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La COREE DU SUD veut devenir l’usine des technologies de rupture

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SMR, fusion, solaire tandem, puces quantiques, satellites, biotechnologies et minerais critiques : la CORÉE DU SUD a sélectionné sept technologies qu’elle veut transformer en moteurs de croissance au cours des vingt prochaines années. Derrière cette dispersion apparente se dessine une stratégie familière. SÉOUL cherche moins à remporter chaque course scientifique qu’à devenir indispensable à l’industrialisation de ses vainqueurs. Une méthode déjà éprouvée dans les semi-conducteurs, les batteries et la construction navale, mais qui devra cette fois s’appliquer à des technologies dont l’architecture et parfois le marché n’existent pas encore.

Début août, avant d’ouvrir la réunion consacrée aux futurs moteurs de croissance de la CORÉE DU SUD, le -Président LEE JAE MYUNG a examiné les modèles d’un petit réacteur nucléaire et d’un ordinateur quantique exposés à la MAISON-BLEUE. Les maquettes ont cette vertu que les politiques industrielles possèdent rarement : elles rendent l’avenir immédiatement visible.

Le gouvernement a ensuite déroulé sept programmes, baptisés SEED pour Strategic Emerging Engines for Disruptive Innovation : un réacteur nucléaire modulaire doit être commercialisé en 2035, un processeur quantique national de 100 qubits est attendu en 2029, une première mission lunaire doit atterrir en 2030, suivie d’une seconde en 2032, un réseau coréen de satellites en orbite basse doit être opérationnel en 2035.

À cette même échéance, le pays veut disposer d’un produit fondé sur une interface cerveau-machine et avoir construit son propre réacteur de fusion innovant.

Le programme comprend également des cellules solaires tandem dépassant 35 % de rendement, des turbines éoliennes offshore de plus de 20 MW, des installations d’électrolyse de 50 à 100 MW et une stratégie destinée à sécuriser les minerais, matériaux et équipements nécessaires à l’ensemble.

Pris séparément, ces objectifs composent un catalogue assez familier des technologies que les grandes puissances espèrent maîtriser avant leurs voisines, technologies dont Séoul veut fabriquer les composants, les matériaux et les machines qui permettront leur déploiement.

Une stratégie « après l’IA » qui repose sur l’IA et les semi-conducteurs

Le gouvernement présente les sept SEED comme les moteurs d’un prochain cycle de croissance, qui va au-delà des semi-conducteurs et de l’intelligence artificielle. Si cela ne signifie pas que le pays s’éloigne de ses industries actuelles, SÉOUL prépare déjà l’après-IA

Les sept programmes cherchent ainsi à réinvestir le capital, les ingénieurs et les capacités industrielles accumulés dans les puces, les batteries, les télécommunications, la construction navale, la chimie et les grands équipements énergétiques.

Une stratégie dont la méthode a déjà été éprouvée par la CORÉE DU SUD au cours de son développement industriel. Le pays n’a pas nécessairement été le premier à inventer les technologies qui ont fait sa puissance et a souvent commencé par les produire, en améliorer les procédés, augmenter les volumes, réduire les coûts puis remonter vers les composants et la propriété intellectuelle les plus stratégiques.

L’électronique grand public a conduit aux mémoires avancées, l’assemblage automobile a précédé le développement de plateformes et de motorisations propres, les premières licences nucléaires ont préparé les réacteurs coréens et les contrats internationaux, ou encore la fabrication de batteries s’est étendue aux cathodes, aux anodes, aux électrolytes et au recyclage.

Cette progression repose sur une combinaison difficile à reproduire : elle implique des groupes capables d’engager plusieurs milliards sur une décennie, un État organisant la recherche et les infrastructures, des fournisseurs habitués aux exigences de la production en série et une économie résolument orientée vers l’exportation.

Le programme SEED essaie désormais d’appliquer cette organisation à des marchés qui ne sont pas encore stabilisés.

