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[Made in Shanghai] Dianrong, Naked Hub, Alipay…

De l'espace de coworking Naked Hub, à Alipay, en passant par la start-up Dianrong, tour d’horizon de l’actualité économique et digitale en Chine avec Laurence Lam, correspondante FrenchWeb à Shanghai.

Dianrong (点融) rejoint le projet open-source Hyperledger

La plateforme chinoise de « peer-to-peer lending » (ou P2P, prêt entre particuliers) Dianrong a annoncé début décembre 2016 son partenariat avec le projet Hyperledger, l’une des plus importantes initiatives dans le domaine de la blockchain ou technologie des «chaînes de bloc », lancée par la fondation Linux il y a tout juste un an.

Le projet, un organisme à but non lucratif basé à San Francisco soutenant le développement en open source de la technologie blokchain, incluait déjà 22 membres chinois dont Huawei, Wanda Network Technology Group, Hang Seng Electronics ainsi que des entreprises de finance en ligne. Mais Dianrong se revendique comme étant la seule entreprise P2P chinoise du projet. Cette alliance marque un tournant décisif pour Dianrong (anciennement Sino Lending) comme une tentative de s’imposer dans cette industrie, dont le dirigeant avait déjà exprimé le souhait d’investir près de 40 millions de dollars US dans le développement d’applications blockchain d’ici deux ans, et d’appliquer cette technologie aux services en ligne de prêt entre particuliers.

dianrong

Fondé en Chine en 2012 par l’américain Soul Htite, et par l’avocat d’affaires Kevin Guo, Dianrong (en chinois 点融网) est aujourd’hui le leader du prêt entre particuliers en Chine. Entrepreneur en série, Soul Htite est également cofondateur du Lending Club, dont il a eu la charge en tant que chef de la technologie jusqu’en 2011. Après avoir fait de la société américaine la première plateforme au monde de prêts entre particuliers, Soul Htite part à la conquête de l’Eldorado chinois. Dianrong rencontre le même succès, et compte désormais 28 bureaux à travers le pays, 2600 employés, 5 millions de prêteurs dont 500.000 récurrents avec un milliard de yuans de nouveaux prêts accordés tous les mois.

Dianrong permet non seulement aux particuliers de mieux gérer leur argent sans intermédiaire bancaire à moindres frais, mais profite aussi et surtout aux nombreuses très petites (TPE), petites et moyennes entreprises (PME) qui peinent à obtenir des prêts en Chine. Entre un paysage financier traditionnel ultra-rigide qui laisse peu de marge de main-d’œuvre aux petits emprunteurs, et des investisseurs chinois dont l’aversion pour le capital-risque n’est plus à dissimuler, Dianrong apparaît comme la solution idéale. L’emprunteur accède à des conditions de prêts plus flexibles qu’avec les agents traditionnels, Dianrong prend 10 % de commission sur chaque prêt et les prêteurs empochent les intérêts. Une situation gagnant-gagnant.

Alors que le pionnier américain du crédit entre particuliers sur Internet connaît des déboires outre Pacifique, Dianrong, rebaptisé «the Lending Club of China» à la suite de sa levée de fonds de 207 millions de dollars l’an passé, surfe sur la vague chinoise. Le marché des prêts en ligne entre particuliers a explosé. Aujourd’hui, la Chine compte environ 2600 plateformes commerciales «de particulier à particulier», alors qu’il n’y en avait qu’une poignée en 2007.

Cela étant dit, rien n’est encore joué pour Dianrong. Si le secteur du financement entre particuliers a connu une croissance fulgurante en Chine, le secteur est victime de son succès.

Il y a un an, Ezubao fondé en 2014, l’un des principaux concurrents de Dianrong sur le segment des prêts en P2P, a été d’accusé d’avoir escroqué plus de 900 000 investisseurs en leur proposant des taux d’intérêt élevés que les emprunteurs ne pouvaient pas payer. Une image dont Htite veut absolument épargner sa compagnie. La prolifération de ces sites de crédit parallèles et les dérives qui en découlent préoccupent fortement Pékin, qui a resserré son contrôle sur le secteur en août en limitant notamment à 1 million de yuans (137 600 euros) le montant maximal qu’un particulier peut emprunter. Cette mesure n’a pourtant pas empêché un autre scandale d’éclater fin octobre 2016 sur la plateforme Jiedaibao, où les clichés d’une centaine de jeunes filles chinoises dénudées, fournis en échange d’une garantie de crédit, ont fuité sur Internet. 

Une IPO en vue pour Dianrong? L’entrepreneur de 43 ans n’y songe pas encore. Sur tous les fronts, Soul Htit s’active pour tisser des partenariats avec les banques commerciales chinoises (Bank of Suzhou), développer une gamme de services fintech en Corée du Sud et en Asie du Sud Est depuis l’accord de joint-venture signé avec le Sud-Coréen Hanhwa en février 2016, ou bien encore siéger en tant que vice-président de l’Association of Shanghai Internet Finance Industry. 

