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François Hollande à San Francisco: ce que les french-entrepreneurs ont à lui dire…

François Hollande va rencontrer plusieurs patrons français et américains dans la Silicon Valley la semaine prochaine. FrenchWeb a sondé certains d’entre eux sur leurs attentes. Une série de témoignages à suivre en plusieurs parties. Aujourd’hui, Michael Amar, co-fondateur de la plateforme de promotion web Ifeelgoods, et Jeff Clavier, du fonds d’investissement SoftTech VC.

La dernière fois qu’un Président français a mis les pieds dans la Silicon Valley, c’était il y a 30 ans, c’était François Mitterrand. Le 12 février prochain, François Hollande fera une halte à San Francisco, et déjeunera avec les grands patrons du web américains: Twitter, Facebook, Google. Il rencontrera aussi les patrons français installés là-bas depuis plusieurs années.

MichaelAmar

Donner à l’entrepreneur le droit au chômage, et une capacité d’emprunt

FW: Quelle doit être la vision de l’innovation d’un Président ?

Le premier rôle d’un commandant en chef, à mon sens, c’est de motiver. Si on a peur des conséquences de l’innovation, si on y va avec des boulets au pieds, ça ne sert a rien. Il faut emprunter aux Américains cette passion pour les entrepreneurs. Mettre en avant les Xavier Niel. Encourager. L’Etat doit miser sur la formation et les échanges. Dans la mondialisation, l’innovation ne peut rester locale, il faut la confronter le plus tôt possible aux marchés internationaux pour donner une chance de changer le monde.

FW: Comment réconcilier les entrepreneurs français avec leur pays ?

Reconnaître l’entrepreneur. Ce qu’il apporte au pays. Lui donner le droit au chômage, lui permettre d’emprunter (personnellement et professionnellement). Entrer dans le moule / les standards internationaux en terme de taxation de l’emploi et des plus-values.

FW: Que dire de l’exil des Français ..?

Ce n’est pas que du négatif. Une grande part des entrepreneurs français qui s’expatrient vont développer une partie de leur actifs en France. Si on veut donner la chance a une société française de devenir leader mondial, une partie de ses dirigeants doit se confronter aux marchés internationaux le plus tôt possible: tisser des relations et apprendre un savoir-faire spécifique.

FW: Si tu avais un lieu à montrer à François Hollande, ce serait lequel ?

Palo Alto, la concentration des talents dans un si petit périmètre. L’écosystème start-up, VC, avocats, infrastructures, talents…

FW: Si tu avais un mythe à faire tomber sur la Silicon Valley, ce serait quoi ?

Les conditions pour un entrepreneur ici sont idéales mais un des mythes, c’est de croire que c’est facile.
J’aime bien faire une comparaison footbalistique. Je dirai que la Silicon Valley c’est le Barca. Il fait beau, les stades sont magnifiques, les infrastructures sont au top. Mais la concurrence aussi ;-)

FW: Un message personnel ?

Je ne pense pas que ce soit la bonne manière de réfléchir à une « Silicon Valley a la Française ». La France a des atouts : des entrepreneurs, des ingénieurs de talents. Elle a aussi des manques : le capital, les réseaux d’influence etc… Nous devons nous concentrer et optimiser ce que nous savons faire de mieux et aller chercher ailleurs ce qui nous manque si nous voulons avoir une vocation internationale. Je pense qu’Ifeelgoods est a cette image. Nous avons la R&D en France et le marketing et business development aux US. Nous allions le meilleur des deux mondes.

JeffClavier

La Silicon Valley est  l’endroit où se planter a le moins de conséquences néfastes sur son futur

FW: Quelle doit être la vision de l’innovation d’un Président ?

L’innovation technologique est un moteur de croissance économique, de création d’emplois et de richesse. Notre Président (Obama) a mentionné, dans son récent discours sur l’Etat de l’Union, qu’il voulait supporter l’innovation technologique coûte que coûte, et diminuer la “red tape” (les processus de régulation, certification, etc… qui sont typiquement très lents). Sauf à mettre en place une politique rétrograde de protectionnisme à outrance (genre forcer Uber a implémenter un délai de 15 minutes), la compétitivité de la France dépendra de sa capacité a développer des leaders dans le domaine des industries nouvelles.

FW: Comment réconcilier les entrepreneurs français avec leur pays ?

Leur offrir plus de soutien, de reconnaissance, simplifier les aspects juridiques et sociaux et leur donner une plus grande flexibilité d’embauche/débauche. Et arrêter de taxer les entrepreneurs qui ont réussi à des taux d’imposition tellement élevés qu’ils n’ont pas d’autres possibilités que de partir.

FW: – Que dire de l’exil des Français ..?

Etre entrepreneur, c’est accepter de faire face à un niveau de risque et d’échec hors norme. A un moment donné, prendre le risque de partir – ce qui est loin d’être facile aussi bien personnellement que logistiquement – est une suite logique du désir d’entreprendre: si on ne peut pas réussir en France, l’expatriation s’impose. J’ai lu que 2 millions de Francais étaient expatriés – je trouve ça plutôt positif car le Français a souvent une image casanière. Si l’expatriation permet de développer une expertise, des connexions, et un patrimoine, certains décideront à un moment de rentrer au pays – j’ai vu des Français prendre le chemin du retour même après avoir passé 5 ou 10 ans dans la Silicon Valley.

FW: Si tu avais un lieu à montrer à François Hollande, ce serait lequel ?

La réception des Crunchies, où notre industrie célèbre les réussites de l’année passée. Les Oscars de la Tech en quelque sorte !

FW: Si tu avais un mythe à faire tomber sur la Silicon Valley, ce serait quoi ?

Que c’est un succès garanti de lancer une startup dans la Valley – la grande majorité des boîtes explosent en vol. Mais la Valley est aussi l’endroit où se planter a le moins de conséquences néfastes sur son futur.

FW: Un message personnel ?

J’ai énormément de respect pour les entrepreneurs français qui construisent des vrais succès d’envergure – ils ne bénéficient pas de tout le soutien reçu par la plupart de leurs pairs dans la Valley. Et j’espère qu’ils gagneront bientôt le soutien, le respect et la flexibilité dont ils ont besoin pour développer leurs projets.

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Marion Moreau

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3 commentaires

  1. Hollande a clairement le discours et les actes. On a ainsi oublié un peu vite que F. Baroin avait cassé le statut JEI et qu’il a été rétabli pleinement par F. Hollande cette année

  2.  » Le statut de la jeune entreprise innovante (J.E.I.) a été créé en
    2004 pour favoriser la création de petites et moyennes entreprises
    effectuant des travaux de recherche. 2 600 entreprises bénéficient du dispositif en 2010 (source : http://www.enseignementsup-recherche.gouv.fr/pid24804-cid66659/l-etat-de-l-enseignement-superieur-et-de-la-recherche-n-6-fevrier-2013.html).
    Leurs dépenses de R&D s’élèvent à 700 millions d’euros et se
    concentrent essentiellement dans des branches de services. Pour en
    bénéficier les entreprises doivent remplir cinq conditions :…………. »

  3. Cela fait plusieurs années maintenant que je vous suis.
    Bravo pour votre travail minutieux. J’adore votre univers. Rien de tel que de
    venir ici pour entrer complètement dans votre univers… et apprécier
    l’évolution de votre travail.
    http://www.romance-voyance.com

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