Dans les SMR, la CORÉE peut gagner sans imposer son propre réacteur

Les petits réacteurs modulaires constituent probablement le pari le plus proche des compétences industrielles existantes. La CORÉE DU SUD exploite déjà un parc nucléaire de plus de 26 GW. Elle dispose de constructeurs, d’ingénieristes, de fabricants de composants et d’un exploitant, KOREA HYDRO & NUCLEAR POWER, capable de conduire des projets internationaux.

DOOSAN ENERBILITY est déjà présent dans plusieurs chaînes d’approvisionnement étrangères. En août, le groupe a obtenu de TERRAPOWER la fabrication d’éléments essentiels du réacteur Natrium prévu dans le Wyoming, notamment la cuve et plusieurs structures internes. SK et HD HYUNDAI ont parallèlement investi dans TERRAPOWER et cherchent à intervenir dans la fourniture d’équipements, la construction et l’exploitation de ses futurs projets. Cette présence permet à la CORÉE de commencer à bâtir une industrie avant même que son propre SMR soit homologué.

Le gouvernement veut lancer dès 2027 la conception détaillée d’un SMR à eau légère, se doter avant 2030 d’un cadre réglementaire capable d’évaluer plusieurs architectures, puis commercialiser ce premier modèle en 2035. Les réacteurs reposant sur d’autres technologies de refroidissement seraient, eux, développés par des sociétés de projet réunissant dès leur création l’État et des investisseurs privés.

Le calendrier est ambitieux, la certification d’un réacteur ne garantit ni sa construction à un coût compétitif ni l’obtention de commandes internationales, mais la stratégie coréenne repose sur deux paris : concevoir son propre SMR et fournir les équipements de ceux qui seront développés ailleurs. Car les concepteurs américains et européens auront besoin de cuves, de générateurs, de structures, de systèmes de contrôle et de fournisseurs qualifiés, et la CORÉE dispose déjà d’une grande partie de cet appareil industriel.

Elle pourrait ainsi capter une part importante du marché des SMR sans avoir conçu le réacteur qui finira par s’imposer.

La « K-Quantum Foundry » révèle le véritable projet coréen

Un raisonnement qui apparaît encore plus clairement dans le quantique.

La CORÉE DU SUD reste loin des premières puissances en matière de processeurs quantiques. En 2024, le KOREA RESEARCH INSTITUTE OF STANDARDS AND SCIENCE indiquait avoir démontré un système national de 20 qubits et viser 50 qubits en 2026. L’institut reconnaissait dans le même temps qu’environ 95 % des composants utilisés par l’écosystème coréen étaient importés.

Le passage à un QPU national de 100 qubits dès 2029 représentera donc une progression importante. Le programme vise un processeur « capable de correction d’erreurs », pas nécessairement une machine disposant de 100 qubits logiques entièrement corrigés.

L’objectif du gouvernement est de créer une « K-Quantum Foundry » capable de fabriquer des puces quantiques à grande échelle et revendique la première place mondiale dans ce domaine en 2035.

Cette ambition transpose directement le modèle des semi-conducteurs. SAMSUNG, SK HYNIX et leurs fournisseurs maîtrisent la lithographie, les dépôts de matériaux, la mesure des défauts, le packaging, les environnements contrôlés et l’organisation d’usines extrêmement complexes. Si aucune de ces compétences ne garantit la fabrication d’un bon qubit, lles deviennent cependant essentielles dès qu’une architecture quantique doit quitter le laboratoire. La CORÉE pourrait ainsi ne pas concevoir le meilleur ordinateur quantique tout en fabriquant les puces de plusieurs concepteurs étrangers.

L’enjeu du programme coréen est d’industrialiser avant les autres sans figer trop tôt ce qui doit encore être inventé.

