre soit le fait que ce soit un réseau social.

Aujourd’hui sur le web on peut trouver des applications et des services pour faire à peu près tout. On utilise donc un certain nombre de services différents, chacun faisant très bien quelque chose, mais aucun ne faisant “à peu près tout”. Conséquence, dès lors qu’il s’agit de partager des choses sur les services en question, on doit y reconstituer notre réseau, nos listes d’”amis/contacts/connexions”. Croire que cette situation est normale et satisfaisante est une erreur.

Elle n’est pas satisfaisante car passer son temps à zapper d’une application à une autre, à parfois transférer des données de l’une à l’autre (parce que, bien sur, elles ne communiquent pas entre elles) n’est pratique pour personne. Elle n’est pas normale car si une population qu’on appellera au choix early adopters, geeks, technophyles, avant gardistes, curieux (liste non exhaustive) s’en contente, l’utilisateur “normal”, lui, trouve la situation pour le moins inconfortable pour ne pas dire insupportable.

L’intérêt de Facebook pour Madame Michu c’est de tout proposer en un seul endroit. Les applications proposées en standard par Facebook ou développée par des parties tierces n’arrivent que rarement au niveau d’applications que l’on peut trouver ailleurs sur le web mais elles ont un avantage incontestable : tout est accessible dans un environnement unique, dans un contexte unique, et on peut consulter, lire, suivre et réagir à ce qui est partagé par les autres sur une page unique indépendamment de l’application utilisée pour générer l’information en question. Et pour ceux qui comme moi s’échinent à utiliser des applications hors facebook ? Il est de plus en plus possible de les lier à mon compte Facebook afin que ce que je fais ailleurs sur le web soit tout de même mentionné sur ma page Facebook. Peu importe que j’utilise Facebook ou Flickr pour partager mes photos, de toute manière ces dernières sont mentionnées, visibles, accessibles, commentables depuis Facebook. Idem pour mon blog.

En fait la force de Facebook (et malgré tous ses défauts) est d’avoir réussi à résoudre les contraintes de ruptures de flux et d’unification de contexte de ses utilisateurs. La force de Facebook n’est pas que d’être un endroit où on se connecte aux autres, c’est d’offrir un “activity stream” qui unifie l’ensemble des activités de chacun. Sans cet “activity stream” global Facebook ne serait qu’un réseau comme un autre, mais sa présence arrive à faire oublier la relative pauvreté de l’outil et les errements de l’entreprise quant à sa politique relative aux données personnelles.

Demain sur votre intranet…

Revenons à ce qui fait que des outils, aussi réussis soient ils, restent sous utilisés dans l’entreprise. Comme expliqué dans le billet sus-mentionné ou encore ici, le collaborateur ne peut passer son temps à naviguer entre des applications dispersées, qui plus est incapables de communiquer entre elles. Il ne peut plus passer son temps à avoir une “boite à information’ différente selon les outils qui génèrent la dite information alors que lui est “un” et voudrait que tout lui arrive en un endroit unique. N’oublions pas non plus que l’attention est une ressource rare dont il s’agit d’optimiser l’utilisation.

C’est, à mon avis, un besoin que chacun doit avoir en tête à l’heure où se réinventent et se re-pensent les SI d’entreprise et autres portails. C’est en le prenant en compte dans la conception de leur schéma directeur que les directions informatiques pourront, à leur niveau, favoriser la création de valeur via les outils en les rendant utilisables par les collaborateurs.

C’est également une logique auxquels les éditeurs ne pourront échapper pour les versions à venir de leurs produits. Unification du flux, action dans un contexte unique, ouverture à tous les flux de donnée même venant d’outils tiers / concurrents.

La bonne nouvelle c’est que certains avancent déjà dans ce domaine et qu’il s’agit d’une réalité qui sera bientôt présente sur nos écrans. Si Google Wave a souffert d’un manque criant de maturité lors de son lancement (peut être trop hatif…), le concept revu et amélioré est déjà à l’étude par ailleurs. Regardez par exemple cette copie d’écran du “futur” de Lotus Notes.

Ca change tout de même de notre bon vieux client mail non ? On y trouve des emails, des alertes provenant d’outils de workflow, des rapports d’un outil de BI, des entrées de calendrier. En un mot on passe du “mailbox” au “business inbox”. Et à mon avis on risque de voir ce type de vision se généraliser (et ceux qui passeront à coté ne pourront pas dire “on se savait pas”). L’occasion de se rendre compte que la composante “réseau social” n’est pas le cœur de la collaboration mais une de ses dimensions, l’ensemble devant être centralisé dans un “stream” qui prend place en l’occurence dans une version repensée du client mail. (N’oublions pas que la collaboration peut prendre forme autour de n’importe quelle donnée, pas seulement de celles qui sont issues d’un espace dit collaboratif).

Les “médias sociaux” ont pour vocation de lutter contre les silos de l’entreprise. Prenons garde à ce qu’ils ne créent pas les leurs. Ils doivent non seulement apprendre à se parler entre eux, à parler aux autres outils, être capables de générer un flux unique pour l’utilisateur final.

Pour revenir à notre problématique de départ, c’est ce qui fera que demain un ensemble d’applications visant à travailler, échanger, collaborer, sera beaucoup plus utilisé et trouvera plus naturellement sa place dans le quotidien du collaborateur qu’un patchwork d’informations et d’applications dispersées sur l’intranet et le poste de travail.

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Crédit Photo: Benjamin Boccas

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