 

Naked Hub, la start-up qui va révolutionner notre façon de travailler

À Shanghai, on passait ses vacances naked (comprenez «nus», en anglais), on mangeait naked, et depuis décembre 2015, on travaille naked ! La galaxie du groupe Naked, une entreprise hôtelière basée à Shanghai qui fêtera ses dix ans en 2017, possédait déjà Naked Stables, un ensemble de luxueuses villas situées à Moganshan dans la province du Zhejiang, où passer des vacances eco friendly, ainsi qu’un restaurant, Naked Bites, où picorer des bouchées végétariennes aussi minuscules que hors de prix. Depuis un an, le groupe s’est lancé sur le marché en plein boom des tiers lieux collaboratifs ou espaces de coworking, avec l’ouverture d’un premier Naked Hub en plein cœur de l’ancienne concession française de Shanghai. Pour un abonnement mensuel compris entre 1800-3000 RMB (250-400 euros) selon la formule choisie, les membres ont accès 24h sur 24 et 7/7 jours à tous les espaces de travail ultra design Naked Hub. 

Daxue Conseil - Naked Hub Shanghai 2

Déjà présente dans les quartiers phares de Pékin (trois espaces) et Shanghai (huit espaces dont deux ouvertures prévues en décembre), la marque, soutenue par la société hongkongaise de capital privé Gaw Capital, a le projet d’ouvrir entre 24 et 30 nouveaux lieux en Chine, à Hong Kong, Singapour et dans d’autres villes clés d’Asie du Sud-est. L’objectif de la start-up, dirigée par l’américain Jonathan Seliger, est de révolutionner l’environnement de travail par l’intégration d’espaces de bien être partagés au sein de ses flagship de Shanghai et de Hong Kong courant 2017. 

Daxue Conseil - Naked Hub Shanghai

 

Alipay, futur concurrent des portefeuilles digitaux occidentaux?

Chassés-croisés entre Apple Pay et Alipay. Alors que la nouvelle solution de paiement mobile du géant américain a franchi les frontières chinoises en février 2016, AliPay d’Alibaba, le leader incontesté du paiement en ligne en Chine avec 450 millions d’utilisateurs actifs, poursuit son expansion en Europe (mais toujours uniquement auprès de ses clients chinois). Après Barclays au Royaume-Uni, et UniCredit en Italie, c’est tout naturellement avec une banque française qu’a choisit de coopérer la filiale financière Ant Financial du géant de l’e-commerce chinois Alibaba.

En effet, BNP Paribas vient de rejoindre début décembre le cercle encore restreint des partenaires européens d’Ant Financial pour servir les touristes chinois en France, soit quelques 2,2 millions en 2015 et 1,6 million cette année. Les touristes chinois dépenseraient dans nos frontières en moyenne neuf milliards d’euros par an, soit la moitié de ce qu’ils dépensent au total en Europe. D’après Atout France, cela représente environ 3 400 euros par personne et un tiers de cette somme est utilisée pour l’acquisition de biens de luxe. Le plafond par transaction a aussi été fixé en tenant compte du montant élevé des transactions des touristes chinois en France, à 300 000 euros par transaction.

Daxue Conseil - Alipay -paiement en ligne en Chine

Transaction Alipay en Chine 

Quid d’Apple Pay en France ? Le portefeuille digital américain peine à trouver un marché solvable dans l’Hexagone. À la difficulté de créer des partenariats avec les banques françaises soucieuses de perdre en revenu sur les paiements par carte bancaire, s’ajoute la difficulté d’attirer les consommateurs français. Avec seulement 21 % de la population équipée d’un iPhone, le nombre de français éligibles à Apple Pay à ce jour serait d’environ 1 à 2 millions. Mais peut-être qu’Apple ne sera pas l’élu de cette rupture digitale? 

Finalement, si l’objectif d’Ant Financial est aujourd’hui de faciliter les transactions des touristes chinois lors de leurs déplacements à l’étranger, il n’est pas exclu que l’application Alipay soit un jour mise à disposition des Européens eux-mêmes.

Article coécrit avec SJ Grand, cabinet d’expertise comptable en Chine

laurence-lam-daxue-consulting-2016

Diplômée de l'ESG / Paris Business School, avec l'obtention d'un double diplôme Franco-Australien et une spécialisation dans le Web Marketing, Laurence Lam s'est rapprochée de ses racines asiatiques et décide de s'y installer. Une occasion pour elle de s'intéresser de plus près, au rapide développement économique du pays et de son évolution au fil du temps. Elle est depuis fascinée par ce continent et a réalisé de nombreuses recherches dans le secteur privé en tant que chef de projet Web en Chine et au sein du cabinet Daxue Conseil

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