Du solaire à la fusion, les équipements pourraient précéder les marchés

Cette même stratégie traverse les trois programmes énergétiques. Dans le solaire tandem, HANWHA QCELLS possède déjà une base technologique. Le groupe a obtenu en 2024 un rendement certifié de 28,6 % sur une cellule pérovskite-silicium de taille industrielle, conçue à partir de procédés présentés comme compatibles avec une future production de masse. Le programme SEED veut dépasser 35 % et accélérer la commercialisation.

L’enjeu ne consistera pas seulement à établir un nouveau record, mais de maintenir ce rendement sur un module, tout en garantissant sa stabilité pendant plusieurs décennies. Il sera aussi nécessaire d’organiser la production et de résister aux prix de l’industrie chinoise.

Dans l’éolien offshore, l’écart est plus important. DOOSAN dispose actuellement d’une turbine certifiée de 8 MW, tandis que la feuille de route vise des machines dépassant 20 MW. La CORÉE possède néanmoins des compétences considérables dans les structures flottantes, l’acier, les câbles, les systèmes électriques et les opérations maritimes. Ses chantiers navals pourraient capter une part de la valeur sans devenir les premiers turbiniers mondiaux.

Avec la fusion nucléaire, cette stratégie change d’échelle. Le gouvernement veut lancer en 2035 la construction d’un réacteur innovant conçu en CORÉE, produire de l’électricité avant la fin de la décennie, puis préparer son exploitation commerciale dans les années 2040. Ce calendrier accélère considérablement celui de K-DEMO, qui prévoyait une construction autour de 2037, suivie d’une longue phase d’expérimentation avant une production nette d’électricité à partir de 2050.

Une exploitation commerciale dans les années 2040 relève encore davantage de l’objectif politique que de la prévision industrielle. La CORÉE n’a cependant pas besoin d’attendre son premier kilowattheure pour bâtir une industrie de la fusion.

KSTAR constitue déjà une école pour les groupes appelés à fabriquer les grandes enceintes, les équipements thermiques, les composants nucléaires, les aimants, les systèmes de contrôle et les matériaux avancés dont auront besoin les futurs réacteurs.

Dans cette nouvelle ruée vers l’or, les pelles et les pioches auront la forme d’aimants supraconducteurs et de composants nucléaires. La CORÉE peut commencer à les vendre bien avant de commercialiser l’électricité de fusion.

De l’usine pharmaceutique au laboratoire autonome

Dans les biotechnologies, la CORÉE cherche à effectuer le mouvement inverse de celui suivi par l’industrie pharmaceutique traditionnelle.

Le pays est déjà devenu une plateforme mondiale de production. Après l’acquisition d’un site de GSK dans le MARYLAND, SAMSUNG BIOLOGICS indique disposer de 845 000 litres de capacité mondiale de fabrication de substances biologiques.

Le programme SEED veut désormais remonter vers la découverte.

Il prévoit pour 2030 des modèles d’IA spécialisés, des laboratoires dans lesquels robots et logiciels conduisent automatiquement les expériences, ainsi que des biofoundries capables de concevoir et de produire des organismes. Des sociétés de projet doivent également soutenir les thérapies géniques et cellulaires.

Le gouvernement poursuit également l’objectif de commercialiser un produit fondé sur une interface cerveau-machine en 2035, sans plus de précision. Reste à découvrir de quoi il s’agira, le terme pouvant désigner un appareil non invasif d’assistance à la communication, un système de rééducation ou un implant neuronal.

Si la CORÉE a de fortes chances de renforcer sa position dans la bioproduction, les thérapies avancées et l’automatisation des laboratoires, sa capacité à devenir un leader mondial des BCI reste beaucoup moins établie.

La septième SEED fournit les matériaux des six autres

Enfin si les minerais critiques occupent la dernière place dans la présentation gouvernementale, is pourraient constituer la première condition de réussite.

La CORÉE fabrique des batteries, des semi-conducteurs, des équipements électroniques et des matériaux avancés, mais importe l’essentiel de ses ressources minières. Une stratégie antérieure évaluait à environ 80 % la dépendance envers quelques pays pour certains minerais et voulait la ramener à 50 % en 2030.

