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[Frenchweb Day Média] Frédéric Bellier: «Vincent Bolloré est le feuilleton du moment, c’est House of Business Cards»

Ils sont les prochains speakers du FrenchwebDay Média du jeudi 14 avril. Chaque jour, retrouvez le portrait «100% Média» de l'un de nos intervenants.

Aujourd'hui découvrez le portrait de Frederic Bellier​, directeur général de Radium One France.

Quelle est votre vision des médias en France en 2016?

Délicat de prophétiser, mais je crois qu’il y a en France une force du lobby du statu quo en faveur des médias offline, même si le verrou sautera à terme. Plus on attend, plus c’est violent et déraisonné. Les médias français, à l’instar de leurs homologues internationaux, sont sous la gouverne des Plateformes GAFA. Il n’y a pas d’exception française sur le plan industriel de la production de contenu à la data, c’est un mirage exploité par des isolationnistes gaulois. Il n’est pas rare d’écouter un dirigeant de média s’inquiéter de l’opportunité du digital, comme une contrainte subie. 

Mr Xavier Niel un des propriétaires de Free et du Monde, anticipe que les journaux auront disparu d’ici une génération. Il est visionnaire pour certains, fou pour d’autres, mais il peut se permettre de prophétiser sur le numérique. “Il a tout compris".

Êtes-vous du côté des optimistes?

Je suis du côté des paranoïaques optimistes. L’opportunité et le risque sont la réponse des médias à la profusion accélérée anarchique de contenus. Or Je reprendrai la phrase de Joël de Rosnay : “J'ai moins peur de l'intelligence artificielle que de la stupidité naturelle".  C’est amusant de voir que certains journalistes populaires ont la vanité des petits blogueurs qu’ils critiquent. L’optimisme est de rigueur, car la technologie disponible en masse peut contrebalancer une industrie journalistique productisée et mercantiliste.

Paranoïaque, Il est profondément infantilisant pour les adultes de consommer, entendre, regarder, lire ce que l'ont veut. Optimiste, car les très jeunes générations, sont de réelles natives du monde numérique, l’espoir est possible qu’ils produisent autant qu’ils consomment intelligemment et mieux que leurs ainés des contenus appropriés en développant un sens critique. Paranoïaque, car la liberté, au sens large, vient et doit venir en premier. Or cette liberté est en danger, car le monde des plateformes profite à l’hébergeur-distributeur des contenus et pas au producteur-créateur. Et la réponse des médias est un abandon de liberté, un sauve-qui-peut, en prétendant être en contrôle.

Quelle est l’innovation média, services, applications, développement qui vous a marqué ces derniers mois ? 

Periscope, et ses copies, est un phénomène marquant comme facteur d’accélération vertigineuse dans la production et la consommation collective de l’information. Je ne sais pas si les capacités humaines peuvent soutenir cette intensité d’une part, et maintenir une capacité à fixer son attention d’autre part. D’autres initiatives telles Vice Media, Brain, démontrent que l’information est d’abord un produit.
 Je trouve le développement du projet Spicee intéressant à suivre, sur les contenus de fonds, d’enquête et de sens. Après je reste un fervent prosélyte de la Fondation Wikimedia et de son projet à long terme. Sur le sujet de la data et les médias, il y a peu d’innovation pionnière, c’est du rattrapage, parfois des moulins à vent maquillant des réponses à court terme, il y a de beaux échecs en puissance mixant des médias historiques avec des technos digitales…préhistoriques.

Faut-il craindre le mouvement de concentration qui s’opère en France ?


On dit souvent qu’il n’y a pas de séparation entre le contrôle et la propriété capitalistique. Aussi, il n’y a pas de raison que ce principe ne s’applique à la concentration des médias. Oui on peut craindre que des médias dits populaires ignorent simplement le peuple, c’est-à-dire l’ensemble de la nation, et deviennent à l’instar des Etats-Unis ou de l’Inde, des médias d’opinions clivés et clivants sans réelle contradiction, diversité ou pluralité. Néanmoins, les vagues de concentration ne sont pas nouvelles dans l’histoire des médias. Aussi, moins les médias trouvent leur public et c’est le cas, plus les concentrations, ces phases de destruction créatrice sont salvatrices in fine.

Quel est le média, ou le groupe média, à suivre de près selon vous?  pourquoi?

Dans l’hexagone, la stratégie d’intégration média en conglomérat de Mr Vincent Bolloré est le feuilleton du moment, c’est House of Business Cards. Elle est tectonique et ambitieuse, casse les modèles existants et rappelle sur quelques points celle de Mr Jean-Marie Messier il y a 16ans. C’est un projet industriel, mieux géré, plus structuré.

On peut parier sur le tandem Next-Altice, plein d’astuces et de virtuosité dans les affaires. La France est un laboratoire avancé de la convergence télécom et média, tuyaux et contenus.

Intéressant de voir le sort réservé aux marques média et joyaux médiatiques du Groupe Lagardère dans ce contexte. Ce groupe était le fleuron des groupes médias en France.

Dans ces exemples, on parle des canaux historiques du cinquième pourvoir. Il y a 30 ans, Europe1 appartenait à l’Etat. 

Enfin, les multiples autres initiatives de petites et moyennes tailles, de pseudo-média, le plus souvent digitaux sont intéressantes financièrement par leur verticalité et leur volonté d’intégrer les métiers (infotainment, service, agence, public-reportage) mais la valeur media en terme d’idées et de fonds, celle à ajouter “au bonheur du monde” est limitée. Ce sont des produits, dont le business est la publicité. Le seul sortant du lot est So Press Group.

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Frédéric Bellier​​ interviendra lors du Frenchweb Day Média. 

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Claire-Amance Prevost

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