La nouvelle feuille de route prévoit de porter à 20 % le taux de recyclage de dix minerais stratégiques, d’augmenter le nombre de produits stockés de 24 à 29 et d’étendre jusqu’à 365 jours certaines réserves. Une base doit ouvrir à SAEMANGEUM en 2028.

Le gouvernement annonce également 10 000 milliards de wons, environ 6,2 milliards d’euros, de R&D sur cinq ans pour les matériaux, composants et équipements.

L’État veut occuper l’espace entre le laboratoire et l’usine

L’originalité du programme ne se trouve donc pas seulement dans les technologies sélectionnées, mais dans l’organisation proposée pour les développer.

Le gouvernement veut constituer des sociétés de projet public-privé dès les premières phases de certains programmes. Ces structures pourront associer laboratoires, industriels, investisseurs et futurs exploitants avant que la technologie soit complètement stabilisée.

Il prévoit également de construire les infrastructures en même temps que les produits : équipements de démonstration pour les SMR, installations de test pour la fusion à NAJU, fonderie quantique, réseau pilote de satellites, laboratoires biologiques autonomes, biofoundries et démonstrateurs d’électrolyse.

Cette simultanéité cherche à éviter un travers fréquent des politiques deeptech. Un laboratoire reçoit un financement, obtient un résultat remarquable, publie quelques articles puis découvre que personne n’a prévu l’usine, la certification, le premier client ou les centaines de millions nécessaires à la phase suivante.

SÉOUL veut remplir cet espace avant que le prototype n’y tombe.

La stratégie comprend également un financement davantage accordé aux universités elles-mêmes, la transformation des instituts publics autour de missions nationales de long terme et la création d’une task force interministérielle chargée de suivre les projets et de lever les obstacles réglementaires.

Le système ne finance donc pas seulement la recherche, mais essaie d’organiser le chemin qui conduit de l’expérience scientifique au contrat industriel.

La principale force coréenne pourrait aussi devenir sa faiblesse

Cette méthode fonctionne particulièrement bien lorsqu’une technologie commence à se stabiliser et que la compétition se déplace vers la qualité, le rendement, le coût et le volume. Elle devient plus risquée lorsque personne ne connaît encore l’architecture gagnante.

Les semi-conducteurs, les batteries et les navires ont permis à la CORÉE de concentrer des investissements considérables autour de trajectoires progressivement établies. Le quantique, la fusion, les BCI et certains SMR demeurent partagés entre plusieurs approches incompatibles.

La culture industrielle coréenne privilégie les grands programmes, les usines, les volumes et les groupes disposant de bilans importants, or les technologies de rupture progressent parfois par petites équipes, changements rapides de plateforme et abandon de décisions prises quelques années plus tôt.

La place des startups sera donc déterminante, car elles peuvent fournir au programme plusieurs options technologiques, attirer des chercheurs et explorer des architectures que les grands groupes jugeraient trop incertaines. Elles peuvent aussi se retrouver réduites au rôle de sous-traitants de sociétés de projet contrôlées par les acteurs historiques.

La stratégie coréenne sera d’autant plus robuste qu’elle conservera plusieurs voies suffisamment longtemps.

Les sept paris n’ont pas besoin de réussir

La réussite globale du programme ne suppose pas que chaque calendrier soit respecté. Elle peut venir de quelques positions suffisamment fortes : composants de SMR, matériaux critiques, solaire tandem, bioproduction, équipements quantiques ou systèmes satellitaires.

Les projets les plus proches de ses compétences existantes doivent créer des revenus et des capacités, quand les plus incertains lui achètent une option sur des marchés qui pourraient apparaître après 2035.

La puissance technologique dominante ne sera pas nécessairement celle qui aura réalisé les premières percées, mais celle qui saura les transformer en industrie. C’est précisément la place que la CORÉE DU SUD cherche désormais à occuper.

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